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mardi 20 septembre 2016

Kingsman : Services Secrets



Si avec ce blog je prône depuis toujours de bannir les à-priori en matière de cinéma et de juger sur pièces, il m’arrive à moi-même d’avoir des à-priori, et de passer à côté de pépites. Après tout, personne n’est parfait, mais quand on connaît bien ses propres goûts, il est souvent difficile de passer outre. Pour bien comprendre pourquoi je ne découvre que Kingsman : Services Secrets maintenant, il faut remonter à mon à-priori initial, celui qui lie ce film à Kick-Ass du même réalisateur, les deux œuvres étant régulièrement et justement comparées d’ailleurs. Il faut dire que je n’avais pas été franchement convaincu par le dénommé Kick-Ass vu par hasard sur une chaîne ciné du bouquet CanalSat, trop mou, sans aspérités, pas assez d’action, pas assez de ceci ou cela, pas spécialement drôle… Je suis passé à côté du film débridé de Matthew Vaughn et je ne pense pas revenir sur mon avis un jour. Aussi quand Kingsman : Services Secrets a débarqué sur nos écrans en février 2015, je ne me suis pas laissé tenter, surtout que les rapports à Kick-Ass fusaient. On m’en avait pourtant dit beaucoup de bien mais à chaque fois que je demandais « mais c’est dans le style de Kick-Ass non ? », on me répondait par l’affirmative, ce qui n’émoustillait pas ma motivation. Foutu pour foutu, je comptais tout de même juger sur pièce un beau jour, le jour où justement il tomberait sur les chaînes du bouquet CanalSat, ou le jour ou une bonne promo sur les Blu-Ray me permettrait de pouvoir m’y mettre dans de bonnes conditions (z’avez vu comment je suis un vrai de vrai alors qu’aujourd’hui trouver un film en streaming est accessible à tout quidam en trois clics), et il va s’agir de bannir les à-priori initiaux pour tomber peut-être sur une tuerie. Après tout, quand on a un à-priori négatif, on ne peut qu’être surpris… ou souvent conforté (ce qui donne en général des commentaires puant la mauvaise foi sur les réseaux sociaux). Alors, est-ce que Kingsman : Services Secrets va botter des culs mieux que Kick-Ass ne l’avait fait ?

Dans les années 90, lors d’une mission d’espions britanniques, un des leurs est tué par négligence du pourtant excellent Harry « Galahad » Hart (Colin Firth). Celui cherche à aider la famille du défunt mais ne reçoit en réponse que le rejet de la veuve. Hart remet donc un médaillon au jeune fils de l’agent décédé, Eggsy, censé lui apporter aide quand il en aura besoin. Des années plus tard, Eggsy (Taron Egerton) est devenu un jeune désabusé, constamment emporté dans des situations compliquées et des bagarres à cause des mauvaises fréquentations de sa mère. Mais il a pu acquérir une certaine débrouillardise. Arrêté par la police après un rodéo urbain, il se décide à contacter les agents par le biais du numéro inscrit sur le dos du médaillon qu’il a précieusement conservé. Hart lui vient alors en aide, et, tout en lui racontant l’histoire de son père, lui propose de rejoindre les Kingsmen. Eggsy est alors soumis à une rude concurrence pour rejoindre le groupe d’espions, il est en effet en compétition pour devenir le nouveau « Lancelot », le précédent ayant été tué en essayant de sauver un scientifique pris en otage. Et le temps presse car l’énigmatique Richmond Valentine (Samuel L. Jackson), milliardaire futé et excentrique intéressé par les conséquences du réchauffement climatique, est surveillé de près par les Kingsmen…


A vrai dire, ce que je craignais de Kingsman : Services Secrets, c’est qu’il soit trop bavard et finalement assez avare en action, ce qui était le cas de Kick-Ass d’ailleurs. Le film s’offre alors une lente mise en place, ce qui est finalement logique par rapport à l’histoire, mais l’action n’est pas spécialement au rendez-vous, si ce n’est la première véritable scène palpitante qu’est la bagarre spectaculaire dans le bar, assez largement montrée dans les bandes-annonces d’ailleurs. On suit alors les débuts d’Eggsy au sein des potentiels Kingsmen, d’ailleurs avec le décorum en forme de pensionnat, on se croirait presque dans X-Men : Le Commencement, justement réalisé par Matthew Vaughn… On est presque à mi-chemin entre un film où l’on suit des jeunes en compétition pour montrer leurs talents (presque une « origin story »), un peu à la manière d’un La Stratégie Ender finalement, et un film à parlotte Tarantinesque incisive à tout bout de champ, ce qui est revendiqué par l’accroche promo à l’arrière du Blu-Ray d’ailleurs. Plus bavard que drôle, Kingsman : Services Secrets tombe donc dans les travers que je lui imaginais en tant que « Kick-Ass qui se base sur des agents secrets plutôt que des super-héros », même si l’on se laisse prendre au jeu de l’histoire qui met lentement mais sûrement ses pions en place. Il faut donc attendre, en compagnie des personnages, que ça « pète ». Mais le moins qu’on puisse dire, c’est que l’attente valait le coup. Et dans un dernier tiers, Kingsman : Services Secrets dévoile enfin tout le potentiel qui était enfoui dans ses promesses.

