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mardi 10 décembre 2013

Hunger Games : L'Embrasement

Je ne sais pas s’il est utile de (re)présenter la saga Hunger Games. D’ailleurs on va essayer de la faire courte ce coup-ci (je vais quand même écrire beaucoup, je le sens), plutôt que de balancer un [Kritik Express] comme j’ai la flemme, comme pour La Stratégie Ender qui mérite tout de même toute votre attention. D’ailleurs après les ados qui accompagnaient Asa Butterfield et Harrison Ford, voilà une autre brochette de djeunz. Pour un public de djeunz d’ailleurs. J’ai dépassé l’âge légal d’apprécier des sagas comme Hunger Games ou Les Âmes Vagabondes mais par curiosité, je regarde quand même. Sauf Twilight, parce qu’il faut pas non plus déconner. Hunger Games, ça m’a intéressé dès le début (le début de l’adaptation cinématographique, je n’ai pas lu les livres… et c’est tant mieux concernant ce second opus, on en reparle plus bas), ce côté Battle Royale dans une société dystopienne post-apo prête à tout pour garder le peuple sous son contrôle. Bien évidemment, c’est un Battle Royale light et gentillet, mais de ce côté le premier volet d’Hunger Games était réussi. Se concentrant sur les Hunger Games en tant que tel, leur préparation et leur organisation et bien sûr leur déroulement de A à Z, ce film était plutôt prenant et convaincant, laissant de côté les sempiternelles histoires de cœur… mais aussi le développement de la société dystopienne sous-jacente, ce qui est un peu dommage. La saga va donc avoir la tâche de rééquilibrer tout ça avec le second volet, dénommé Hunger Games : L’Embrasement.

Après avoir gagné les 74èmes Hunger Games de Panem tout en mentant sur leur idylle pour survivre, Katniss (Jennifer Lawrence) et Peeta (Josh Hutcherson) pensaient se la couler douce dans leur District 12. Mais le capitole les rappelle à eux, pour faire la tournée triomphale des districts, tout en essayant de faire croire à tout le monde que leur idylle est bien réelle, sous les ordres du président Snow (Donald Sutherland). La tournée va mal se passer, Katniss et Peeta étant contraints de faire bonne figure tandis que des habitants rebelles des districts se font massacrer sous leurs yeux. Le président Snow comprend bien vite que, malgré leurs efforts pour ne pas faire de vagues et consolider leur idylle, Katniss et Peeta ainsi que tous les autres vainqueurs des Hunger Games dont Haymitch (Woody Harrelson) représentent une menace pour le capitole, car ils incarnent l’espoir pour la population. Plutôt que d’éliminer les gagnants, Snow suivant les conseils de Plutarch Heavensbee (Philip Seymour Hoffman) et après un incident impliquant Katniss et son « vrai » petit ami Gayle (Liam Hemsworth) dans le District 12, décide d’organiser les « jeux de l’expiation » où seront conviés les anciens gagnants des Hunger Games… qui vont donc devoir retourner dans l’arène.

J’avais dit que je la ferai courte : Hunger Games : L’Embrasement, c’est la même chose que Hunger Games. Dans le déroulement en tout cas, à la différence que les péripéties précédant les Hunger Games sont forcément différentes. D’ailleurs lesdites péripéties sont traitées assez vite et même de manière « condensée », tandis que la dernière partie du film qui se consacre aux jeux de l’Expiation est bien moins intéressante que la 74ème édition des Hunger Games qui avait lieu dans Hunger Games. Malgré ses 2 heures 30, Hunger Games : L’Embrasement souffre de bien peu de longueurs, ce qui est assez remarquable. Mais un fort sentiment de déjà-vu prédomine, même si des petites nouveautés ainsi que de nouveaux personnages -plus ou moins intéressants- apparaissent. La réalisation et les décors sont d’ailleurs bien meilleurs que pour le premier épisode, tempérant un peu les excentricités des costumes. Pour le reste, il est inutile que je fasse des commentaires sur l’acting, vu que c’est stricto-sensu la même chose que le premier opus. On appréciera toujours autant Jennifer Lawrence et Woody Harrelson, moins Josh Hutcherson (même si son personnage prend un peu d’épaisseur) et Philip Seymour Hoffman (trop « sobre »), et notons tout de même que le président Snow (Donald Sutherland) prend un peu plus d’importance, ce qui était la moindre des choses. On découvrira aussi Finnick (Sam Claflin) et Johanna (Jena Malone), un peu trop sur le tard même si la seconde est bien plus intéressante que le premier -qui fait trop « bogoss pour faire briller les yeux de ta petite seur » comme les protagonistes de Les Âmes Vagabondes- mais on les reverra probablement dans le troisième opus…

