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vendredi 14 octobre 2016

[News] Brice de Nice 3 a leaké!

Manifestement, un petit malin de chez Gaumont (ou un salarié éconduit) a décidé de balancer Brice 3, dont la sortie est toujours prévue pour le 19 octobre, sur le net. Le film circule donc librement sur YouTube. Je ne devrais raisonnablement pas relayer ça, mais tant que c'est en ligne, soyons fous profitez-en, retrouvez l'intégralité du film ci-dessous :


Ou pas.

#Cassé

samedi 10 mai 2014

Kritiks En Vrac : Qu'est-ce que le bolide de Spider-Man a fait au bon Dieu?

Le temps, le temps… le temps est mauvais pour une mi-printemps mais cela ne nous empêche pas de nous mettre à l’abri dans les salles obscures. Le temps avec un grand T, lui par contre il manque pour écrire des critiques détaillées. Donc pour le coup je vais faire un peu de vrac avec les sorties de fin avril. Trois films qui méritent de s’y pencher un peu plus que 5 lignes sur un statut facebook ; trois films ratés, moyens ou qui auraient pu être mieux cependant…

Need For Speed
Action ‘Carsploitation’ de Scott Waugh (2014)
Avec Aaron Paul, Dominic Cooper, Imogen Poots, Michael Keaton…

Need For Speed adapté au cinéma, ça reste pour moi un rêve d’ado, ayant touché à pas mal de versions de cette saga vidéoludique dédiée aux grosses cylindrées (notamment Need For Speed Underground 1 & 2, Need For Speed Most Wanted, Need For Speed Carbon mais aussi quelques vieilles versions…). Cette adaptation vient donc tenter de concurrencer l’hégémonie de Fast & Furious, qui a eu bien peu de concurrents crédibles au fil des années. Need For Speed n’en sera pas un, en termes de qualité ça se discute mais le ton global est bien différent, moins basé sur le spectaculaire. C’est d’ailleurs là que le bât blesse car Need For Speed a essayé de broder une histoire au détriment de l’action pure. Du coup le film se révèle lent et inutilement long. Cette idée de traversée des USA était plutôt mauvaise et ne propose que bien peu de scènes palpitantes, essayant plutôt de développer des personnages plutôt inintéressants (Aaron Paul fait le job mais est bien loin de l’intensité de Breaking Bad, Imogen Poots est mignonne mais ne sert un peu à rien, Dominic Cooper est bon en connard de service mais est finalement bien peu présent, Rami Malek fait du n’importe quoi mais me rappelle les bonnes heures de la série La Guerre à la Maison et rien que pour ça j’applaudis). Seule la dernière course, prenante, rattrape l’ensemble du film. Dernière course qui aligne d’ailleurs bon nombre de gimmicks propres à la saga de jeux vidéo dont le film s’inspire (les bolides, les flics qui t’attaquent à coups de SUV, le suivi de la course…). Que ce soit au niveau de l’histoire de base en elle-même (une proposition ami-ami qui sent l’arnaque, le défi, le drame, la trahison, la sortie de taule, la vengeance par la course, les amis du garage qui te filent un coup de main, le méchant mauvais perdant… tout ceci étant forcément un peu culcul soyons d’accord) ou au niveau du traitement des bolides et des courses, Need For Speed se rapproche vraiment des jeux et pour un fan, le portage est un minimum intéressant. Mais il n’y a pas de herses ! Le cauchemar de tout bon joueur de NFS n’apporte pas de piment à ce film. Même les flics disent à un moment « laissez tomber les herses… », c’est de la provocation ! Cela ne va pas m’aider à dire trop de bien de ce film, au mieux anecdotique (la réalisation de Scott Waugh n’offrant également aucune plus-value significative), au pire assez chiant, qui en ce qui me concerne dépasse péniblement la moyenne grâce à une dernière course bien menée qui sauve l’ensemble.
Note : 5.5/10

The Amazing Spider-Man 2 : Le Destin d’un Héros
Film de superhéros de Marc Webb (2014)
Avec Andrew Garfield, Emma Stone, Jamie Foxx, Dane DeHaan…

Suite du reboot de Spider-Man et donc en quelque sorte Spider-Man 2.2. Ce qui est déjà marrant, c’est que je me souvenais à peine du premier, qui était cependant loin d’être mauvais dans mes souvenirs. Il faut donc vite se replonger dans l’histoire, notamment lorsque l’on est rappelé à l’intrigue autour des parents de Peter Parker. D’ailleurs, les révélations qui sont faites ne cassent pas des briques et sont loin de faire tout le sel du film. The Amazing Spider-Man 2 : Le Destin d’un Héros (putain que c’est long à écrire) se concentre plus sur la lutte de Spider-Man contre de nouveaux ennemis, Electro (Jamie Foxx) et Le Bouffon Vert (Dane DeHaan). Avec bien sûr en filigrane les doutes et faiblesses de Peter Parker, confronté à une relation de type « c’est compliqué » avec la jolie Gwen Stacy (même si Emma Stone en blonde, ça fait toujours trop artificiel…). On atteint cependant pas la faiblesse du Peter Parker de Spider-Man 2 à l’époque, ce n’est pas cette fois-ci que nous aurons droit à un trip à la The Dark Knight Rises ou Iron Man 3 (on laisse ça pour The Amazing Spider-Man 3 ?). En dehors de tout ce qui tourne autour de la vie de Peter Parker (avec un gros cataclysme à la fin, assez inattendu d’ailleurs), on retrouve donc un Spider-Man confronté à deux nouveaux ennemis et le moins qu’on puisse dire, c’est que Marvel a décidemment du mal à se trouver des méchants intéressants. Electro, dans la peau de Max Dillon au début, est pourtant intéressant au départ mais ensuite il perd en intérêt, et surtout le combat final contre Spider-Man ne casse pas de briques, assez sabré par une mise en scène qui en fait des tonnes d’ailleurs (ralentissez encore et Zack Snyder va porter plainte pour plagiat). Quant au Bouffon Vert, il est très bien quand il s’agit encore de Harry Osborn (la performance de Dane DeHaan étant à ce titre excellente), mais dès que Harry devient le bouffon, il a vraiment un sale tête et ça tourne au ridicule. Le personnage, qu’il soit dans la peau de Harry ou du Bouffon, n’a pas été assez exploité et on espère en revoir un peu plus dans le 3. Si les méchants ne se sont finalement pas multipliés, deux c’est déjà trop car l’un est inintéressant et l’autre pas assez exploité. Soit, car The Amazing Spider-Man 2 : Le Destin d’un Héros (bon là j’ai fait copier-coller) est pourtant un bon film, divertissant comme tout bon blockbuster du genre. Mais dans ce genre de saga, le premier opus est toujours plus intéressant car il y a le côté genèse/découverte d’un héros, et donc The Amazing Spider-Man demeure supérieur. Quant à ce deuxième opus, on retrouve ce qui faisait le charme du premier (un bon duo Andrew Garfield / Emma Stone et un Spider-Man vanneur et provocateur), mais au final nous n’avons qu’un blockbuster à superhéros juste correct.
Note : 7/10

Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?
Comédie ‘communautariste’ de Philippe De Chauveron (2014)
Avec Christian Clavier, Chantal Lauby, Elodie Fontan, Ary Abittan…

