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vendredi 14 octobre 2016

[News] Brice de Nice 3 a leaké!

Manifestement, un petit malin de chez Gaumont (ou un salarié éconduit) a décidé de balancer Brice 3, dont la sortie est toujours prévue pour le 19 octobre, sur le net. Le film circule donc librement sur YouTube. Je ne devrais raisonnablement pas relayer ça, mais tant que c'est en ligne, soyons fous profitez-en, retrouvez l'intégralité du film ci-dessous :


Ou pas.

#Cassé

mardi 27 août 2013

Upside Down

Et l’OFNI de l’année est une production franco-canadienne, réalisée et scénarisée par un… argentin. Enfin OFNI de l’année 2012 vu que c’est l’an dernier qu’il est initialement sorti, mais vu le bestiau il peut bien obtenir le titre sur deux années consécutives. Après le niaiseux Les Âmes Vagabondes, voilà à nouveau un film qui mêle science-fiction et romance. Ce n’est pas très original mais le reste du concept de Upside Down est somme toute inédit. Un monde sans dessus-dessous est au programme et la réalisation sera à l’avenant. Je pense que tout le monde aura eu l’occasion de voir quelques images et le concept, basé sur des gravités inversées et des gens qui vivent au sol, d’autres au plafond, est intriguant. Ce qui est à la base une banale fiction légèrement dystopienne racontant une histoire d’amour sommaire va bien vite se transformer en un film d’une originalité sans bornes qui a su, à l’instar de films comme Time Out, se créer son propre univers régi par ses propres codes. On s’accroche et on prépare son cou et ses yeux car il va falloir sans cesse regarder en haut. Ou en bas. Ou les deux à la fois.

Dans un système solaire éloigné du nôtre, deux planètes sont liées entre elles mais chacune d’entre elles est régie par ses propres lois de gravité. Il y a donc un monde « En-Haut » et un monde « En-Bas », séparés par seulement quelques mètres sur les points culminants. Tout ce qui vient d’une planète (matières et personnes) est uniquement affecté par la gravité de sa planète d’origine, et ne peut donc pas perdurer sur l’autre planète sous peine de causer des difficultés d'attraction gravitationnelle voire pire, de brûler. Les deux mondes sont donc séparés, et les riches vivent En-Haut tandis que la population d’En-Bas est pauvre et bien peu considérée par ceux d’En-Haut. Adam (Jim Sturgess), habitant d’En-Bas, sympathise avec Eden (Kirsten Dunst) qui vit En-Haut, à l’occasion de ballades en montagne. Les deux tourtereaux entament une liaison qui est bien sûr interdite. Repérés pendant un flirt, les deux amoureux vont être séparés et Eden va subir une violente chute, Adam la croyant alors morte. 10 ans plus tard, ce dernier va pourtant apprendre qu’elle est vivante via une émission de télévision. Pour se rapprocher d’elle et la reconquérir, Adam va se faire embaucher au sein d’une puissante entreprise qui a la particularité de faire travailler à la fois des gens d’En-Haut et d’En-Bas au sein d’un bâtiment qui relie les deux planètes. A l’aide d’un collègue de travail d’En-Haut, Bob (Timothy Spall), Adam va alors infiltrer le monde d’En-Haut…

 
Upside Down est un film scientifique dans le sens où il invente ses propres lois de physique gravitationnelle pour expliquer les différences entre les deux mondes. Le tout est expliqué dans l’introduction du film et d’autres détails sont distillés tout au long du film. Et bien que je sois loin d’être un spécialiste en physique gravitationnelle, certains trucs sont quand même illogiques et incohérents et plusieurs fois on s’exclamera « mais comment c’est possible ! ». De nombreuses questions se posent (je ne vais pas rentrer dans les détails mais un exemple : si le gag de l’urine qui va au plafond lorsque qu’un gars d’En-Bas pisse quelque part En-Haut est pris de but en blanc, il se pose la question du reste des liquides corporels : le sang devrait remonter à mort au cerveau et les jambes ne seraient plus trop irriguées…), et n’importe quel physicien s’arrachera les cheveux à plusieurs reprises. Enfin bref, ce n’est qu’un film après tout… et de par l’existence d’un film cumulant les aberrations scientifiques comme Fusion - The Core, on est prêts à tout pardonner. D’autant que Upside Down est un film plutôt fantastique voire même onirique. Et c’est là que ça fonctionne, car Juan Solanas a vraiment réussi à créer son univers avec ses lois bien particulières, et le concept est exploité à fond, au centre de la plupart des pérégrinations du héros du film, Adam. C’est totalement WTF, mais on se laisse vite emporter au sein de ce monde incroyable et sidérant.