En parlant de troisième opus, la fin du film et la suite des évènements ne surprendra absolument pas ceux qui ont déjà lu les livres, ce qui doit d’ailleurs leur gâcher la fin de Hunger Games : L’Embrasement. Car moi je me suis bien demandé comment est-ce que ces jeux de l’Expiation allaient terminer, avec qui et comment, ce qui ajoute énormément de suspense et d’intérêt au film. Mais si j’avais dû être au courant de ce qui se passe à la fin et qui annonce le troisième opus, bof. L’intérêt se situe donc dans le développement de la société dystopienne de Panem, qui commence à prendre de l’importance dans cet opus. La cruauté et la domination du Capitole semble être sans limites de même que son goût pour la manipulation, ce qui fait le sel de la première partie du film, lui donnant un apparat dramatique assez prenant. C’est qu’on aurait bien envie nous aussi de nous révolter contre cette société fortement inégalitaire qui ne néglige pas les excès. La saga Hunger Games a donc quand même un côté fort qui peut prendre aux tripes, avec des personnages en lesquels on peut s’identifier, ce qui la fait passer bien au-dessus de la masse des sagas teenager. Certes, le côté calibré est parfois un peu gênant, mais les tribulations amoureuses n’ont que peu de place et ce sont bien les jeux et Panem qui sont au centre des intrigues. Ce qui nous donne donc un côté très sombre à l’ensemble, qui fait que la saga est probablement mésestimée même si elle reste destinée à un certain « public ».


Hunger Games : L’Embrasement est donc un film accrocheur, bien fait et rondement mené. Son seul défaut est d’être inférieur au premier opus, car trop proche dans sa structure et parfois moins intéressant, même si l’équilibre et les enjeux se déplacent. Ce second volet se pose donc comme un bon film de transition, sans plus mais ça se laisse regarder avec plaisir, du moment que l’on arrive à accrocher à l’univers et aux personnages. C’est le troisième volet (découpé en deux parties ?) qui devrait être explosif et bousculer le schéma « avant et pendant les jeux » qu’ont appliqué Hunger Games et Hunger Games : L’Embrasement. L’univers était posé avec le premier volet, ce second ne fait qu’avancer l’intrigue avec la même recette que le premier, la seule déception vient finalement du fait qu’il faille attendre un an entre chaque film. Hunger Games ne sera jamais la saga du siècle, mais parvient toujours à se défendre avec brio, grâce aussi aux belles images dans l’esprit post-apo et de bons acteurs, Jennifer Lawrence en tête. Inutile de dire que même si elle n’est pas grandiose, Hunger Games est de loin la saga « ado » la plus intéressante du marché, même si Hunger Games : L’Embrasement reste un opus assez convenu.
Note : 7/10