Allez hop, voilà la nouvelle coqueluche du public français pour on ne sait quelle raison (parce que les gens n’ont rien de bien mieux à faire ?). Certains buzz se justifient (Intouchables), d’autres nettement moins et Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? en fait partie. Le film qui commence en étant sponsorisé par le FN et qui finit sponsorisé par SOS Racisme, ou comment faire le grand pont avec un objectif caché attendu et éculé (et on a pas besoin d’un film pour apprendre à respecter l’(les) autre(s)…). Pour le coup, il était difficile de passer à côté des clichés « communautaristes » et avec QQAFABD (sexy hein ?) on va être servis. Les poncifs sur arabes, juifs, asiatiques, africains, cathos et « bons » français s’accumulent et les vannes sont tellement prévisibles et usées qu’elles ne font plus rire. Il est d’ailleurs usant d’aller voir ce film dans une salle pleine aux trois quarts d’un public familial qui est exagérément hilare au moindre dialogue comique et on se sent bien seul à ne pas rire aux passages qui de toute façon ne sont pas drôles. Bon, on rit un peu devant quelques trucs bien pensés, mais le bilan demeure maigre. Il est tout de même relevé par la dernière partie du film, lorsque le père ivoirien (excellent Pascal N’Zonzi) du dernier gendre débarque en France, en inversant les codes du racisme (et avec classe et références, pas dans le genre Thomas N’Gijol) et en donnant la furieuse réplique à Christian Clavier qui commence à se faire vieux et ne se renouvelle plus, tout comme Chantal Lauby qui honnêtement ne sert pas à grand-chose. Et l’intrigue ne se distingue pas avec un scénario étoffé, loin de là mais en même temps on ne s’attendait pas à ce que le film créé la surprise de ce côté-là. Pour le reste, c’est donc attendu au possible, la morale de l’ensemble y compris. Tous les personnages se détestent au début, notamment les 4 gendres, mais finalement tout le monde finit par bien s’entendre, les parents « racistes » également qui n’ont plus leurs vilaines pensées, waouh quel suspense ! Et de toute manière le « racisme » des personnages est bien peu extrême à la base (ce ne sont guère que de gros préjugés sur des communautés). Je sais que ce genre de film est l’occasion de passer un bon moment en famille et de rire un peu, mais il y a mieux à la télé pour ce genre et voir tout le monde courir au ciné pour ça est un peu navrant. Et techniquement, la réalisation est sans relief et les acteurs sont inégaux, que ce soit dans le jeu (Medi Sadoun surjoue son rôle d’arabe râleur) ou dans l’exploitation (on voit plus Ary Abittan que les autres, probablement parce qu’il est plus bankable en ce moment qu’autre chose), et seuls Pascal N’Zonzi, à la rigueur Frédéric Chau, et surtout la très très très (très) mignonne Elodie Fontan (ZE argument visuel avec même une fabuleuse scène pour crevards) dans le rôle de la cadette tirent leurs épingles du jeu (Noom Diawara, il va se ratrapper tout de suite avec Amour sur place ou à emporter qui semble adopter le même humour communautariste…). Pas grand-chose au bout pour une comédie vaine qui ne fait que s’amuser sur des clichés pour délivrer un message de paix et d’amour entre communautés, pour un ensemble archi-prévisible qui ne parvient guère qu’à décrocher quelques rires quand le tout s’emballe.
Note : 4.5/10
 "Une comédie française plébiscitée par le public, moi, plus jamais."

lundi 3 mars 2014

Iron Sky

Petit retour en arrière sur ce film qui se passe dans le futur avec des ennemis venus du passé. Je torture l’espace-temps mais on va s’en sortir, Marty (ça marche à la vapeur). Courant 2012, personne n’avait échappé à l’arrivée de ce film, sauf le grand public car Iron Sky n’est, à ma connaissance, jamais sorti sur les écrans français, et n’a finalement eu comme public que les cinéphiles avertis, festivaliers ou dénicheurs de perles sur les sites, magazines ou forums spécialisés. Il faut dire qu’un film avec des nazis, c’est toujours sujet à controverse… surtout quand c’est traité à fond les ballons sur un fond comique. Qu’on se rassure, les nazis sont toujours bien les méchants, mais concernant Iron Sky ce sont indirectement les héros d’un film au pitch déjanté à défaut d’être complètement guedin. Ce qui est une bonne et une mauvaise chose surtout, mais ce film finlando-australo-allemand à petit budget a donc eu une exposition relativement confidentielle. Iron Sky n’est bien évidemment pas un chef d’œuvre et ne semble être destiné qu’à rester un petit film culotté qui figurera surtout dans les mémoires de la série B. D’ailleurs sur les sites communautaires on ne peut pas dire que Iron Sky rafle les étoiles… Mais il n’est pas oublié pour autant. D’ailleurs j’écris cette critique après un deuxième visionnage pour lui redonner une petite chance, car au-delà de son aspect fun et sans prise de tête, Iron Sky est quand même un film assez unique qui mériterait peut-être un peu plus de considération. Hommage.

En 2018, la présidente des Etats-Unis (Stephanie Paul), pour sa campagne de réélection, décide de frapper un grand coup en envoyant un top-model noir, James Washington (Christopher Kirby), sur la Lune. Mais sur la face cachée de notre satellite naturel, Washington va faire une bien étrange découverte : des nazis y sont installés depuis des décennies, ayant reconstruit une petite société dans le but ultime de retourner sur Terre pour y établir le IVème Reich. Pris pour un espion, Washington est capturé par le Führer en second Klaus Adler (Götz Otto). Ce dernier veut se servir de Washington pour approcher la présidente et in fine, conquérir la Terre en doublant le Führer Kortzfleisch (Udo Kier). Sur Terre, Adler et sa promise l’éducatrice Renate Richter (Julia Dietze) s’infiltrent au sein de la présidence grâce à la directrice de campagne Vivian Wagner (Peta Sergeant), qui se sert des talents d’oratrice de Renate pour faire grimper la présidente dans les sondages. Mais Renate, persuadée que les nazis veulent revenir sur Terre avec un message de paix, va vite découvrir les véritables plans d’Adler…

Le pitch déjanté et provocateur d’Iron Sky est avant tout un prétexte pour livrer une comédie de science-fiction plus sage qu’il n’y paraît. On peut le déplorer mais le film a alors le mérite de ne pas partir dans le n’importe quoi. Iron Sky est surtout un film satirique, qui se joue des clichés à la fois du nazisme et des américains, sans chercher à délivrer un quelconque message ou prise de position, bref sans prétention car de toute façon tout le monde en prend pour son grade. Ce sont donc ces multiples références (la présidente des USA semble être clairement Sarah Palin même si le nom n'est jamais cité...) et clins d’œil à la limite de la parodie (notamment cette scène avec Vivian qui parodie ouvertement un passage de La Chute rendu célèbre grâce à de nombreuses vidéos) qui font le sel de Iron Sky, réservant quelques moments hilarants, notamment les réunions des différents secrétaires d’Etat de la planète qui tournent aux invectives, aux moqueries et aux règlements de comptes. C’est surtout ceci qui fait la force comique de Iron Sky, les personnages et les situations qui en découlent, plutôt que les dialogues en eux-mêmes qui, de mon avis, ont un peu un humour de merde… la dernière partie du film y va à fond niveau vulgarité gratuite, même de la bouche de la présidente (shocking !), qui n’est rien à côté du personnage revanchard de Vivian cependant. Les répliques font rarement mouche, cela ne passe que lors des références diverses ou encore lorsque les nazis découvrent le monde moderne (le coup de la réinvention de l’USB…), et c’est plutôt la globalité du film qui fait rire. Quant au scénario, il est ce qu’il est, mais là aussi il a le mérite de ne pas partir en couille quand il ne le faudrait pas.

Iron Sky est un film à petit budget et ça se sent très vite. Ce n’est pas du dégueulasse made in The Asylum mais nous sommes bien en présence d’une série B. Le visuel est tout de même honnête et a été travaillé pour que le rendu tienne la route, mais l’ensemble est assez inégal. La première partie du film sur la Lune est archi-synthétique (lorsque l’on voit les acteurs pour la première fois on a l’impression que eux aussi sont en images de synthèse, c’est assez bizarre jusqu’à ce que les yeux s’y habituent), les explosions diverses sont cheapos, mais en revanche la dernière partie du film avec les divers vaisseaux spatiaux est formidable, même s’il subsiste un petit côté « jeu vidéo ». Mais la réalisation de Timo Vuorensola est tout de même dynamique, à l’image du côté taré-mais-pas-trop du film, ce qui rend Iron Sky très accrocheur (avec même quelques petites incursions futuristes pour bien s’ancrer dans le genre science-fiction). Nous avons aussi le droit à une excellente BO de LAIBACH, ce qui avait créé de l’intérêt pour le film d’ailleurs. L’ensemble est classique mais se montre explosif dès que le film s’emballe, et les slovènes nous gratifient aussi de superbes thèmes notamment leur morceau "America" qui figurait sur l’album ‘Volk’ (2006), ici épuré et s’intégrant parfaitement dans le film à un moment crucial d’ailleurs. Et que dire du fantastique final avec le poignant "Under the Iron Sky" qui se superpose au générique de fin… Générique de fin qui égrène aussi le casting, peu étoffé mais satisfaisant dans l’ensemble. Seul Götz Otto est relativement connu (il avait joué dans La Chute mais aussi un rôle de méchant sadique dans Demain Ne Meurt Jamais, entre autres) et il joue à la perfection son rôle d’officier nazi fourbe et ambitieux. Les autres acteurs font le job, Peta Sergeant est hélas un poil grotesque mais l’inconnu Christopher Kirby s’en sort bien dans son rôle de « bro’ ». Reste alors Julia Dietze, le personnage principal du film, excellente en petite nazie naïve qui va être torturée par les doutes et la vengeance. Et puis elle est sacrément mignonne.