Surtout que l’argentin, inconnu au bataillon, sait y faire au niveau des images qui sont souvent monumentales et superbes, quoiqu’un peu artificielles. Les prouesses techniques ne sont pas loin, notamment lorsque les gens d’En-Haut et d’En-Bas cohabitent au plus près. D’autres devraient en prendre de la graine et Upside Down prend finalement une tournure assez fantastique, plus que de Science-Fiction vu que la « Science » est tout de même bafouée dans ses grandes largeurs. C’est beau et léché et servi par un ensemble d’idées malines et bien exploitées au service du concept de gravitations inverses. On suit avec plaisir les différentes facéties d’Adam, servi par un excellent Jim Sturgess parfaitement taillé pour le rôle. L’acteur vu dans Cloud Atlas plus tôt cette année porte le film à lui tout seul, et étrangement Kirsten Dunst n’a pas grand-chose à faire. Timothy Spall, dans le rôle du débonnaire collègue de travail d’Adam, est une des bonnes surprises du film. Film qui ne brille pas forcément par son scénario, surtout prétexte aux nombreuses scènes qui font intervenir les concepts gravitationnels, et qui souffre de quelques trous ou raccourcis surtout sur la fin. Ceci se fait donc au détriment de la romance, qui en reste à l’essentiel et ne part pas dans le dégoulinant, mais aussi au détriment de l’aspect « social » du film avec les gens d’En-Bas qui sont mis au ban de la société. Mais bon, on est pas chez Neill Blomkamp non plus et Upside Down reste un film léger et coloré de science-fiction fantastique et onirique, quasi-hallucinatoire, qui au final tient ses promesses.


De légères faiblesses font qu’Upside Down ne peut pas viser plus haut que le titre du film le plus original de l’année. Mais pour cet aspect, le film franco-canado-argentin est une réussite totale. Passés les exagérations scientifiques de rigueur qui rendent dubitatifs sur le concept, Juan Solanas a su exploiter l’univers onirique qu’il a créé à la perfection, avec des idées et des scènes finalement excellentes, portées par un Jim Sturgess au meilleur de sa forme. Et la beauté de l’ensemble ne peut laisser indifférent, de même que la pure création qui semble tout droit sorti de l’esprit d’Ariane dans Inception. Un film au concept inédit et prenant, qui réserve un lot de bonnes surprises et qui possède plusieurs degrés de visionnage, selon qu’on s’intéresse à l’histoire, aux images ou aux concepts de gravitation qui sont exploités à fond (même si des détails posent des questions légitimes). Un super film assez inclassable et transgenre, qui dépasse le stade de simple curiosité et mérite d’être vu par tout le monde, ne serait-ce que pour apprécier le talent de Juan Solanas pour créer quelque chose de résolument original.
Note : 8/10