mercredi 6 novembre 2013

Europa Report

Tout le monde parle de Gravity (moi y compris), mais en termes de film spatial typé « survival », il n’y a pas que ça cette année. En témoigne ce film sorti un peu de nulle part, Europa Report. Apparemment sorti en juin dernier, reste à savoir où car à part en festival, autant dire que sa distribution est inexistante, car film trop indépendant. C’est donc par des moyens peu orthodoxes que je l’ai visionné, ce qui est fort dommage d’ailleurs. Fort dommage pour la qualité d’image, même si ce n’est pas forcément très important pour ce film qui est présenté comme un found footage spatial. Fort dommage surtout parce que sa grande qualité aurait mérité mieux que d’être visionnée par un cercle d’initiés, à l’affût des news sur les films du genre. Un found footage, ça ne donne pas envie de prime d’abord, sachant que le genre est archi-galvaudé (cf. la déclinaison infinie de Paranormal Activity qui ne fait guère peur qu’à ton petit frère de 13 ans qui veut jouer au dur mais sursaute quand même). Un found footage spatial, ça semble déjà plus original mais Europa Report n’est pas le premier film de ce crossover osé et incogru : Appolo 18 (2011) donnait là-dedans, pour un résultat qui n’a pas enchanté les critiques, mais je me garderai de tout jugement là-dessus sachant que je ne l’ai pas vu. Un peu plus de 10 jours après Gravity, me voilà donc avec entre les yeux une nouvelle aventure spatiale qui s’annonce périlleuse et tendue. Si la mise en lumière d’Europa Report m’avait suffisamment enthousiasmé pour cocher la case « à voir avant la fin de l’année par curiosité en attendant peut-être une bonne surprise », le résultat a nettement dépassé toutes mes espérances, mon aversion pour le found footage y compris. Récit de ce qui sera sans doute la surprise de l’année (comme la fin approche, il y a peu de chances que ça bouge).

Dans un futur apparemment très proche, une puissante société d’exploration spatiale décide de mettre en œuvre un projet fou : envoyer une équipe pour réaliser des prélèvements sur Europe, un des satellites de la planète Jupiter. Ce satellite a la particularité d’être recouvert d’une épaisse couche de glace, et des analyses ont montré que de l’eau se trouvait en profondeur. Qui dit eau dit vie potentielle et l’équipe d’Europa One est chargée d’aller mener quelques prélèvements pour une découverte qui serait de la plus haute importance (de la vie dans notre système solaire autre part que sur Terre ! vous rendez compte !). Débute alors un long voyage aller de plus de 22 mois pour l’équipe, constituée de 6 astronautes et scientifiques : William Xu (Daniel Wu), Rosa Dasque (Anamaria Marinca), Katya Petrovna (Karolina Wydra), Daniel Luxembourg (Christian Camargo), Andrei Blok (Michael Nyqvist) et James Corrigan (Sharlto Copley). Mais bien évidemment, le voyage et l’arrivée sur Europe ne seront pas de tout repos, entre problèmes de communication, accident tragique et péripéties liées à des phénomènes étranges…

Tout ceci nous est donc raconté d’un point de vue documentaire, avec intervention de deux responsables de l’expédition et de Rosa, qui est apparemment une survivante… Le tout grâce à des images des nombreuses caméras d’Europa One et des équipements des scientifiques, ou encore les caméras des scaphandres. Le film démarre même par une sorte d’introduction qui nous livre les premières clés de l’intrigue. Tout de suite, on pensera à District 9, le chef d’œuvre de Neill Blomkamp. Et ce n’est pas faux. Non pas que Sharlto Copley soit de la partie, tout simplement que tout comme le film sud-africain le côté documentaire va bien vite laisser place à une plongée dans les évènements. Une plongée qui, disons-le tout de suite, une fois bien lancée est particulièrement prenante. Soyons honnêtes, Europa Report est avant tout un survival spatial de plus, à la Sunshine et consorts (avec un beau concours du « qui va mourir dans quel ordre et comment ? »). Mais d’une part, l’originalité du sujet (basé sur de véritables recherches scientifiques) et le fait d’aller « plus loin » sans avoir recours à la stase ou à un quelconque artifice trop SF genre vitesse lumière est déjà appréciable. D’autre part, le côté found footage apporte un plus indéniable, évitant à Europa Report de se classer comme l’énième film catastrophe dans l’espace. Et surtout, tout ceci amène un côté hyper réaliste à Europa Report qui fonctionne parfaitement. La longueur du voyage, les conditions d’exploration, les aléas restant plutôt crédibles, le côté scientifique de la chose… Gravity, avec ses réserves d’oxygène qui durent et qui durent et ses voyages prolongés en jet-pack, est nettement battu. L’immersion est également totale et après un début de film où l’on pourra être dubitatif à la fois sur la démarche, le cheminement narratif et certains dialogues philosophiques ; une fois que les intrigues et rebondissements sont lancés on est dedans et on ne lâche plus Europa Report qui est assurément un des films les plus prenants et de l’année. La tension et le suspense sont à leur comble dans ce film qui paraît classique au premier abord, mais qui réussit à parfaitement conduire son scénario et nous tenir facilement en haleine, avec l’aspect found footage et caméras embarquées qui entretient l’ambiance particulière (avec une musique à l’avenant), qui ne vire jamais dans le mystique et reste terre-à-terre ou plutôt europe-à-europe, ce qui est un mal pour un bien car hormis la toute fin qui est une fausse bonne idée, on ne part jamais dans le nawak dont font preuve beaucoup de films de SF « conceptuels ».