Après un premier visionnage, j’avais été dubitatif comme beaucoup de monde, sans dire que c’était un ratage non plus, c’était juste un film marrant et bien fait avec son peu de moyens. Mais au final Iron Sky se bonifie avec le temps. Il faut le prendre pour ce qu’il est, une grosse pochade sur la base d’un scénario osé et original. Il fait partie d’un certain état d’esprit auquel il faut adhérer, un peu à l’image de l’art de LAIBACH d’ailleurs. Ce n’est pas pour rien que les nazis de la Lune arborent le logo des slovènes à partir d’un certain moment du film… c’est à prendre à un certain degré (les membres de LAIBACH déclarant d’ailleurs que Iron Sky est « un film pour enfants »). Iron Sky, c’est finalement LAIBACH mis en film, ceux connaissant le groupe savent de quoi je parle. D’ailleurs comme je suis à fond dedans en ce moment je vous conseille leur nouvel album ‘Spectre’ qui vient de sortir, qui est encore une fois sujet à controverse d’ailleurs. Comme Iron Sky depuis ses débuts et encore aujourd’hui, car c’est à mon avis un film assez sous-estimé en fin de compte. C’est les nazis de la Lune qui embêtent les américains et le monde entier, tout le film brode là-dessus avec dérision et sans en faire des tonnes, et il ne faut pas aller chercher plus loin. Ça aurait pu être mieux au niveau visuel et sur les dialogues mais Iron Sky reste une série B, et dans sa globalité une excellente série B bien fun, qui est presque culte finalement. Heil Laibach, Heil Iron Sky !
Note : 8/10

lundi 17 février 2014

Les 3 Frères, le Retour

Treize ans que l’on attendait ça. Treize ! Ou le numéro porte-malheur par excellence, ou bonheur sur vous n’êtes pas superstitieux, ou le sobriquet donné à Olivia Wilde dans Dr. House. Treize ans à remater incessamment les best-of en DVD, ceux proposés par des chaînes comme TMC, ou quelques vidéos sur YouTube. Même plus de treize ans, car on ne peut pas dire que Les Rois Mages était un indispensable, sympa et décalé mais trop niais dans le fond. Les 3 Frères (1995) et Le Pari (1997) restent les deux cultes absolus, auquel on pourrait jouer les fossoyeurs et ajouter Le Téléphone sonne toujours deux fois (1985), alors que les Inconnus étaient encore cinq avec Smaïn et Seymour Brussel… Les Inconnus, puisque c’est d’eux dont il s’agit, sont donc véritablement de retour avec une suite de leur culte de 1995, sobrement baptisée Les 3 Frères, le Retour. Tout le monde ou presque est enchanté pour un film qui risque tout de même gros. Les Inconnus sont partout pour une promo qui peut paraître forcée, peu enthousiaste de mon point de vue, et inutile de dire qu’une accumulation de « mais c’est nul » transformerait ce retour en un retour sans suite, anecdotique et raté à l’image des Bronzés (même si j’avais trouvé Les Bronzés 3 bien moins catastrophique que l’on veut bien l’entendre…). Et de toute façon, il sera moins bien que le premier. Oui, on parle de la suite d’un culte, il est difficile voire impossible de retrouver la verve de 1995 lorsque le trio était à son âge d’or, et de faire au moins aussi bien. Donc oui, Les 3 Frères, le Retour est moins bon que Les 3 Frères (et j’ai toujours préféré Le Pari…), mais cela était acté d’avance et c’est bien insuffisant pour sabrer les Inconnus, la presse s’en étant donnée à cœur joie et, pour une fois, à l’opposé du public… dont je rejoins l’avis général mais avec de petites nuances logiques.

De nombreuses années après leurs aventures avec Mickaël, les 3 frères Latour sont sur le point de se retrouver : les cendres de Josie, leur mère défunte, ont été rapatriées en France et ses héritiers sont convoqués chez un notaire, comme il y a 19 ans. Didier (Didier Bourdon) vivote en vendant des articles érotiques en ligne dans sa bagnole, faisant croire qu’il est un professeur de philosophie à une vieille fille qu’il a épousé pour espérer récupérer l’héritage de sa belle-mère à l’agonie. Bernard (Bernard Campan) est toujours un acteur raté, vivant dans une caravane de tournage, traînant comme un boulet un rôle qu’il a eu dans une publicité de croquettes pour chiens, et gagnant péniblement sa vie dans un one-man show minable. Pascal (Pascal Légitimus) est au chômage mais se fait entretenir par Moss, une vieille dame riche qui s’est attachée à lui pour ses services sexuels, pourtant plus obtenus grâce au Bois Bandé que par un amour réciproque… Passées les retrouvailles tendues, malgré l’enthousiasme de Bernard car Didier et Pascal demeurent brouillés suite à une vieille histoire amoureuse, les 3 (demi-)frères apprennent qu’ils vont devoir s’acquitter d’une vieille dette de leur mère. Malgré la faible somme à rendre, chacun est pingre et préfère vider ses comptes de peur de voir leur fric prélevé à la source, ce qui va inexorablement les emmener dans de nouvelles galères… avec cette fois-ci la compagnie d’une fille cachée, Sarah (Sofia Lesaffre)…

Et c’est parti pour de nouvelles aventures rocambolesques avec un schéma qui rappelle un peu le 1er film. Mais comme convenu, ce 2ème opus est moins bon que le premier. Il va donc déjà être question d’évacuer les défauts manifestes. Déjà, l’histoire proposée est bien moins intéressante qu’il y a 19 ans. Les rebondissements, plus ou moins surprenants, sont un peu sans dessus dessous, l’histoire est de fait franchement décousue, se résumant souvent à une accumulation de gags et de situations cocasses, alternées avec des tentatives d’émotion qui tombent à l’eau, bien loin de celles du premier opus. Inutile de dire que le scénario est au final léger (il y a eu mieux dans le genre de comédie « tout part en sucette »), avec quelques petits trous mais rien de bien méchant. Le début du film est très poussif, comme tout film du genre il faut attendre que ça parte vraiment en couille pour que ça devienne drôle et intéressant, mais concernant Les 3 Frères, le Retour ça met un peu de temps à arriver quand même… Reste alors un constat pouvant paraître fracassant : il n’y a au bout aucune réplique ou situation qui deviendra inoubliable ou culte, certes seul le temps permet d’octroyer le qualificatif « culte » mais il n’y a rien ici qui soit énorme et absolument hilarant. Mais Les 3 Frères, le Retour n’a pas vocation à être culte dans l’absolu, c’est surtout une suite ou plutôt un appendice, et même les références et clins d’œil aux évènements du premier opus ne sont ni nombreuses, ni évidentes. On pense même le premier opus totalement oublié jusqu’à l’apparition de Mickaël (Antoine Du Merle) pour la dernière partie du film, qui tranche d’ailleurs avec la première et les situations centrées autour de Sarah, et accentuent encore le côté décousu et hétérogène du film. C’est tout ce qu’il y a vraiment à mettre au discrédit de Les 3 Frères, le Retour (en plus d'une réalisation sans grand relief mais bon, on attendait pas du Edgar Wright non plus) car pour le reste, il y a le bonheur de retrouver les Inconnus, leur humour et leurs personnages, ce qui est en réalité le plus important.

Les rires sont donc présents en masse, suivant les facéties des trois (demi-)frangins Latour toujours aussi proches de leurs sous. L’humour des Inconnus est donc toujours présent et présent en force, il a peut-être un tout petit petit peu vieilli par moments mais reste toujours d’actualité, même si rien n’est ici particulièrement dénonciateur (on évoquait la crise, le sujet est vraiment tertiaire finalement). Cela nous donne toujours des dialogues et des situations mordantes, découlant toujours de la personnalité grippe-sou au possible des frères, prêts à tout pour avoir des « pépettes », et toute l’histoire du film joue là-dessus. Avec le traitement fait par l’humour Made in Inconnus qui est d’ailleurs sublimé grâce à un running gag hilarant sur les slogans des banques, que je vais laisser découvrir à ceux qui n’ont pas (encore) vu le film. L’humour est bien là, moins tranchant qu’au début des années 90 et tentant maintenant de s’ancrer dans les années 2010 (en mode wesh cousin quand c'est nécessaire), ce qui est ardu mais ça fonctionne toujours, surtout que le trio s’est détaché de son répertoire connu (Les 3 Frères comportait pas mal de gags, situations et personnages issus de leurs propres sketchs), il y a donc du neuf et ça fait mouche. Notons enfin que les 3 personnages n’ont finalement pas changé d’un pouce, et le trio a su bien vite se remettre dans l’esprit des frères Latour de 1995. Le meilleur à ce jeu étant Bernard Campan : son personnage boulet au possible n’a pas changé d’un iota ! Surtout que des 3 acteurs, c’est lui qui a le moins vieilli… Didier Bourdon a pris un tas de kilos mais a su rester le nerveux et pingre Didier Latour, seul le personnage de Pascal Légitimus a assez changé, Pascal Latour étant bien éloigné du publicitaire bobo (bobo avant-gardiste d’ailleurs) du milieu des années 90, ce qui amène un peu de changement. Ainsi le fait de retrouver les 3 frères qui n’ont pas mûri et l’humour des Inconnus pur jus (même s’il ne va jamais très loin), fait que le plaisir et les rires sont bien présents dans Les 3 Frères, le Retour, excusant presque toutes les approximations du film.