mardi 28 mai 2013

Les Profs


Si j’ai créé ce blog dans le but de faire de la critique cinéma purgée de toute forme de purisme ou d’exigences disproportionnées faisant parfois fi des particularités des genres (même les moins appréciables), il y a un truc avec lequel je ne rigole pas ce sont les adaptations de bédé. L’exercice est casse-gueule surtout avec la création francophone. Astérix & Obélix en ont fait les frais : après un Astérix & Obélix Mission Cléopâtre ô combien jouissif, Astérix & Obélix aux Jeux Olympiques et Astérix & Obélix Au Service de Sa Majesté ont été des purges mémorables, surtout le second (mais quel massacre !). J’ai renoncé à aller voir Boule & Bill plus tôt cette année : trop enfantin et le casting ne me plaisait pas du tout. Par contre, voilà quelque chose de plus intéressant : Les Profs. Je suis la BD depuis le premier tome et je me demandais justement quand cette bédé à potentiel allait être portée sur l’écran, pour enfin voir les personnages prendre vie. Cette BD est tout à fait excellente avec un travail de fond qui correspond exactement au train-train quotidien des profs avec un humour finalement très référencé et spécialisé (je connais un paquet de profs qui peuvent en témoigner). Bref, il y avait de quoi faire avec des personnages forts, et Pierre-François Martin-Laval a toutes les cartes en main pour nous faire quelque chose qui fonctionne un minimum.

Hélas, d’emblée l’emballage de l’ensemble est déconcertant. De par son scénario bien spécifique, qui ne correspond pas à la réalité dans laquelle s’ancre la BD et part d’ores et déjà dans une direction incongrue et délirante. Alors que les taux de réussite du Bac sont excellents (c’est Claire Chazal en personne qui le dit au début du film), le pourcentage du lycée Jules Ferry est lui catastrophique, faisant de lui le pire lycée de France. L’inspecteur d’académie (Dominique Pinon) sur les conseils de son adjoint (François Morel) décide alors de soumettre le lycée à un traitement fantaisiste : s’il y a là-bas les pires élèves, envoyons-leur les pires profs et « moins par moins, ça fait plus ». Le lycée doit donc obtenir 50% de réussite à la fin de l’année scolaire, sinon il sera fermé. Au grand dam du proviseur (Philippe Duclos), débarque alors une fine équipe : Antoine Polochon (Pierre-François Martin-Laval), prof d’histoire die-hard fan de Napoléon qui n’a jamais pu avoir son CAPES ; Gladys (Isabelle Nanty), prof d’anglais tyrannique adepte du lancer de craies ; Maurice (Raymond Bouchard), prof de philo à la doctrine incompréhensible ; Amina (Stéfi Celma), prof de français aux formes affriolantes qui perturbent les élèves (masculins) ; Eric (Arnaud Ducret), prof d’EPS écervelé aux méthodes peu conventionnelles ; Albert (Fred Tousch), prof de chimie pour le moins « explosif » ; et enfin Serge (Christian Clavier), prof de… on sait pas trop quoi (mais on peut suggérer sa matière au fil du film, je ne le dévoile pas car pour les fans de la BD c’est un serpent de mer !) glandeur à l’extrême. Ce septette va donc avoir pour mission de faire réussir la classe de terminale du petit lycée, qui a pour star l’énième redoublant Boulard (Kev Adams)… et leurs méthodes vont devoir s’adapter au fil de l’année scolaire alors que le proviseur et l’inspecteur adjoint ont d’autres intentions…