Ce qui n’était jusque là qu’un film gentiment saignant et un brin vulgaire retenait sa folie pour mieux la libérer ensuite. Et dans ce fameux dernier tiers qui démarre à partir de la scène de l’église, Kingsman : Services Secrets va partir dans la plus absolue dinguerie, explosive et sans gêne (visuellement comme au niveau des dialogues). L’histoire s’emballe et les soubresauts vus dans les deux premiers tiers du film vont amener toute la fine équipe derrière ce film à se lâcher et à hacher menu. Entre combats hyper nerveux sacrément bien chorégraphiés et moments de pure folie visuelle, Kingsman : Services Secrets s’offre une partie finale qui dépote un max. Acteurs, Taron Egerton et Mark Strong en tête, s’en donnent à cœur joie et Matthew Vaughn également, on sentait dès le début du film qu’il avait les moyens de donner dans une mise en scène percutante et cartoonesque à la Edgar Wright et il ne déçoit pas (en dépit d'effets spéciaux un peu moyens parfois). Kingsman : Services Secrets est donc un film qui prend son temps, pour mieux surprendre ensuite et faire halluciner son public devant une telle violence jouissive. Avec un scénario simple et bien mené, des punchlines à retenir et une humeur irrévérencieuse très communicative, et puis le l’Action pure et débridée à la fin, Kingsman : Services Secrets finit par tenir ses promesses et mérite d’accéder au tout puissant titre de Déglingue.


Kingsman : Services Secrets est aussi tenu par ses acteurs aux performances inattendues et bluffantes. Taron Egerton, qui n’est même pas cité sur le poster du film (!!!), en est bel et bien son héros, ce jeune acteur est tout à fait excellent et on espère le revoir au sein d’un film où il aurait encore plus d’importance (un film de super-héros ?). Puis dans le genre contre-emploi, Kingsman : Services Secrets se pose sérieusement. On attendait pas le Colin Firth du Discours d’un Roi dans un film si osé, entre flegme britannique et combats d’agent secret surentraîné, son rôle d’Harry Hart restera dans les mémoires. Et que dire de Samuel L. Jackson, hilarant en personnage totalement nawak, génie milliardaire maladroit et peureux sapé façon Snoop Dog et qui zozote. Là aussi c’est la déglingue ! Mark Strong, qui ressemble toujours autant à un Stanley Tucci plus grand, joue habilement son rôle sérieux de Merlin qui, comme tout le monde, sort bien de ses gonds sur la fin. Du reste, un bémol sur Michael Caine qui fait trop du Michael Caine et ne sert un peu à rien. Mention spéciale en revanche à Sofia Boutella, bien en vue dans le rôle du bras droit (et jambes d’acier) de Valentine, dans un autre registre que le rôle qu’elle aura dans Star Trek : Sans Limites… On s’arrêtera sur la jolie Sophie Cookson (Roxy) mais aussi un invité de marque, Mark « Luke Skywalker » Hamill, forcément méconnaissable au premier abord (si ce n'est sa coupe de cheveux) dans le rôle du scientifique kidnappé, qui a tout de même un rôle un poil plus conséquent que ses 8 secondes à la fin de Star Wars : Le Réveil de la Force (c’est plus un spoiler, vous l’avez tous vu depuis le temps hein ?).