Du coup les 3 Latour volent le film et les autres personnages, que ce soit le notaire Vaselin (Christian Hercq) (qui ne se prend pas de claques à cause de son langage latin, signe que les Inconnus ne font pas non plus dans les clichés et le recyclage), Sarah ou le retour de Mickaël, ne tirent le film vers eux. Reste la belle-mère un peu déjantée de Didier mais c’est tout, prouvant bien qu’au-delà des facéties et gags typés « Inconnus » Les 3 Frères, le Retour a bien peu de coffre. Mais malgré leur promo un peu démotivée, les Inconnus ont su se faire plaisir avec ce retour, sans prétention finalement. Oui, il ne faut pas spécialement prêter des prétentions énormes à ce film, c’est une suite à Les 3 Frères qui permet de replacer les Inconnus et leur humour sur grand écran, il ne faut pas en attendre beaucoup plus, que ça soit une histoire intéressante ou quelque chose qui pourrait être présenté comme une des comédies françaises de la décennie (quoique quand on voit la matière que l’on a depuis 4 ans…). Je rappelle à toutes fins utiles que nous parlons de la suite d’un culte, et si les reboots/remakes sont bien mal considérés -à juste titre ou non-, les séquelles ne sont pas en reste non plus, mais il ne faut pas attendre qu’une pareille suite parvienne à décrocher la lune. Les 3 Frères, le Retour est donc un retour qui tient franchement la route, surtout quand on pouvait s’attendre à une déception notamment du fait des critiques presse qui s’en sont données à cœur joie, on se demande bien pourquoi avec tant de haine d’ailleurs. Le public ne s’y trompera pas et saura savourer ce retour, qui je rappelle pourrait amener le trio à refaire un petit quelque chose (sur scène à priori) si ça fonctionne, il serait donc de bon ton de ne pas les dégoûter. Un retour certes pas parfait sur la forme cinématographique, pour un film de toute façon moins-bien-que-le-premier mais si on cherchait un minimum d’humour à la les Inconnus et les retrouvailles avec des personnages cultes, Les 3 Frères, le Retour est un retour réussi.
Note : 7.5/10

dimanche 5 janvier 2014

R.I.P.D.

Séance de rattrapage des ratés de 2013, première. R.I.P.D. m’avait pourtant intéressé dès le début mais suite à des critiques assassines, je m’étais dit que ça valait peut-être pas le coup, finalement. Surtout qu’au final, les bandes-annonces n’étaient pas si excitantes que ça. Pourtant le genre de film à la Ghostbusters manque (il paraît qu’un 3 est en préparation…), mais là ça ne paraît pas très réussi, avec un réalisateur pas trop connu (Robert Schwentke, auteur de Flight Plan et RED notamment), un Jeff Bridges qui cabotine sévère, et un Ryan Reynolds qui est un peu un acteur maudit pour moi : je l’aime bien mais il a tendance à ne jouer que dans des trucs approximatifs qui ne sont pas appréciés de la masse (Green Lantern, Echange Standard). Mais bon, comme d’habitude il est difficile de faire confiance à une certaine frange de la critique populaire (quand on voit les notes moyennes sur AlloCiné ou Rotten Tomatoes 6 mois après sa sortie, ça fait peur) qui a tendance à défoncer certains films aveuglément. Alors à la rigueur R.I.P.D. sera une bonne surprise, ou une bouse intersidérale, mais tant pis j’aurai au moins essayé.

Nick Walker (Ryan Reynolds) est un policier respecté de Boston, très proche de sa femme Julia (Stéphanie Szostak). Mais lors d’une intervention spectaculaire contre un trafiquant de meth nommé Garza, il meurt. Sur le chemin du paradis, il est alors recruté par le R.I.P.D., qui sous la direction de Proctor (Mary-Louise Parker) se charge de traquer sur Terre les morts-vivants qui ont échappé au jugement dernier. Nick est directement plongé dans le bain est doit s’associer à Roy (Jeff Bridges), un flic vieux jeu qui a officié dans les années 1800 et ne désire pas de partenaire et encore moins un rookie. Les deux compères vont pourtant devoir s’associer face à une menace de certains morts-vivants qui trafiquent de l’or, trafic qui impliquerait Bobby Hayes (Kevin Bacon), l’ancien partenaire de Nick…

Classiquement, R.I.P.D. c’est un peu un mélange entre Men In Black et Ghostbusters, avec un esprit buddy movie évident et bien évidemment un côté comédie fantastique assumé, avec un humour pas très fin mais qui passe bien. L’univers proposé est riche, et en une heure et demie ça va très vite, le néo-flic du R.I.P.D. Nick n’a pas le temps de souffler. Un univers riche qui est donc exploité de façon très sommaire, ce qui est dommage car il y a quand même un certain potentiel là-dedans. Certaines idées parfois incongrues (les épices pour détecter les morts-vivants…) sont bien vues, d’autres ne sont pas poussées à bout, on a l’impression que les scénaristes ont eu une idée bien fixe de l’univers du R.I.P.D. mais nous balancent dedans sans chercher à trop développer. Ce qui nous donne donc un scénario très basique, presque fait à l’arrache, assez prévisible et avec des rebondissements classiques, tout comme l’enchaînement des scènes (l’intro, la découverte, les conflits entre Nick et Roy, la déchéance et l’héroïsme, la bataille finale… c’est calibré et vu et revu), bref c’est un film à bas Q.I. qui est vraiment là pour poser son cerveau et ne pas trop réfléchir. On aimera ou pas, en remettant les choses à leur place bien entendu.

L’autre gros souci vient des effets spéciaux, archi inégaux. Certains trucs sont très jolis mais les morts-vivants, eux, sont carrément moches. C’est trop artificiel, et on ne sait pas si l’effet « cartoon » est volontaire ou pas. Certes on attendait pas que ça fasse réaliste mais le rendu est assez affreux, surtout sur la fin ou l’on frôle les effets spéciaux « de jeu vidéo », sans atteindre les abysses des films de Asylum et consorts. Les acteurs en chair et en os vont devoir rattraper le tout : Ryan Reynolds comme à son habitude ne fait pas grand-chose de significatif mais s’en sort bien, et comme je l’ai déjà dit c’est un acteur que j’aime bien. Jeff Bridges cabotine moins que prévu, et campe un personnage comme à son habitude zen et cool, même s’il faut bien avouer que l’interprète du Big Lebowski et de Kevin Flynn commence à se faire vieux… Mary-Louise Parker est sympathique également, et Kevin Bacon campe avec brio un personnage sombre et mystérieux même s’il ne s’est pas foulé non plus. Tout ceci est à l’image d’un film qui ne se prend pas la tête mais dont on ne sait trop dire si les approximations sont dues à la paresse, au manque de moyens ou de talent.