Cette fin déçoit un petit peu mais c’est un des très rares défauts à mettre au discrédit de Europa Report. L’autre accroc majeur est le manque de moyens de l’Equatorien Sebastián Cordero, qui ne se distinguera pas par la qualité de ses images. On aurait aimé en voir plus d’Europe, et en plus beau évidemment, mais ça ne sera pas possible. Du coup, le tout est compensé par le tournage found footage qui maintient Europa Report dans une simplicité bienvenue, entretenant à la perfection l’aspect réaliste du film, on ne trouverait pas de plans larges d’Europe inutiles dans des archives d’une pareille mission. La simplicité se retrouve également dans le jeu des acteurs, d’ailleurs d’après les critiques et remarques que j’ai déjà pu lire c’est un point qui déplaît assez largement. Pourtant, et encore une fois, c’est un point que je mettrai au crédit du réalisme assumé d’Europa Report. S’ils manquent un peu d’émotion et de panique, les acteurs n’en font pas des tonnes et incarnent parfaitement des scientifiques qu’on imaginerait pas faire les dingues dans pareille mission. Sharlto Copley n’est pas très en vue et c’est plutôt dommage connaissant le potentiel de l’acteur (entre Elysium où il était un peu décevant et ici, son année 2013 aurait pu être meilleure). Michael Nyqvist, en scientifique vieillissant, et en revanche très bon, tout comme les inconnus Anamaria Marinca, Daniel Wu et Christian Camargo (qui était dans Démineurs mais ça ne me dit plus rien…) qui livrent une performance tout en sobriété. Seule Karolina Wydra déçoit pas mal : déjà, son personnage de scientifique prête à tout pour faire des découvertes est assez cliché ; deuxièmement, l’actrice ne brille pas par son jeu et son dernier rôle marquant, c’était celui de la fausse femme est-européenne du Dr House dans les dernières saisons de la série : du coup, on a trop l’impression de voir la femme de House dans l’espace est c’est assez troublant… Mais le minimum acceptable est assuré, et ce n’est pas cette petite approximation de personnage qui va ruiner un film aussi prenant que Europa Report.
L’attente était légère, mais le résultat bluffe et ce à plus d’un titre. Gravity n’était pas original mais s’en sortait grâce à sa réalisation exceptionnelle et sa tension extrêmement palpable. Europa Report ne se distinguera pas visuellement, mais la tension est tout à fait similaire même si le registre est un poil différent. Moins calqué sur une performance cinématographique, poussant à fond la simplicité et le réalisme inhérent au found footage, Europa Report est, à part 2-3 petits bidules à déplorer, une réussite totale du film spatial, sombre et inquiétant sans donner dans le mystérieux et restant très à cheval sur l’aspect scientifique. Donc j’ose le dire, Europa Report est meilleur que Gravity, d’un poil de nez coupé en deux certes, mais autant l’œuvre d’Alfonso Cuarón était attendue et à rempli sa mission, autant ce film de Sebastián Cordero arrive de l’inconnu et est une immense surprise. Inutile de dire qu’avec un peu plus de moyens et peut-être un casting plus huppé (même si ce n’est à mon sens pas indispensable), Europa Report aurait pu se ranger dans la catégorie chef-d’œuvre et être le film de l’année (pour l’instant, ça reste Man Of Steel en ce qui me concerne). Quoi qu’il en soit, ce film crossover montre que le genre found footage peut accoucher de belles choses quand il est doté d’un scénario classique mais travaillé et intelligent avec un vrai sujet de fond ; pour le reste si le style catastrophe/survival spatial vous parle, le visionnage d’Europa Report est tout simplement indispensable : c’est une épopée cosmique réaliste particulièrement prenante et génialissime.
Note : 9/10