Un léger bémol sur la musique pour une fois, un peu répétitive et le thème principal me semble un peu trop proche de celui d’Avengers. Alors bien sûr, dans le monde actuel du ciné ou les séquelles sont légion et que la plupart des « nouveaux » sont amenés à être des super intros pour une saga au cas où ça marche, Kingsman : Services Secrets ne déroge pas à la règle et sa grosse première partie peut amener à soupirer un peu. A la manière de Deadpool, trop centré sur l’origine du personnage en oubliant de tartiner, pour mieux se révéler dans un 2 ? On attendra là aussi un 2 mais le début de Kingsman : Services Secrets '1' est au moins sympathique et ici, en deux heures à l’écran, Matthew Vaughn n’a pas lésiné à la fin pour dégobiller et cartonner un max dans une joyeuse hystérie. On introduit, on présente les personnages, on les fait évoluer, on enveloppe le tout dans une histoire bien huilée et bim, à la fin on lâche la purée. Matthew Vaughn et sa fine équipe ont tout compris au film osé, retenu avant d’être dynamique et explosif, volontairement sanglant et vulgaire donc non-aseptisé, à la manière de Kick-Ass forcément mais en mieux, bien mieux même. J’ai failli être déçu car au début j’ai eu le droit à exactement les défauts que j’attendais, mais sur la durée Kingsman : Services Secrets m’a mis une belle claque. Voilà pourquoi il ne faut jamais laisser les à-priori se dicter ses visionnages parce qu’il y a tel réalisateur, que c’est proche de tel ou tel truc que-j’avais-pas-aimé-donc-j’ai-pas-envie, même si finalement la surprise n’en est que plus belle à la fin. Une jolie dinguerie au bout, qui se paye le luxe d’être un des films les plus couillus et enthousiasmants sortis ces derniers temps. Ce n’est pas à ses manières passées qu’on juge la filmographie d’un réalisateur…

Note : 8/10

mardi 12 août 2014

Lucy

Chacun a ses petits plaisirs coupables en matière de cinéma. Certains ce sont les nanards de The Asylum, d’autres ce sont les films d’horreur cheap, certains les comédies romantiques américaines… Moi c’est les nanards Bessoniens. Réalisations, productions, tout y passe, la plupart du temps au fin fond des rediffusions d’une chaîne de la TNT. Je n’irai pas jusqu’à dire que j’apprécie ce que fait le bonhomme, à la rigueur Le Cinquième Élément voire Taxi 2 sont cultes mais c’est tout. Pour le reste, on connaît la chanson, des courses-poursuites, des bagnoles qui volent et qui finissent en mille morceaux sur le goudron, des fusillades, des méchants (asiatiques, du Moyen-Orient ou de l’Europe de l’Est) en costard, des chargeurs vidés à bout portant dans l’estomac, un peu de castagne, des héros sans charisme et des scénarios compris des seuls scénaristes. De tous ces points de vue des films comme Taken (limite amoral) et From Paris With Love (complètement crétin et bourrin) sont de grandes réussites de Besson. Mais alors qu’on parle d’un reboot du Transporteur malgré la série TV (assez hétérogène), voilà que Luc Besson revient à la réalisation pour un film plus réfléchi, moins rentre-dedans, plus raffiné, s’inscrivant clairement dans la science-fiction. Bien que survendu par les médias français, Lucy promettait beaucoup, avec une nouvelle occasion de mettre Scarlett Johansson au sein d’un pitch intéressant, basé sur le fameux mythe de la non-utilisation de la totalité de notre cerveau. D’emblée on pensera à l’excellent Limitless, on frôle même la repompe mais on pense bien que Luc Besson n’aura pas le même style que Neil Burger. De belles promesses pour une Bessonerie pas trop Bessonienne, des belles promesses qui vont, je donne déjà la couleur, hélas s’envoler au fur et à mesure que se déroule l’heure et demie de ce décevant Lucy.

Lucy (Scarlett Johansson), une étudiante un peu à l’Ouest, est à Taïwan avec son petit ami Richard (Pilou Asbaek), qui non sans une certaine insistance, lui confie une mission légèrement périlleuse : remettre, à la réception d’un hôtel, une mallette au contenu inconnu à un certain Monsieur Jang (Choi Min-Sik). Lucy se retrouve alors malgré elle au cœur d’un trafic de drogue : un paquet d’une étrange poudre bleue lui est implanté dans le ventre à son insu, et avec 3 autres garçons pris au piège, elle va devoir faire la mule. Se retrouvant en prison sur le chemin de l’aéroport, elle va être violentée par ses geôliers. La drogue bleue va alors se déverser dans son corps, et va produire immédiatement ses effets : Lucy est en effet capable d’accéder à des parties inutilisées de son cerveau, voyant ses facultés se décupler. Elle parvient alors à s’échapper, et va solliciter l’aide du Pr. Norman (Morgan Freeman) pour comprendre ce qu’il lui arrive ; ainsi que le Capitaine Del Rio (Amr Waked) de la brigade des stups française pour retrouver les 3 autres mules. Mais Jang et ses dangereux sbires coréens sont bien décidés à reprendre leur bien et ce par tous les moyens…