Mais, et vu le bashing auquel il a eu droit, je ne vais point être sévère avec R.I.P.D., qui reste toutefois un agréable divertissement quand on a rien de mieux à regarder et à faire. Scénario et effets spéciaux sont bien trop légers, et c’est frustrant car on se dit finalement qu’avec des moyens et une véritable construction de blockbuster, R.I.P.D. aurait pu être une vraie bonne surprise. Les comédies fantastiques de ce genre manquent un peu, il est dommage que ses rares avatars ne soient pas à la hauteur. Hansel & Gretel : Witch Hunters, dans un autre registre certes, avait pourtant récolté bon nombre de suffrages. Mais bon, pour peu qu’on ne soit pas trop exigeant on se laisse facilement prendre au jeu, à voir comment fonctionne l’univers du R.I.P.D. et à rire devant les facéties de Jeff Bridges et du comique de situation bardé de quelques trucs amusants. Un film mineur mais plaisant dans l’ensemble, hélas seulement correct à cause de défauts de fond et de forme.
Note : 7/10

vendredi 11 octobre 2013

C'est la Fin

L’apocalypse du 21 décembre 2012 (qui n’aura même pas eu lieu ! c’t’arnaque !) aura été une source d’inspiration pour bon nombre de cinéastes, et notamment les comiques. Après le 2012 de Roland Emmerich qui avait pris un peu d’avance (comment ça, ce n’est pas une comédie ?), voilà les retardataires (pourtant 666 était sorti à la bonne date de mémoire…). Suivant de peu Le dernier pub avant La fin du Monde (ou le précédant de peu selon les pays…), voilà C’est la Fin concocté par Seth Rogen et sa petite bande. Enfin, pas de réel opportunisme sur l’apocalypse maya, vu que C’est la Fin est en réalité le portage d’un court-métrage auquel Seth Rogen a participé (Jay and Seth Versus the Apocalypse, datant de 2007), et qu’on parle de l’apocalypse de la bible ce qui est un poil différent. Le tout avec une particularité certaine, vu que tous les acteurs présents jouent leur propre rôle. Avec un pitch simple mais efficace, le tout annonce du grand délire qui semble s’affranchir de la « nouvelle scène » des comédies US pour jouer sur l’autodérision. Je suis loin d’être amateur de l’humour de Rogen, que ça soit dans le pseudo-revival American Pie (SuperGrave) ou les comédies de couple à la Judd Apatow (En cloque mode d’emploi et consorts), ainsi que les trucs connexes (Very Bad Trip), mais bon la bande-annonce envoie du lourd et le pitch est d’enfer (c’est le cas de le dire). Y’aura-t-il l’apocalypse dehors alors que je suis au chaud dans la salle de ciné ?

Jay Baruchel (Jay Baruchel) rejoint son ami Seth Rogen (Seth Rogen) à Los Angeles pour quelques jours, bien qu’il n’aime pas du tout cette ville. Après avoir maté des films en 3D et fumé quelques joints chez Seth, les deux amis acteurs décident de se rendre chez James Franco (James Franco), qui pend la crémaillère de sa maison flambant neuve. Mais tout à coup, c’est l’apocalypse. Incrédules au début, les convives de James Franco vont pourtant se mettre en panique lorsqu’une catastrophe dans Hollywood va emporter quelques-uns de leurs amis acteurs. Cloîtrés dans la maison de James Franco, Jay, Seth, Craig Robinson (Craig Robinson), et Jonah Hill (Jonah Hill), rejoints ensuite par Danny McBride (Danny McBride), vont devoir s’organiser pour survivre et faire face aux caprices de chacun. Entre trahisons et serrage de coudes, la bande de copains acteurs va devoir faire preuve de rédemption pour échapper au jugement dernier…

Le pitch est simple, le résumé est court. On se dit « cool ! » surtout qu’après une introduction obligatoire, le film part d’un coup sans prévenir dans l’apocalypse et de manière ultra-explosive. A partir de là, on se dit que ça va tout déchirer. Sauf que… Seth Rogen n’avait pas vraiment d’idées pour tenir plus d’une heure et demie. Et c’est le drame. C’est la Fin se résume très vite à un huis-clos très bavard où les acteurs-acteurs cabotinent à mort et jouent sur l’autodérision et leurs personnalités de star. C’était prévisible, et le film tourne très vite en rond, ne sachant pas trop quoi faire de son pitch de folie. Il n’y a que vers la fin, quand la bande sort un peu de chez Franco, que le film devient plus palpitant et propose des rebondissements significatifs, mais ça ne vient qu’après un étalage interminable de scènes se résumant à des dialogues, blindés d’humour très référencé (le coup du hipster !), entre stars défoncées à la drogue et à l’alcool. Il faut aussi dire que Rogen et Evan Goldberg ne devaient pas trop avoir de moyens pour faire des effets spéciaux (la scène avec le trou dans le jardin est particulièrement moche, digne des ‘productions’ de The Asylum) et montrer un peu plus ce qui se passe dehors… même si le nerf de la guerre est la quasi-absence de scénario. Les mecs, c’est tout ce que vous avez réussi à pondre ?

Certes, cela fonctionne assez souvent, car Seth Rogen et ses compères ont la science de l’humour gras qui fait mouche, et au final des films comme SuperGrave n’étaient que des brouillons. C’est en-dessous de la ceinture, mais on ne tombe pas dans l’obsession made in Ben Stiller (cf. Voisins du Troisième Type qui m’a vacciné contre ce genre d’humour pendant un bon moment), même si les dialogues sont crus. Il y a notamment une scène hallucinante où Danny McBride et James Franco s’engueulent sur les problèmes de branlette du premier, et l’on se tient les côtes pendant une poignée de minutes. D’autres trucs sont bien fendards, mais le film ne joue absolument pas sur le comique de situation alors qu’il y avait moyen de faire des choses énormes. Il joue aussi sur le Hollywood-bashing avec des acteurs accrocs à la drogue et au sexe, en témoigne le début du film avec un Michael Cera qui auto-pulvérise son propre personnage. Il aurait même été intéressant de voir ce qu’il aurait pu donner dans le film entier sur cette base (car oui, il meurt assez tôt dans le film, c’est dans la bande-annonce qui encore une fois légitime ce que Patrick Timsit dit dans Incontrôlable : « T’as vu la bande-annonce, t’as vu le film »). Les autres personnages sont bien choisis, ayant tous des personnalités différentes qui amènent du piment à leur relations, même s’ils sont plus connus du public américain (je suis peut-être un inculte, mais je ne connaissais ni Jay Baruchel, ni Craig Robinson, et à peine Danny McBride (vu dans Le monde presque perdu)). C’est juste dommage que Emma Watson, présentée en grande pompe, ait juste une scène de 5 minutes et on la revoit plus après, tout comme Rihanna qui aurait eu du potentiel (j’avoue, je trouve qu’elle s’en sortait bien dans Battleship), et une présence féminine aurait pu amener encore plus de piment à cette bande d’acteurs bras cassés. Dont bien sûr il sera difficile de faire des commentaires sur l’acting, hormis un James Franco très convaincant que l’on devrait voir plus souvent dans des comédies. Et le caméo de Channing Tatum vers la fin est juste dantesque, fin du film qui est logique mais un peu trop facile par ailleurs.


Donc bon, C’est la Fin est loin d’être un mauvais film et est plutôt plaisant, on rit souvent et c’est déjà bien pour une comédie. Mais franchement, j’en attendais bien plus ! Avec un pitch pareil il ne fallait pas se contenter d’aussi peu et y mettre plus d’inspiration et de moyens. Les fans de l’humour made in Seth Rogen, et de la « culture » qui va avec (il faut saisir toutes les références et bien connaître les acteurs) seront aux anges et seront sauvés par le halo bleu du paradis. Les autres devront lutter sur Terre au milieu des flammes et seront forcés à subir un huis-clos qui met à mal toutes les promesses d’une pareille comédie. Pour nous conter la fin de l’humanité, on préfèrera largement les facéties du trio Wright/Pegg/Frost à C’est la Fin, même si ce n’est pas comparable (surtout au niveau de l’humour, mais au final l’histoire du film peut faire penser à celle de Shaun of the Dead…). C’est la Fin permet tout de même de passer un bon moment et de s’enquiller quelques rires gras coupables, mais semble finalement terriblement décevant par rapport à ce que l’histoire pouvait apporter. Seth Rogen avait une idée de base géniale mais n’a pas su broder suffisamment autour pour faire un scénario qui tue avec des trucs qui pètent bien. C’est la Fin est au final assez inégal et alterne scènes et dialogues énormes, et passages inutiles qui font plus remplissage dans un esprit « bon ! nos gars sont coincés dans la maison, ils font quoi maintenant ? ». Trop limité, parfois trop attendu et dans la globalité, frustrant. Et c’est fini !
Note : 6/10

vendredi 6 septembre 2013

Les Seigneurs

Le football au cinéma, c’est un programme très restreint et il n’y a guère que nous français pour se pencher sur la question. Je ne vais pas essayer d’être exhaustif, mais à ce sujet deux films me viennent immédiatement à l’esprit. Le premier est Les Collègues, sorti en 1999. Si je l’ai vu plusieurs fois il fut un temps, il ne m’évoque plus que 4 choses : Joël Cantona, « moi je pisse droit », la finale de la Coupe du Monde 1998 un mardi et l’hilarant gardien de but qui carbure au pastis. Le second est 3 Zéros, sorti en 2001. Celui-ci était une réussite, une peinture mordante et explosive du foot-business. J’ai presque envie de dire qu’il est culte tiens, et même limite réaliste par rapport à ce qu’on nous sert desfois (eh oui, faire rentrer une jeune recrue dans un match de coupe UEFA, c’est tout à fait crédible). C’est qu’en s’attaquant à un sujet précis, nous français avons tendance à réinventer tous les codes et à nous placer dans un autre espace-temps. C’était par exemple le cas de Pop Redemption cette année. Quelques mois plus tôt sortait Les Seigneurs, qui est donc une nouvelle comédie sur le football. Ça ne paye pas de mine comme ça et ça sent le film qui va traiter son sujet principal très superficiellement. Je n’ai pas commis l’affront d’aller le voir au cinéma (je préfère payer ma place pour des films qui ont un intérêt visuel à être vus sur toile blanche…), alors voici une séance de rattrapage grâce à la mise en clair de Canal+ en septembre pour les abonnés CanalSat.