D’emblée, cela ne correspond pas franchement à l’esprit de la BD qui suit une équipe pédagogique somme toute « normale » (mais un brin farfelue comme de bien entendu) avec bon nombre de strips « en coulisses » plus qu’en classe, mais pour un film d’1h30 il fallait bien trouver une histoire. Autant dire que le scénario et ses « rebondissements » tient sur un demi ticket de ciné et n’est prétexte qu’à une accumulation de gags, même si nous ne sommes pas dans une suite de strips mais bien un film à part entière. Première chose qui tranche par rapport aux personnages de la BD : ils ne sont pas tous franchement ressemblants. Pourquoi avoir pris le temps de grimer Isabelle Nanty en Gladys (et très bien d’ailleurs) si c’est pour occulter tout le reste ? Hormis Maurice et Amina qui ressemblent physiquement au personnage de BD qu’ils campent à la base (ainsi que Boulard avec sa chemise et sa casquette), les autres profs ne ressemblent ni de près ni de loin à ceux de la BD. Eric le prof d’EPS est blond dans la BD, Arnaud Ducret est brun. Pareil pour Polochon (bon, il faut dire qu’il aurait été difficile de faire en vrai sa coupe de cheveux improbable), et Boulard aussi d’ailleurs. Le prof de chimie n’a pas les cheveux longs. Serge n’a pas du tout ce style « baba-cool » que possède Christian Clavier. D’ailleurs dans la BD le personnage s’appelle textuellement « Tirocul », pas « Cutiro » (ils ont trouvé ça trop vulgaire ?). Même les personnages secondaires, apparaissant également dans la BD, ne correspondent pas à leurs versions papier. Pas de CPE à grandes oreilles, pas de prof d’espagnol maniaco-dépressive, pas de prof d’allemand rousse (bien qu’également courtisée par Polochon tout comme dans la BD), pas de concierge méchant, seul Paul le syndicaliste correspond à peu près au personnage de BD (hormis son physique, encore). Et le proviseur du film est bien plus vieux que celui de la BD… tandis que l’« inspecteur adjoint » n’y est tout simplement pas. Ajoutons à cela quelques personnages absents (le prof de français vieux jeu, le prof de géographie baroudeur, le surveillant glandeur, Nitchinsky, etc) et le fait que certains personnages n’ont pas du tout la même importance que ceux de la BD (le prof de chimie est très secondaire (même Serge l’est assez !) alors qu’on voit souvent la prof d’espagnol dans la BD), fait que Les Profs est finalement bien loin de l’univers de la BD dont il s’inspire (plus qu’il ne l’adapte en fin de compte).

Et tout ça pour quoi ? Une relecture de la galerie de personnages qui vire très vite à la caricature. C’est bien simple, tous les personnages sont totalement débiles (le summum étant Eric le prof d’EPS) alors que ce n’est absolument pas le cas dans la BD. Le ton est donc totalement différent. Maurice n’aligne pas des locutions incompréhensibles dans la BD, Eric est moins beauf et bien plus malin, Gladys ne lance pas de craies (elle hurle sur les élèves plutôt). Seul Polochon le stressé est ici le plus proche du personnage de la BD, en un peu plus con bien évidemment. Serge est propulsé au rang de star et ça fonctionne plutôt bien (sachant qu’encore une fois, le personnage est assez à part dans la BD). Amina n’a rien de spécial ni dans le film, ni dans la BD (donc ça reste cohérent finalement), et comme Albert le prof de chimie est tertiaire dans la BD ça en fait un personnage de film un peu « nouveau » (et il s’en sort bien avec un gag d’explosion hilarant, le meilleur du film). Les personnages sont donc clichesques et cabotins à l’extrême, le pire étant même François Morel qui campe un personnage absolument pas crédible. La crédibilité n’est de toute façon pas le maître mot du film, qui part dans le n’importe quoi avec des gags WTFesques (mention spéciale à la guerre des craies), faisant plus de Les Profs un dessin animé porté par de vrais acteurs qu’autre chose. Les gags virent assez vite au grotesque, et au final le film ne laisse apprécier qu’en switchant son cerveau sur « off », alors que la BD laissait plus de place à l’analyse. Le côté totalement débridé du film laisse finalement peu de place à un étalage de bons sentiments ou de morale à deux balles (même si le happy end prévisible en tient une petite couche), en revanche pour ce qui est des poncifs de films « collèges et lycées » ça y va à fond et tout y passe, surtout les scènes où les élèves sont mis en avant, contrairement à la BD où seuls les profs sont véritablement à l’honneur (d’où le nom de la BD, haha).