Après Michael Bay revisite l’histoire, voici Luc Besson qui revisite la Science. C’est la chose principale que je retiendrai de Lucy. C’est certes réducteur, aussi passons sur les points positifs principaux, à savoir que l’ensemble est bien fait, dynamique, avec un certain parti pris visuel comme on en avait pas vu chez Lulu depuis longtemps, et que dans l’ensemble, c’était bien essayé et que ça part à la fois d’une bonne intention et d’une idée intéressante. Mais alors, justement, l’idée… On a juste l’impression que Besson a trouvé le sujet du cerveau cool et a brodé une histoire dessus. Et quand on sait le traitement que Besson réserve à ses scénarios… A la limite, que ses incohérences et ses trous s’appliquent à une intrigue policière, passe encore, on commence à en avoir l’habitude. Mais quand ça s’applique à une intrigue scientifique, tout de suite, ça ne va pas être possible. On ne voit pas où Lucy veut en venir. Il n’y a pas de base, pas de but, pas de morale, peu de liant. Une mélasse informe à base faussement scientifique. Le film égrène ses théories fantaisistes sur le temps et la transmission du savoir, mais le tout n’a ni queue ni tête, tergiverse pas mal pour en arriver à une fin en queue de poisson, à la fois trop simple et trop ouverte, qui ne conclut rien et laisse d’ailleurs un grand froid, un grand vide, une impression d’inachevé voire de gâchis, pour un film qui n’est pas allé au bout de son sujet, ou plutôt qui croit qu’il y est allé. On ne sait pas ce qu'il faut comprendre, en fait. Mais comme d’habitude avec Besson, ça semble clair dans sa tête, moins dans celle des spectateurs… J’ai vu cité par des confrères critiqueurs les noms de Matrix et Jean-Claude Van Damme. On semble être en plein dedans. En plus digeste et moins imagé certes, mais le résultat est au final le même. C’est moyennement bien raconté et surtout bien peu intéressant tant le sujet développé ne nourrit aucun but précis, essayant de nous faire réfléchir sans y arriver, c’est l’histoire d’une fille qui accède à tout son cerveau et découvre des choses. Voilà tout.

J’entends venir la défense. C’est de la fiction, donc il ne faut pas non plus s’attendre au développement d’une thèse scientifique crédible et vraisemblable, mais prendre du bon temps avec Luc Besson. Je reviendrai sur le second point plus tard, mais pour ce qui est du premier, j’ai envie de dire « certes ». Les développements du genre philosophique ne m’enchantent guère en général, mais admettons le parti pris qui demeure cohérent avec l’imagerie du film, qui aurait pu être servi par une morale plus claire. Mais l’ensemble est tout de même plus que fantaisiste. Alors avoir le contrôle sur plus de parties de son cerveau permettrait de, trois exemples choisis : - contrôler objets et personnes à distance - capter une conversation téléphonique précise à des centaines de mètres et au milieu de dizaines d’autres - et remonter le temps des millions d’années en arrière ? Mouais. Encore les capacités plus terre-à-terre que Lucy acquiert au début (réflexes et capacité accrue de réflexion, grande précision, assimilation rapide d’une grande quantité de données, hypermnésie, accès à tous les souvenirs) peuvent paraître crédibles, le reste l’est beaucoup moins surtout qu’on ne s’embarrasse pas de justifications passé un certain % de colonisation du cerveau (ou des justifications WTF, genre l'histoire du noyau... les biologistes cellulaires s'arrachent les cheveux). Au lieu de terminer sur les visées philosophiques mêlant temps et connaissance, il aurait été nettement plus intéressant de s’attarder sur les capacités physiques et psychiques de Lucy, ce qui au final nous aurait donné un excellent film d’action bardé de science-fiction. De ce point de vue Limitless bat Lucy par K.O., en exploitant bien plus le potentiel de surhumain, qui pour Lucy est vite relégué au second plan pour laisser place à un discours plus réfléchi et plus ouvert mais passablement pompeux et particulièrement inutile, surtout quand le film mélange toutes les composantes et finit par souffrir de gros trous (mais il lui arrive quoi exactement après la scène des toilettes de l’avion ??).