Patrick Orbéra (José Garcia) est une ancienne star du football et coach prometteur, qui a été ruiné par des démêlés avec le fisc et des problèmes d’alcool. Suite à un pétage de plombs sur le plateau de Téléfoot où il était consultant, il est à deux doigts de perdre la garde de sa fille, et est contraint d’accepter le poste d’entraîneur du club amateur breton de Molène. Sous la houlette de Titouan Legennec (Jean-Pierre Marielle), il doit réussir à atteindre les 32èmes de finale de la Coupe de France avec l’équipe locale. La bourgade insulaire a en effet besoin de la recette des matchs pour pouvoir sauver sa conserverie locale, menacée de liquidation. Se rendant compte que l’équipe dont il a la charge est bien faible, malgré le prometteur Le Pen (Le compte de Bouderbala), il décide d’appeler à la rescousse 5 de ses anciens coéquipiers : Fabien Marandella (Ramzy Bedia), gardien de but accro à la drogue qui veut désormais jouer avant-centre, Rayane Ziani (Gad Elmaleh), milieu offensif sujet à la dépression et aux crises d’angoisse, Wéké N’Dogo (Omar Sy), défenseur central dont la carrière a été perturbée par des problèmes cardiaques, Shaheef Berda (Joey Starr), milieu défensif qui fait des séjours en prison en Angleterre, et David Léandri (Franck Dubosc), buteur qui s’est reconverti acteur et qui sera bien difficile à convaincre. Orbéra va devoir donc tant bien que mal canaliser son équipe et faire avec les frasques de chacun, sous la pression de Legennec et des insulaires déterminés à sauver leur conserverie…

Pour commencer, on ne saura en quelle division joue le club de Molène. Vu le niveau des joueurs à la base, on pourrait dire bas de tableau de 2ème division de district… Bon ce n’est pas bien grave, car pour le reste et pour l’organisation même des tours de Coupe de France, la réalité des choses est respectée (malgré quelques raccourcis). Mais il est toujours étonnant de voir se croiser des faits réels et des faits inventés sur fond d’une certaine culture football (l’Atletico Madrid, il fallait aller le chercher !), Zidane a droit de cité, Christian Jeanpierre est aussi aux commandes de Téléfoot, mais par contre tout ce beau monde a dû côtoyer les protagonistes du film dans une histoire footballistique parallèle… Et c’est bien beau de citer Zidane, mais N’Dogo / Omar Sy est un faux Thuram à 100% : les lunettes, la couleur de peau, le poste, le sérieux du personnage (le moins barré du lot), le geste du doigt lorsqu’il met un but… Les Seigneurs est donc sans cesse tiraillé entre l’invention et la volonté de citer des références, qui sont donc réduites au strict minimum. Bon à la limite on s’en cogne, c’est un film. Deux questions importantes se posent : Est-ce que ça respecte le football ? Le foot se joue à 11 (bon, avec des remplaçants, messieurs les scénaristes) et dans les images de match, ça ne se voit pas trop pour se focaliser sur les 5 compères. Mais pas d’exagérations ou de trucs qui réinventent carrément les règles du football, le tout reste crédible et c’est déjà bien (on a même droit à de jolis buts). Le fameux match des 32èmes de finale contre l’OM (oui je spoile mais en même temps wikipédia le fait aussi…) est d’ailleurs filmé d’un point de vue très réaliste, dans le véritable stade de Brest. Les joueurs portent même le maillot officiel de la Coupe de France avec son flocage ! Bien évidemment, l’équipe de l’OM n’est pas la vraie équipe de l’OM mais ce n’est pas bien grave non plus (par contre, à ce que j’ai pu voir dans le générique ce sont de vrais joueurs de foot, j’y ai vu le nom de Stéphane Léoni, ex-FC Metz, et 2-3 autres noms qui me semblaient connus…). Enfin bon, dans 3 Zéros il y avait les vrais joueurs du PSG et d’autres personnalités… Donc bon, Les Seigneurs ne massacre pas l’univers même du football, même s’il ne se pose pas comme un pur hommage non plus, malgré un fond de culture foot évident.

La seconde question : est-ce que c’est drôle ? Parce que c’est une comédie sur le football (certes), mais une comédie quand même. C’est là que ça peut coincer. Les Seigneurs ne fait pas rire sur des clins d’œil, alors qu’il y avait largement la place de faire quelque chose en ce sens, ce qui est d’ailleurs un peu décevant. Reste juste le gag bien pensé du huis-clos suite au fumi balancé sur le terrain, ainsi que la culture du « petit poucet » et la sempiternelle panenka, mais à part ça… Le film joue à la fois sur le comique de situation et sur des répliques bien senties. Ça fonctionne de temps en temps, on rit quelquefois de bon cœur, mais rien d’excessivement hilarant, surtout que le film est nettement tempéré par le côté grave et social et les bons sentiments (bien évidemment), servi par un scénario sans fioritures ni énormes rebondissements. Bien sûr, Les Seigneurs joue à fond la carte des personnages, mais ils sont à la fois caricaturaux et mal exploités. Chacun à sa « particularité » qui intervient forcément à un moment des intrigues (la panenka de Léandri, les problèmes cardiaques de N’Dogo, les angoisses de Ziani…), mais c’est trop attendu et ça ne fonctionne pas. Et la caricature est bien évidemment trop grossière et surtout peu crédible, notamment les personnages de Marandella (le drogué corruptible) et Berda (le bourrin irritable), aucun footballeur confirmé ne finira comme ça et c’est exagéré au possible. Mais comme toujours, c’est un film… et on notera au moins que chaque acteur est bien rentré dans son personnage et le joue à la perfection, hormis un José Garcia finalement peu intéressant, un Franck Dubosc un brin saoulant et un Gad Elmaleh bien trop lunatique (bon du coup, la moitié des personnages ne prennent pas en fait…). Reste alors Jean-Pierre Marielle, qui lui a toujours la grande classe (encore heureux), un caméo de Jean Reno, et des acteurs tertiaires presque tous issus de pubs ou de programmes courts… formidable casting à la française.


Bon, je m’attendais à bien pire, à un truc pas drôle et cabotin comme pas possible qui torpille l’univers du football, ses règles et ses compétitions. Il n’en est rien (surtout le second point) mais bon, il y avait moyen de faire mieux et Les Seigneurs laisse un goût d’inachevé, l’impression que le film ne va pas au bout de son sujet notamment sur le plan footballistique (le foot-business n’est pas du tout évoqué, hormis quelques petites vannes, bon d’un côté mieux vaut laisser ça à 3 Zéros qui le faisait très bien), ainsi que sur le plan des personnages qui auraient pu être mieux exploités, moins exagérés. Quant à l’humour de la chose, cela dépendra de l’appréciation de chacun, de sa propension à lâcher quelques rires gras dans un humour certes bien moins beauf que prévu. Crédible mais-pas-trop pour rester une pochade franchouillarde mais-pas-trop-non-plus, Les Seigneurs remplit sa mission de comédie légère sur le football (avec un fond social pour se donner un genre) mais pas beaucoup plus. Ça reste correct, regardable, sympathique sans être inoubliable, bien mis en scène et bien interprété, mais le score ne reflète pas la physionomie de la partie. Les Seigneurs a bien tenu son match mais aurait pu montrer bien plus de choses dans le jeu. Un film de niveau DHR qui créé la surprise mais n’ira pas plus loin qu’une défaite aux tirs au but contre une L1.
Note : 6/10

vendredi 30 août 2013

Le dernier pub avant La fin du monde

Edgar Wright + Simon Pegg + Nick Frost. Le trio infernal qui a enfanté la série méconnue Spaced au début des années 2000 (tellement méconnue que je ne l’ai toujours pas vue…) s’est bien vite mis au cinéma pour donner naissance à une trilogie infernale baptisée « Blood and Ice Cream » (parce qu’il y a du sang et des Cornettos), créant leur propre patte au sein de comédies déjantées. Shaun Of The Dead est déjà un film culte mais personnellement je ne l’ai jamais trop aimé, c’est une comédie d’horreur banale et poussive juste portée par sa réalisation et ses acteurs. En revanche, Hot Fuzz est une tuerie intergalactique, délivrant un scénario malin, des gimmicks qui arrachent et une fin qui dépote. Après une absence de 6 ans marquée par un film du duo Pegg-Frost sans Edgar Wright (Paul), voilà le retour tant attendu du trio britannique pour clore cette trilogie dans une certaine apocalypse. On avait attendu les extraterrestres (qui ont finalement débarqué pour Paul), on attendait la fin du monde (le film devait à la base sortir aux alentours du 21 décembre 2012…), on aura les deux dans Le dernier pub avant La fin du monde, ainsi que comme prévu du sang (même si c’est un sang un peu particulier…) et de la glace (même s’il faut l’attendre !). Et l’humour corrosif du trio de même que la mise en scène coup-de-poing. La totale.