vendredi 25 octobre 2013

Gravity

Gravity, moi à la base ça m’évoque plutôt l’excellent groupe de Metal à chanteuse de Montpellier. Ce qui aurait pu être choisi comme nom pour Upside Down dénomme finalement le nouveau méfait d’Alfonso Cuarón, sept ans après le très apprécié Les fils de l’Homme. Plébiscité par toutes les critiques spécialisées, Gravity est du genre très très attendu. Trop ? Je suis un grand amateur de science-fiction et de tout ce qui est spatial, mais si je cite plutôt le fameux groupe de Metal de Montpellier de prime d’abord, c’est que Gravity, j’en ai un peu rien à foutre. Oui, je trouve que tout le monde s’est enflammé bien trop tôt sur son sujet et seul le nom d’Alfonso Cuarón semblait justifier l’effervescence en amont de cette sortie. Pour le reste, on se situerait plus vers un film spatial plus réfléchi et contemplatif, à la Sunshine ou Solaris (où George Clooney apparaît également), sous-genre que je n’apprécie pas particulièrement même si j’ai trouvé le premier pas mal et que je n’ai jamais vu le second, car il ne m’a jamais tenté. Quant à Cuarón, je ne connais que Les fils de l’Homme, que j’ai surtout apprécié pour la maîtrise technique (ces plans-séquence hallucinants !) que pour l’histoire. Alors bon, on peut déjà attendre que Gravity soit techniquement très balaise mais pour le reste, j’ai quand même un peu peur. Peur que le film vire dans le contemplatif pur et simple, l’amoncellement de dialogues sur la vacuité de l’existence, ou un fameux huis clos élargi avec deux personnages qui dérivent dans l’espace et qui font… on sait pas quoi, probablement quelque chose de métaphysique, psychologique, bref quelque chose de prétentieux et chiant. Pire encore, ça pourrait se terminer en délire visuel abstrait à la 2001 Odyssée de l’Espace, et c’est le genre de trucs qui m’horripile au plus haut point. Mais après tout, même Sunshine échappait à ça même si l’on en était pas loin. Donc bon, Gravity doit quand même valoir le coup d’être vu pour l’aspect visuel, mais j’y vais franchement à reculons car passé le fameux « premier quart d’heure », j’ai peur de ce qu’il peut se passer.

Or voilà, c’est la grosse surprise. D’ailleurs je précise que mon habituel paragraphe « synopsis » va un TOUT PETIT PEU plus loin que ce que nous a réservé les nombreux résumés dans des magazines ou même les premières critiques qui ne sont pas allées au bout du sujet avec le recul, aussi je ne vais pas spoiler mais juste détailler un peu plus au-delà du premier quart-d’heure, si vous ne voulez pas savoir ce qu’il se passe tout de suite après ne lisez pas la fin de ce paragraphe, mais j’ai besoin d’une base pour argumenter le reste de ma critique. Donc : Le Docteur Ryan Stone (Sandra Bullock) effectue sa première sortie dans l’espace pour réparer un des éléments du télescope Hubble, surveillée par l’astronaute Matt Kowalsky (George Clooney) qui lui effectue sa dernière sortie avant de prendre sa retraite. Mais plus loin dans l’orbite de la Terre, une catastrophe se produit : les russes ont malencontreusement fait exploser un de leurs satellites et des débris foncent vers Hubble à toute vitesse. L’équipe doit déguerpir mais ne parvient pas à remballer à temps. Stone est alors propulsée vers le vide astral, coupée de toutes les communications avec la Terre. Equipé d’un Jet-pack, Kowalsky parvient à la retrouver. Ensemble, ils espèrent rejoindre la navette spatiale attenante mais celle-ci a été détruite et les deux astronautes sont les seuls survivants de l'accident. Kowalsky propose alors de puiser dans les réserves de son Jet-pack pour rejoindre l’ISS et espérer repartir à bord d’une fusée Soyouz. Mais ce n’est que le début des galères…