J’en reviens au point du plaisir pris avec la production Besson, plaisir souvent primaire soit dit en passant, mais qui parfois fait son effet. Comme je l’ai dit, Lucy exploite bien peu son potentiel d’action malgré les nombreuses possibilités qui s’ouvraient à lui. Bon cela reste du Besson, alors nous aurons le droit à 3-4 fusillades plus ou moins jouissives, une grosse scène de poursuite (qui semble hors-sujet, juste placée pour qu’on puisse dire qu’on regarde du Besson…), des flinguages bien violents avec des coréens en costard jusqu’au-boutistes, mais le tout est surtout placé dans la partie centrale du film, qui en est de loin son meilleur moment (lorsque Lucy acquiert ses capacités et jusqu’à ce qu’elle rencontre Norman). Après, c’est le fameux blabla qui flingue toutes les bonnes intentions du film. Avant, hélas, ça ne va pas non plus. La mise en place du film est bien trop lente, surtout quand le film ne dure qu’une heure et demie, résultat les longueurs grignotent l’histoire et on en arrive à cette fin expéditive qui provoque comme seule réaction un « heu » (je n’ai jamais entendu pareil blanc à la fin d’un film dans une salle de cinéma). Lucy souffre donc d’un faux rythme évident, le côté poussif du début finit par livrer une partie qui s’enchaîne trop vite et ne laisse pas de place à des développements qui auraient pu rendre le film plus prenant. Il y avait nettement mieux à faire dans la globalité et Besson, en voulant faire quelque chose de plus réfléchi, finit par passer à côté du potentiel de son sujet qui aurait gagné à être plus palpitant et à placer plus de capacités divertissantes de Lucy, bref plus d’action. Un comble !

Le casting parvient toutefois à relever l’ensemble, même si le pauvre Morgan Freeman semble condamné à ne jouer que des rôles impersonnels de scientifique jusqu’à la fin de sa vie (on a l’impression de revoir son personnage dans Transcendence voir Lucius Fox…). Scarlett Johansson est en réussite, ce qui n’est pourtant pas évident : passé le début du film où elle joue très bien le rôle de pleurnicheuse paniquée en mode « je vous en supplie », son jeu est ensuite très, très monolithique. Mais cela va très bien avec le personnage de Lucy qui finit par perdre ses émotions, et le personnage est finalement très prenant, devant beaucoup au visage délibérément figé de l’actrice. Tout le film est basé là-dessus et il n’y aura donc pas beaucoup de place pour les personnages secondaires : Amr Waked a la bonne tête de flic Bessonien renfermé et incrédule, il s’intègre bien au film mais lui aussi aurait mérité plus de profondeur et d’exploitation. Choi Min-Sik lui est excellent de bout en bout mais paraît tellement cliché pour un film de Besson… Et en aparté, ça serait bien de nous sous-titrer le coréen, parce que tout le monde ne parle pas coréen (au début du film, la non-traduction se tient, mais après… mon cinéma n’avait pas retrouvé le fichier .srt ?).



Luc Besson voulait se prendre pour Neil Burger, ce qui aurait été salutaire et nous aurait donné un Limitless plus franc du collier et moins psychédélique (et avec Scarlett Johansson à la place de Bradley Cooper). Mais non, il s’est pris pour Stanley Kubrick (sans les délires abstraits, encore heureux, mais j’ai eu peur sur la fin), et ça ne marche pas le moins du monde. Ça partait d’une base cool, mais justement Besson n’a trouvé que la base cool, et n’a pas su l’exploiter pour en faire un bon blockbuster d’anticipation ou même de la Science-Fiction grand public. Lucy est donc une grande déception et un gâchis. Là où on pouvait s’attendre à un film mettant en scène une femme droguée qui règle ses comptes avec ses étonnantes capacités, on se retrouve avec quelque chose qui amène à la réflexion mais qui se retrouve à côté de la plaque, prenant des largesses avec la Science au passage, le tout sans objectif et sans ambition. Luc Besson a pris des cours de neurobiologie et voilà ce que ça a donné. Tout ceci est donc fort dommage car par moments, Lucy laisse entrevoir le potentiel qu’il avait. Si le cerveau de Lucy est colonisé à 100% à la fin, ce film laisse encore de larges trous, qui étaient autant de possibilités pour faire quelque chose d’explosif. Besson aurait mieux fait de rester dans l’action totalement débridée, lorsque ses personnages se lâchent l’efficacité est toujours au rendez-vous. Lorsque Lucy laisse donc clairement apparaître la patte Besson, ça fonctionne toujours, mais dès que le ton change l’échec est là, un échec qui aurait pu laisser la place à autre chose. C’était bien essayé mais au final, Lucy se révèle surtout être un beau ratage.
Note : 5/10