A la fin des années 80, une bande de 5 potes décide de faire en une soirée le « barathon de la voie maltée » dans une charmante bourgade anglaise, Newton Heaven : il s’agit de déguster une pinte de bière dans chacun des 12 bars de la ville, jusqu’au dernier répondant au nom de « La fin du monde ». Mais l’échappée tourne court et le quintette s’arrête à 9 bars. 20 ans plus tard, Gary (Simon Pegg), ado attardé fan des Sisters Of Mercy, décide de retrouver ses potes pour refaire et terminer ce qu’ils avaient commencé. Peter (Eddie Marsan), concessionnaire auto très attaché à sa femme et à son père, Oliver « Le maudit » (Martin Freeman), agent immobilier qui ne lâche pas son oreillette bluetooth, Steven (Paddy Considine), travaillant dans le bâtiment et adepte de muscu, et Andy (Nick Frost), chef d’entreprise épanoui mais renfermé, finissent par accepter de suivre Gary dans sa quête, malgré la forte réticence d’Andy qui s’était méchamment brouillé avec Gary suite à un fâcheux accident. Alors que les 5 potes entament la tournée, se remémorant les bons vieux moments et réglant leurs comptes, ils vont se rendre compte que leur bourgade natale a été envahie par des robots extraterrestres… Le quintette, accompagné de la sœur d’Oliver (Rosamund Pike), va alors se disputer sur la marche à suivre pour se tirer de la galère, les pintes s’accumulant dans le gosier n’aidant pas… tandis que Gary est bien déterminé à finir le barathon coûte que coûte.


D’emblée, je vais évacuer les quelques défauts de Le dernier pub avant La fin du monde histoire d’en finir : on notera déjà que la Edgar Wright touch est un peu moins incisive que par le passé, abandonnant presque certains gimmicks des deux premiers films comme les expressions qui reviennent systématiquement une deuxième fois, au contraire des habituels gags. Les dialogues sont moins percutants, à l’image des héros du film finalement : ils ont mûri et sont plus sérieux. Le scénario, bien moins étoffé que celui de Hot Fuzz, n’entretient pas le « mystère » comme avait pu le faire avec brio Shaun Of The Dead également. Au final, après 40 minutes qui servent en quelque sorte d’introduction (le sujet l’exige comme pour les deux autres films), on est direct plongé dans la véritable intrigue et à partir de là, c’est effectivement l’apocalypse filmique et la tuerie. Edgar Wright s’est lâché dans les scènes de bagarres et nous envoie du jamais-vu chez lui, souvent hallucinantes et terriblement jouissives, avec des prises vachement techniques et même de véritables mouvements de catch ! Ce n’est pas cette fois-ci que le déjanté et la WTFerie seront mis de côté, et au final Le dernier pub avant La fin du monde et sans concession le film le plus original et le plus barré du trio. Hormis le premier tiers pépère, ça va à cent à l’heure et ça aligne les poursuites, bagarres et violentes prises de tête entre potes dans un joyeux bordel drôle et efficace. J’ai eu peur que le film soit plat et parte dans le n’importe quoi décevant : il n’en est rien et Le dernier pub avant La fin du monde est tout simplement un pur film dans la tradition Wright/Pegg/Frost, même si un peu différent des deux précédents opus de la trilogie.

Côté scénario, on continue à distiller quelques éléments au fur et à mesure comme d’habitude, permettant de fluidifier et de comprendre l’histoire (et de balancer des guests savoureux comme l’inattendu Pierce Brosnan), mais c’est tout de même moins passionnant que Hot Fuzz. Mais comme toujours c’est un prétexte pour envoyer la sauce dans d’excellentes scènes et on en redemande. Comme toujours chez Edgar Wright, les acteurs sont tous excellents : Simon Pegg est méconnaissable en gothique alcoolo, il cabotine pas mal mais ça change radicalement de Mission Impossible et Star Trek et ça fonctionne. Nick Frost lui vole presque la vedette en fin de film, grâce à un personnage dont le comportement évolue au fil de l’histoire. Martin Freeman, cantonné à des seconds rôles effacés après H2G2 (oui, même dans Le Hobbit on ne le voit pas beaucoup !), a enfin ici un second rôle complet et intéressant. Paddy Considine, dans un rôle presque à contre-emploi, est également excellent tout comme le méconnu Eddie Marsan qui campe le personnage le plus naïf dans la bande. Rosamund Pike tient également un rôle à contre-emploi et s’en sort bien. Après le très Buddy Movie Hot Fuzz, Edgar Wright s’élargit de nouveau à une bande complète et les acteurs portent une nouvelle fois un film délicieusement déjanté, avec des codes bien singuliers de comédie mais aussi d’action, de fantastique et de science-fiction.


Il est juste dommage que Le dernier pub avant La fin du monde se termine sur un grand final dispensable et un peu maladroit, mais ce n’est pas très grave et c’est finalement logique. La trilogie Blood and Ice Cream se termine en apothéose, même si à mon sens Hot Fuzz restera à jamais la plus grande réussite du trio Wright/Pegg/Frost. Le dernier pub avant La fin du monde surpasse déjà pour moi Shaun Of The Dead qui n’était finalement qu’un round d’essai. Ce troisième opus démarre timidement et on a vu les compères plus inspirés pour les dialogues (peut-être est-ce à cause de la VF ? déjà que Pegg et Frost n’ont toujours pas de doubleur attitré…) ainsi que pour les gimmicks incisifs, mais vu que la partie « à fond » du film en constitue tout de même la grande majorité, il serait dommage de bouder ce film pour du pinaillage. Le dernier pub avant La fin du monde est une bonne tuerie jouissive, fun et nawakement contrôlée, c’est l’essentiel et si le trio anglais a fait un peu mieux par le passé, il n’a pas perdu son goût unique pour la comédie transgenre qui fait mouche, servie par des acteurs en forme. Le dernier Cornetto avant l’apocalypse !
Note : 8/10

vendredi 7 juin 2013

Pop Redemption

On ne rigole pas avec le Metal. Oui que voulez-vous dans ce monde de puristes il est difficile de demander à certains publics de faire l’effort d’analyser un autre regard sur une scène culturelle. Pop Redemption a tout pour faire jaser, c’est pourtant le premier film français qui met le Black Metal à l’« honneur ». Mais Julien Doré, les « bobos » de Canal+… forcément ça a du mal à passer. Le fait que le Hellfest ait été impliqué dans le processus du film attire néanmoins de la sympathie, tout au moins de la curiosité, au minimum une véritable référence qui tient la route. Car pour ce qui est des références, on va en reparler… Bref, décrié et jeté en pâture bien avant sa sortie, Pop Redemption ne laissera pas les métalleux indifférents. Le genre Metal n’est pas fait pour la culture de masse et le revendique, surtout le Black Metal dont il est question ici. Certains aimerait voir plus de Metal à la télé, d’autres surtout pas parce que ça desservirait le genre. Foutu pour foutu, Pop Redemption va avoir la charge de présenter le Black Metal à ceux qui ne le connaîtraient pas encore. Un genre violent, premier degré, sataniste, renfermé sur lui-même et obtus. Enfin tout ça n’est que cliché et exagération, pourtant c’est bien ce qu’on peut attendre sur l’écran dans pareil film, car qui dit cliché dans une comédie dit exploitation à fond… hélas.