Et je crois que je ne vais plus lire les résumés ni même les critiques, qui faussent parfois tout l’esprit d’un film et le font passer pour autre chose qu’il n’est. Après Iron Man 3 et Man Of Steel et leurs héros soi-disants déchirés et en quête de rédemption, voici Gravity et son duo de héros qui sont censés dériver dans l’espace pendant une heure et quart. Or Gravity n’est certainement pas un film vide et faussement psychologique, ni même réellement dramatique. Et oui, la voilà la surprise : ça bouge, il se passe des trucs, il y a de l’action ! A un niveau moindre que dans les blockbusters, mais c’est tout de même un minimum palpitant avec des rebondissements et des moments forts. Finalement, c’est ceux qui s’attendaient à un truc contemplatif et « arty » qui risqueront d’être déçus. En vérité, Gravity a trouvé l’équilibre parfait, mettant suffisamment d’action pour ne pas endormir son monde tout en l’aérant assez pour ne pas partir dans le blockbuster générique. L’effet « huis clos » en est même faussé, vu qu’on passe de stations abandonnées en capsules de survie, c’est bien trop pour parler d’une unité de lieu. Tout, tout ce que j’avais pu lire à propos de Gravity était assez faux : je me demandais que diable pouvait-il se passer après le fameux accident qui lance les hostilités, j’ai ma réponse : c’est un survival-movie de science-fiction qui scotche au Fauteuil Noir de par son côté prenant et stressant, jouant sur une immersion quasi-totale (il y a même moult scènes en POV) sans partir dans la claustrophobie, multipliant les scènes de grande classe, filmées de main de maître, le tout avec un vrai scénario et pas un truc abstrait ou qui repose uniquement sur des dialogues abscons. Ça n’en fera donc pas un candidat à la palme d’or ou à un quelconque festival de film contemporain mais ça peut mettre tout le monde d’accord (et c’est même déjà le cas on dirait).

Bien sûr, le tout est servi par le talent d’Alfonso Cuarón qui a fait du travail de haute volée, bien accompagné par la musique saisissante. Avec le peu d’oxygène de l’espace, inutile de dire que Gravity coupe le souffle pendant une heure et demie. Si les plans-séquences plus ou moins longs ne surprennent pas vraiment (le gimmick de Cuarón est trop attendu peut-être ?), les paysages spatiaux sont splendides et les vaisseaux et stations spatiales (qui partent en miettes) donnent lieu à des plans et des scènes magistrales. Et quand le tout s’inscrit dans une histoire qui maintient une tension assez rare, autant dire que la réussite est totale. Au niveau visuel, Gravity est probablement un chef-d’œuvre, mot que j’emploie avec des pincettes d’où le « probablement ». Mais la grande qualité est là, accompagnée bien sûr de la mise en scène autour des séquences du film (POV, utilisation habile de l’apesanteur et de l’inertie, focalisation sur les acteurs…) qui prennent aux tripes et renforcent l’immersion. Sans virer dans l’expérience cinématographique à proprement parler, Gravity est un film qui sait comment captiver le spectateur, devenant même à déconseiller à ceux qui se sentent mal quand ça tourne ou quand on ressent une sensation d’apesanteur qui fait flotter le bide. Et c’est là que la 3D fait mouche d'ailleurs. On louera également l’aspect voulu très réaliste de l’ensemble, notamment avec un travail effarant sur le son (et oui, quand il y a de la casse dans l’espace, ça ne fait pas de bruit car aucun son ne peut se propager dans le vide), exploité à fond dans le film (lorsque le point de vue est à l’intérieur du casque des personnages, on les entend parler normalement, par contre à l’extérieur il y a un son typé radio : c’est le genre de détail qui a été parfaitement négocié). Mais dommage que cet aspect montre ses limites lorsqu’il est passé à la moulinette cinéma, genre « j’ai plus d’oxygène mais je tiens encore 15 minutes », « j’ai que 5 minutes pour aller d’un point A à un point B mais je le fais en bien plus de temps »… Une certaine scène part même dans l’impossible le plus absolu, et on comprend de façon un peu trop prévisible comment le phénomène a pu avoir eu lieu. Ce sont les seuls vrais accrocs de ce film qui atteint la perfection au niveau visuel et sonore.