jeudi 14 février 2013

Ronin


Il y a des films comme ça, que l’on trouve sous- ou mésestimés (et j’en aurai un paquet à vous citer). En voilà un qui semble en faire partie. Il s’agit de Ronin, film de John Frankenheimer datant de 1998. Si j’en crois mon magazine TV qui le dépeint à chacune de ses nombreuses rediffusions comme « plat », ce film ne semble pas être considéré comme un classique, loin de là. Pourtant il est plutôt bien noté sur RYM, ce qui me rassure un peu. Peut-être est-il surtout connu pour être un film avec Robert De Niro, et qui a été tourné en France. Mais même si le bon Robert est la vedette du film -avec le local Jean Reno- et que les décors naturels parisiens, de la côte d’Azur et d’Arles ont leur charme, Ronin c’est un peu plus que ça. C’est un thriller d’action redoutable d’efficacité, tout en faisant preuve d’une certaine simplicité et sobriété, ce qui fait toute la différence.

L’histoire tout d’abord : à Paris, l’irlandaise Deirdre (Natascha McElhone) recrute une fine équipe de mercenaires, notamment des anciens du KGB et de la CIA en cavale, pour une mission ordonnée par un commanditaire secret : récupérer une mallette détenue par des truands, avant qu’elle ne soit vendue à des russes. Avec le peu d’infos et un matos restreint, la dream team doit mener sa mission à bien, pour pouvoir récupérer leur gracieux salaire. Mais alors qu’elle planifie les opérations, l’équipe menée par Sam (Robert De Niro) va devoir affronter des fortunes diverses : la difficulté du terrain bien évidemment, la froideur de Deirdre qui garde bien aux chaud ses secrets sur les commanditaires de l’opération, mais également les propres démons de mercenaires pas très clairs, Spence (Sean Bean) en tête, mais également un des leurs qui va être à l’origine d’une trahison spectaculaire. Sam et Vincent (Jean Reno) vont donc devoir recoller les bouts et récupérer la mallette coûte que coûte, tiraillée entre russes et irlandais. Mais là-dedans les objectifs de Sam sont bien précis…

« Y'a quoi dans la mallette ? »

Et au milieu de tout ça, John Frankenheimer nous colle un paquet d’action. Fusillades, flinguages, poursuites épiques en bagnole, moments de bravoure « tu m’as sauvé la vie mon frère », tout y passe dans un film au rythme assez soutenu mais qui sait envoyer le pâté quand il faut. On pourrait presque penser à une prod Besson, poursuites de folie, meurtres de pauvres gens à l’appui et méchants pas beaux à l’appui, mais nous avons ici droit à un scénario tout à fait limpide, émaillé de coups de théâtre et révélations maintenant une tension palpable. Frankenheimer a également joué la carte de la sobriété en livrant un film très réaliste, qui ne part jamais dans le déluge d’effets spéciaux ou de cascades WTF. L’aspect tellement réaliste pourra rebuter, la froideur du récit étant pourtant savamment calculée et dosée, ne donnant que de très rares longueurs. C’est certes poli et (très) sobre, mais tout de même relativement dynamique. Ce thriller varié est donc parfaitement équilibré, excellemment ficelé et ne laisse rien au hasard, dans un ensemble certes classique mais bien fait et bien joué. On regrettera peut-être quelques grosses ficelles ici et là, notamment dans le comportement de ces « agents » qui ont toujours une solution à tout et ont toujours des potes dans le coin, mais cela nous donne également un film particulièrement méticuleux et réfléchi, un genre de film que je trouve bien trop rare.

Un autre atout qu’a Ronin dans son jeu, c’est son casting faramineux. Visez un peu : Robert De Niro, Jean Reno, Stellan Skarsgård, Sean Bean, Jonathan Pryce, Michael Lonsdale… du 4 étoiles. Les deux premiers font peut-être du déjà vu pour eux, mais ça fonctionne. Les autres sont, dans leurs registres respectifs, tout à fait excellents. Le seul bémol que je mettrai sera pour Natascha McElhone, qui est tellement à fond dans l’aspect froid du film qu’elle en devient assez agaçante (son seul sourire sera… calculé pour les besoins de l’opération). Le film joue également sur la fraternité naissante entre Robert De Niro et Jean Reno, qui vont devoir se faire confiance avec leurs principes. Le premier joue d’ailleurs à la perfection son rôle de chef d’équipe qui va devoir sauver la situation, étant le point d’ancrage de l’aspect méticuleux du film. Reste alors le cas du mystérieux Spence (Sean Bean), qui disparaît après la première partie du film. Quel était exactement son rôle ? Qui était-il ? Des questions qui ne trouveront pas réponse, même si on peut se faire des suppositions évidentes. Toujours est-il que son apport au film est finalement assez inutile, surtout par rapport à la « morale » voulue, notamment autour du concept de Ronin (c’est quoi ? regardez le film pour voire Michael Lonsdale vous donner l’explication).