Les Dead Makabés est un groupe de Black Metal français, existant depuis une quinzaine d’années apparemment. Avec Alex (Julien Doré) au chant, Erik (Yacine Belhousse) à la guitare, JP (Grégory Gadebois) à la basse et Pascal (Jonathan Cohen) à la batterie. Comme tous les étés, le groupe s’apprête à s’embarquer pour une tournée, cette fois en Roumanie et même en Ukraine. Mais les membres du groupe à l’exception d’Alex, très impliqué dans son univers de Black-Metalleux, sont rattrapés par les soucis de la vraie vie et songent à raccrocher. C’est à ce moment qu’Alex leur annonce que les Dead Makabés ont été programmés pour le Hellfest, en remplacement d’un groupe de Black-Metal qui a annulé (Satanic Warmaster ou Impaled Nazarene sans doute) et que « il n’y a pas 36000 groupes de Black-Metal en France » (ah bon ?). Le groupe prend donc la route, mais va s’attirer des ennuis suite à un concert donné à la hâte dans une boîte de nuit pas préparée à recevoir tel genre de groupe. Poursuivis par le patron de la boîte (Arsène Mosca), les Dead Makabés vont provoquer un accident et tuer involontairement ce premier. Obligés de fuir avec la police locale et la section de recherches à leurs trousses, les 4 membres du groupe vont pourtant tenter de rallier le Hellfest sous l’impulsion de Alex, voulant à tout prix faire un dernier concert… et vont devoir usurper l’identité d’un groupe de pop convié à la « fête de la fraise »…

Dead Makabés Promoshoot 2013 © DR

Etant moi-même un métalleux qui écoute du Black, je me devais donc d’aller voir Pop Redemption pour l’analyse. Evacuons tout de suite le point qui dérange les métalleux, à savoir « ça va nous faire passer pour des gros beaufs satanistes ». Hélas, c’est le cas, le cliché du Black-metalleux obtus a ici bon dos. Mais ce sont des clichés poussés à bout et n’importe quel métalleux s’en rendra vite compte, surtout que le tout est centré sur le personnage d'Alex car ses comparses veulent eux rester « normaux ». Seulement les spectateurs qui vont voir ce film non pas pour le Metal mais pour le reste, et iront voir Pop Redemption pour la comédie avant tout, auront bien vite d’associer les Dead Makabés à l’ensemble de la scène Metal (et pas seulement le Black) par manque de culture. Culture qui est le fonds de commerce totalement oublié, occulté, traité approximativement et superficiellement par le film. Si une explication succincte de l’histoire du Metal extrême est réalisée à un moment du film par la fille -Métalleuse rebelle comme de bien entendu- de la flic Martine (Audrey Fleurot) juste pour la caution « le Metal expliqué aux nuls pour que vous comprenez quand même un peu », on ne peut pas dire que la culture Metal soit mise en avant par le biais de références. C’est bien simple, on a l’impression que Pop Redemption se déroule dans une dimension parallèle à la nôtre, où le Metal et le Black Metal en particulier n’auraient ni la même définition, ni la même importance. Mais le Hellfest existerait quand même. Le coup du « y’a pas 36000 groupes de Black Metal en France » me fait toujours autant tiquer et fait passer le genre pour un truc tellement underground que rien ne ressort, alors que ce n’est pas vraiment le cas. Il y a également bien peu de considération pour le Hellfest qui est un festival tout de même très gros qui ne programmerait jamais à l’arrache un groupe de sombres inconnus. Le Hellfest sert d’apparat pour la caution métallique du film, même si son usage est plutôt fait à bon escient dans le scénario. Donc pour les références et les noms, on repassera alors qu’il y aurait eu moyen de faire quelques clins d’œil sans tomber dans l’humour trop référencé. Les « vrais » noms sont juste mis en avant par le biais des posters de la chambre de Julia (Délia Espinat-Dief), et Gorgoroth sert de simili portrait-robot pour les Dead Makabés fuyards. Il y a aussi des patches mais il faut avoir l’œil… et au final comme « noms » il n’y a que les Dead Makabés, et un personnage inventé nommé « Dozzy Cooper » (diantre…) qui ne ressemble à rien (un mélange improbable entre un vieux Hard-Rockeur et un Black-Métalleux), et… le Hellfest qui semble bien perdu au milieu de cet univers Metal bien trop léger et approximatif par rapport à la réalité.

Mais Pop Redemption reste une fiction et également une comédie, donc ça peut passer après tout. Une comédie bien franchouillarde, presque « à l’ancienne » et à prendre pour argent comptant. On rit un peu mais pas énormément sur un scénario résumé dans la bande-annonce qui ne réserve aucune surprise, et qui comprend quelques longueurs d’ailleurs. Les 4 membres des Dead Makabés tirent leur épingle du jeu, notamment Julien Doré qui mine de rien, assure dans son rôle de leader agressif et obtus de groupe de Black-Metal, et Grégory Gadebois qui possède une bonhomie fort sympathique. Les pérégrinations de ces branquignols Black-Métalleux sont donc agréables à suivre mais ça ne va pas chercher bien loin. La rédemption vers la pop ne dénigre pas non plus le Metal au bout, vu qu’à la fin les deux styles se mélangent de façon explosive, malgré quelques scènes qui ne servent à rien et sèment un doute inutile (notamment lorsqu’Alex se retrouve à faire le choriste dans une messe d’enterrement de son plein gré). Les beumeux s’amusent et puis on en sourit, et le film ne cherche pas à faire la morale aux métalleux plus que de raison. En revanche, Alexandre Astier lui ne sert absolument à rien, si ce n’est faire du cabotinage et faire placer quelques références à Kaamelott (dont l’inévitable « c’est pas faux »). C’est sûr qu’il était plus intéressant de faires des références à Kaamelott plutôt qu’au Metal qui est quand même le sujet principal du film… Outre des autres rôles corrects (dont Audrey Fleurot), on notera la présence de Steeve Petit, chanteur du groupe Zuul FX, qui tient un petit rôle savoureux d’organisateur du Hellfest, en plus d’avoir coaché les acteurs qui forment les Dead Makabés.

Mais même s’il est un film fondamentalement bucolique et sympathique, Pop Redemption est tout de même globalement passé à côté de son sujet. Il est sûr qu’il était difficile de faire de l’humour référencé avec un genre musical peu adopté par les masses, mais il n’était pas non plus nécessaire de l’occulter totalement, pour laisser place à un dropping de clichés sur la branche Black-Metal forcément critiquable et drôle à ses dépens (les pentacles, les paroles incompréhensibles, la profanation de cimetière pendant l'adolescence (sic), la fausse mutilation dans les concerts qui n'a guère eu lieu qu'avec Mayhem en 1992...). Bref, ce n’est pas un film sur le Metal, c’est un film avec des métalleux dedans (et leur festival favori). Et les non-métalleux auront du grain à moudre pour se foutre de leur gueule, que ça soit dit. Même avec une bonne dose d’autodérision, il n’est pas dit que le vrai métalleux se laisse faire par ce qui est montré dans Pop Redemption, car les Dead Makabés ne sont qu’une exagération volontaire, ce qui ne sera hélas pas évident pour tout le monde, surtout lorsqu'on se place dans une perspective purement franco-française friande de jugements à l'emporte-pièce et d'amalgames. C’est triste et les puristes vont hurler, ce film n’étant définitivement pas fait pour des métalleux trop sérieux, en revanche ceux qui ont pris du recul ne seront pas touchés le moins du monde. Pour le reste et en ce qui me concerne, Pop Redemption atteint tout juste la moyenne car ça reste une comédie franchouillarde de derrière-les-fagots avec ses qualités et ses défauts. Mais le fait d’être passé à côté de tout un pan de la culture Metal me désole. Heureusement il n’y a rien de bien méchant et Pop Redemption ne fait pas passer le Metal pour un genre ringard et désuet, mais il ne l’honore pas pour autant, et n’essaie même pas de le rendre sympathique ou de le désacraliser un peu, ça parle d’un groupe de Black-Metal qui veut aller au Hellfest et qui doit se faire passer pour un groupe de pop, et puis voilà. Je ne vais pas jeter la pierre à l’équipe de Martin Le Gall, ce n’est pas un documentaire sur le Metal, mais même pour une comédie avec le Metal et le Black-Metal comme sujet c’est un peu décevant et les rires appuyés sont rares, seuls les personnages sont attachants et quelques situations « typiques » marrantes feront rire les musiciens. Mais c’est bien maigre et Pop Redemption est un film qui manque de blasts…
Note : 5/10