Au niveau du scénario, s’il ne part donc pas dans l’onirique, le métaphysique ou l’abstrait, il n’est pas pour autant très étoffé et reste à l’essentiel, étant même finalement convenu par rapport à ce qu’on pouvait attendre d’un film avec pour pitch « des astronautes à la dérive dans l’espace ». La trame est donc classique, mais ce n’est pas très important car l’intérêt est ailleurs. Gravity a son rythme, se posant un peu parfois mais il y a bien peu de longueurs à déplorer. Contrairement aux héros qui flottent dans l’espace, on a beaucoup de points d’accroche, que ça soit les décors, la musique, ou encore les dialogues et les acteurs. Bon il n’y en a que deux, et c’est le casting le plus faible de l’année en termes d’effectif, mais pas en termes de qualité. Je voudrais tout d’abord m’attarder sur George Clooney, qui campe un héros tout à fait inattendu : c’est limite un Dr House de l’espace, un brin cynique et qui prend les choses avec humour et vantardise (le fameux record d’Anatoli) même dans les pires situations. Il amène même quelques touches d’humour dans un film où c’est la dernière chose qu’on s’attend à entendre. Sandra Bullock, qui a arrêté momentanément de faire Miss FBI et des comédies romantiques pour un sacré contre-emploi, excelle dans un rôle qui nous rapproche énormément des personnages de Ripley (Sigourney Weaver) et Shaw (Noomi Rapace) de Alien et Prometheus respectivement, dans un rôle de femme craintive qui doit faire face à l’adversité avec ses propres moyens. Soyons honnêtes, n’importe quelle actrice digne de ce nom aurait pu faire la même chose, nous ne sommes pas dans un pur rôle de composition, mais si le personnage est classique il est campé avec brio. Et on se doute bien qu’avec un personnage comme Alfonso Cuarón derrière la caméra, la direction d’acteurs est au top et n’importe quel quidam s’en retrouve transformé. Au final, Gravity est avant tout la réussite d’un Cuarón plutôt qu’un film qui va révolutionner la science-fiction ou même rentrer dans son histoire.

Car oui, il ne faut pas surestimer Gravity qui n’invente rien, proposant juste une appropriation personnelle du genre qui se traduit notamment dans la mise en scène, plutôt que dans le scénario qui ne propose à aucun moment des idées de génie. Mais plutôt que de s’embourber dans un délire arty qui aurait été indigeste et n’aurait guère plu qu’à l’Elite qui elle seule en aurait compris le sens, Alfonso Cuarón (qu’on ne pourra accuser d’être pourri par Hollywood vu qu’il a tout écrit et produit avec... son fils) a livré un film parfaitement dosé et qui éblouit de par sa réalisation. Au final, Gravity est un film puissant (pas dans le sens ou ça poutre) et monumental, mettant à la perfection en images une histoire de survival en milieu spatial qui s’avérait banale et minimaliste à la base. Solitude, contemplation, Post-Metal à trémolos et breaks ambiants, vacuité de l’espace ? Que nenni, l’homme a pollué l’orbite de la Terre avec ses stations et satellites et sans ça, pas de Gravity, enfin pas de la manière dont il se présente au final. Un film « mid-tempo » palpitant et particulièrement prenant qui joue la carte d’une immersion dans l’espace, ses dangers et les moyens mis à disposition pour un retour sur la surface de la planète. Une réussite qui aurait pu être totale sans un classicisme et un certain minimalisme assumé et quelques petits défauts de rigueur, mais sans tomber dans l’extrême « une expérience à vivre » c’est un film très fort qui doit être vu si l’on est pas allergique à tout ce qui touche au cosmos. Une claque « sensorielle » et même un tantinet émotionnelle qui doit même filer des frissons à Felix Baumgartner.
Note : 8.5/10