Au bout du compte, ce film que j’ai déjà vu 4 ou 5 fois est toujours aussi plaisant à regarder, même en connaissant le scénario (sur ce revisionnage, je ne me souvenais plus du véritable rôle de Sam dévoilé à la fin, comme quoi on redécouvre toujours des choses). John Frankenheimer signe donc un thriller d’action sobre et réaliste, mais efficace avec un scénario travaillé, nous offrant un film méticuleux à souhait, porté par un casting d’enfer. Même s’il date de 1998, ce film n’a pas pris une ride, même si au lieu de rouler en grosse BM ou Audi les protagonistes se pourchassent en CX ou en 405 (voire même en 406, ce qui devait être un luxe à l’époque). Il passe tellement sur la TNT (sur ce coup c’était carrément France 3 !) que l’on pourrait penser que c’est un fond de tiroir, mais il n’en est rien. La prochaine fois si vous ne l’avez jamais vu, il ne faudra donc pas le manquer. Un film qui peut rebuter par sa froideur (c’est sûr que niveau action on a vu des choses plus percutantes depuis) mais Ronin parvient parfaitement à remplir son rôle de divertissement un minimum réfléchi.

Note : 8/10

vendredi 1 février 2013

Le Dernier Rempart



Que ça plaise ou non, voici un des évènements du début d’année ciné 2013 : le retour de Schwarzy sur grand écran. Certes le « governator » avait déjà eu l’occasion de dire « I’m back » dans le second Expendables, mais voici avec Le Dernier Rempart un film à sa gloire, un film où il tient le rôle principal dumoins. Pas un blockbuster, dans le sens où Le Dernier Rempart est un film plus proche de la Série B, avec aux manettes le coréen Kim Jee-Woon notamment auteur de I Saw The Devil qui aura plu aux trves cinéphiles (je n’en fait pas partie, donc je ne l’ai jamais vu). Au programme donc, un « néo-western » d’action moderne, avec des shérifs et du gros calibre. Mais aussi du FBI à costard et des grosses cylindrées. Alors que penser de cette formule ? Va-t-on avoir le droit à un Fast & Furious meets l’Effaceur, à un Go Fast meets Terminator ? Sans aller jusque là, Le Dernier Rempart va nous offrir un film à la croisée des chemins pour un divertissement plutôt réussi, mais au bout du compte seulement.

A priori, ça devrait donc tartiner du poney. Le pitch est simple, son développement aussi, ce qui nous place bien au-dessus d’un film lambda d’EuropaCorp avec sa violence mêlée à un scénario indigent. Un gros bonnet du cartel de la drogue (le bien nommé Cortez) doit être sorti de taule pour être emmené à l’exécution par le FBI et le SWAT surarmé. Manque de pot, notre dealer a des amis et trouve le moyen de s’évader rapidos mais pas discrétos, au nez et à la barbe de l’agent Bannister (Forest Whitaker). Il va donc au volant d’une Corvette « gonflée » s’enfuir vers la frontière mexicaine où il trouvera le salut, dévastant tous les barrages sur son passage, toujours grâce à son comité d’accompagnement et ses talents cachés de pilote. Comité dont une partie prépare discrètement l’extradition de leur protégé dans une petite bourgade juste à la frontière mexicaine. Bourgade dont Schwarzy alias Ray est le shérif, qui ne se doute de rien au départ, passant son week-end tranquillou. Mais lui est sa bande de bras cassés (un bleu, une fliquette stressée mais motivée, un chicanos trapu, un petit délinquant en voie de repentance et un excité de la gâchette) vont découvrir ce qui se trame et être prévenus par le FBI de la fiesta qui se prépare dans leur trou perdu, et vont devoir faire office de Dernier Rempart pour empêcher Cortez de fuir. A partir de là, il n’y a aucune raison que ce film de ne finisse pas dans un déluge de coups de feu.

« Arnold, on a un problème. »

Néanmoins, le film prend ses aises et se révèle dès le départ, assez lent. Certes, il y a la phase de découverte des personnages, surtout le Shérif Schwarzy et sa bande. Durant la grosse première heure du film nous suivons donc en parallèle les pérégrinations de la bande de flics campagnards, puis la fuite de Cortez et le duo infernal SWAT/FBI qui se casse les dents dessus. Le tout finit par se rejoindre progressivement, avec la découverte par la bande de Schwarzy du plan des sbires de Cortez suite au meurtre d’un fermier, puis la mise en place de leur barrage de fortune. L’histoire suit donc son cours et il ne se passe pas grand-chose d’intéressant, hormis quelques scènes en bagnole qui envoient un peu (notamment le défonçage spectaculaire d’un barrage policier) et une première fusillade où Schwarzy pourra jouer du fusil à pompe. C’est classique dans la forme, finalement peu audacieux, et on s’ennuie un peu. Mais dès l’arrivée de la bande à Cortez dans la Schwarzy Town, le film va prendre une toute autre ampleur. Vous voyez Hot Fuzz, avec son histoire tordue parfois un peu poussive avant son final en fusillades qui arrachent ? Eh bien Le Dernier Rempart va jouer dans la même cour. Le fond est d’ailleurs finalement le même : une bourgade tranquille qui va se faire secouer les puces sans avertissement. La dernière partie du film va donc jouer la carte des fusillades à gogo, avec en plus une réalisation qui nous offre des effusions de sang à t’en remplir une citerne. Ça mitraille à donf dans les épaules et dans les torses, ça snipe depuis les toits, ça te balance des headshots à bout portant et ça t’en fait même exploser à te répartir les 4 fers façon puzzle. Du pur Beat’em’all jouissif à souhait pendant 20 minutes, le film se réveille et il fait mal ! On sautille sur le fauteuil noir comme un gosse, avant de s’enquiller une poursuite finale avec en point d’orgue un affrontement sur le pont. Il aura fallu attendre, mais finalement Le Dernier Rempart parvient à envoyer la sauce comme prévu !

Alors bon au milieu de tout ça, le retour de Schwarzy a finalement peu d’importance. Schwarzy est vieux et c’est lui-même qui le dit (parce que moi, je n’oserai pas). Il fait donc du Schwarzy light, avec quelques répliques cinglantes, de la fusillade, des interventions héroïques et un peu de castagne (mais pas beaucoup). Botoxé et un peu rouillé, Schwarzy ne fera probablement pas des films musclés Ad Vitam. Finalement son rôle de Shérif retiré des affaires violentes lui va comme un gant, et il ne faudra (hélas) pas s’attendre à un retour en fanfare de l’autrichien musclé avec Le Dernier Rempart, même s’il sait encore dégommer un minimum. Dans Expendables 2 il était limite plus en vue (ah le fameux coup de la Smart « qui fait la taille de ma chaussure »…) ! Du coup, les autres acteurs parviennent à tirer leur épingle du jeu. Eduardo Noriega, en Cortez jusqu’au-boutiste, est convaincant même s’il aurait pu avoir un rôle plus charismatique. Forest Whitaker en agent du FBI, ça sent le déjà-vu mais ce n’est pas très grave. Reste l’équipe du Shérif très sympathique, dont Johnny Knoxville qui reprend encore une fois le rôle du parfait crétin de service, et une belle nénette brune (il y en a une autre, l’agent du  FBI pris en « otage », qui lui ressemble presque comme deux gouttes d’eau, c’est curieux). Notons aussi l’excellent Peter Stormare en bras droit de Cortez un peu lunatique et décalé, qui est une des bonnes surprises de ce film (qui plus est doublé par le doubleur de Bruce Willis, du coup on a l’impression que ce bon vieux Bruce est dans le film aussi, film où il aurait pu avoir toute sa place).

Notons également que le film garde aussi un peu d’humour latent tout du long (le coup du survet de l’équipe de foot des Pays-Bas est hilarant), ce qui est un bon plus et nous fait définitivement classer Le Dernier Rempart dans le rang des Séries B sans prétention autre que de divertir à coups de balles perdues et de dialogues percutants. Un Hot Fuzz en moins décalé et à ambiance « western à la frontière mexicaine », avec du bolide qui fonce à 200 mph, voilà la recette inattendue du Dernier Rempart. Et tout comme Hot Fuzz, ça ne fonctionne vraiment que quand ça dépote, dommage qu’il faille attendre en se tournant les pouces mais finalement le film remplit son contrat. Reste finalement l’attraction principale (et l’argument de vente au passage) qui n’en est pas une, à savoir ce retour de Schwarzy un peu anecdotique au final. Il faudra peut-être le revoir dans un autre registre pour savoir si l’ami Arnold a de sérieuses intentions ou cherche surtout à arrondir sa retraite, ou juste se faire plaisir… Mais quoi qu’il en soit, Le Dernier Rempart reste un film sympathique qui, à l’occasion, fait du bien par là où il passe. Et c’est déjà suffisamment efficace.

Note : 7.5/10