Donc au bilan, Serge (Christian Clavier), Maurice (Raymond Bouchard), Albert (Fred Tousch) et le proviseur étonnamment présent (Philippe Duclos) s’en tirent avec les honneurs, de même que Boulard (Kev Adams) qui est tout à fait supportable à vrai dire. Le reste, hormis deux belles plantes pour les plus jeunes (Joana Person alias Nectarine) et moins jeunes (Alice David, la prof d'allemand), ça ne vole pas très haut, et le film fait plus rire involontairement de par son côté exagéré plus que par les dialogues, même si un bon nombre de gags ou situations fonctionnent à merveille au sein d’un film tout de même assez rythmé et pétillant. Au final, je n’arrive même pas à me faire un avis définitif sur ce film. Dire que je suis déçu, oui et non car de toute façon il était difficile de prévoir une adaptation « brute » du format (et tiens, pas d’interludes « Shopping Prof » ? c’eût été une bonne idée), mais il y avait peut-être moyen de faire mieux et rien qu’au niveau des personnages, trop éloignés de leurs avatars BD, déjà. Un massacre de la BD ? Non car le scénario s’est finalement autorisé une réinterprétation de l’« histoire » qui demeure cohérente même si l’on peut déplorer le résultat, un peu « too extreme » et passablement caricatural. En tout cas, je trouve que ça trahit moins la BD que Astérix & Obélix : Au Service de Sa Majesté qui avait tout foutu en l’air, lourdeurs et ratés à l’appui. Disons que c’est très différent, sans être scandaleux, mais les véritables profs qui attendaient les nombreux clins d’œil de la BD en seront pour leurs frais (même si le film n’est pas « du côté des élèves » comme j’ai pu l’entendre). Au final l’intérêt principal est de voir les personnages prendre vie, tant pis pour l’esprit de la BD qui s’est perdu avec les caméras. Pierre-François Martin-Laval s’est offert une « adaptation » très personnelle qui nous donne une comédie explosive et volontairement rétrograde, et c’est à prendre ou à laisser. Au final ce film est plus à conseiller à ceux qui ne connaissent pas la BD, car le ton et les situations proposées tranchent sévèrement, mais hélas dans le genre « collèges et lycées » on est tout de même bien loin des références comme P.R.O.F.S. ou Les Sous-Doués, qui commencent à dater d’ailleurs. Un film marrant dans l’ensemble, qui part dans tous les sens avec un esprit presque absurde et WTF, mais sans plus et qui sonne surtout comme un gros délire inspiré d’une BD qu’une véritable volonté d’adaptation. Du coup on ne peut pas vraiment jeter la pierre à PEF pour ne pas avoir respecté point par point ce que propose la BD, mais bon… Les Profs ne restera pas dans les annales. J’espère juste qu’ils ne vont pas nous concocter une suite style « Les Profs en vacances », vacances qui est un sujet souvent abordé dans la BD, en général par le biais d’une suite de strips. Et comme le film a eu un succès inespéré au box-office…
Note : 6/10

vendredi 24 mai 2013

Fast & Furious 6


« Quand y’en a plus, y’en a encore », « N’en jetez plus, la coupe est pleine », on pourrait faire un dropping de ce genre d’expressions. Alors qu’à une époque cinématographique, les séries de films se limitaient à une bête trilogie (sauf certaines sagas d’horreur ou autres séries B), la tendance actuelle c’est de presser le citron jusqu’à ce qu’il n’en reste plus que la pulpe et que la peau jaunisse les doigts. Tant que ça marche, on continue… et voilà donc le sixième opus de la saga Fast & Furious. Je ne vais pas en faire des tartines, tout le monde connaît cette saga, ses bagnoles, Vin Diesel, Paul Walker, la fine équipe variable qu’il y a derrière. Et inutile de dire que vu le genre, on aime ou pas. Remontons un peu dans l’histoire de la saga et, pour mon cas personnel :
- Fast & Furious posait les bases tout en sobriété, il est presque culte désormais.
- 2 Fast 2 Furious était sorti en plein boom du tuning et excelle dans ce domaine, et bien qu’il soit « léger » j’ai envie de dire que ça demeure mon préféré.
- Fast & Furious : Tokyo Drift est une sombre merde. Il n’y a rien à sauver là-dedans. L’action réduite à portion congrue, les personnages nuls, l’histoire inintéressante, ce 3ème opus est un splendide navet.
- Fast & Furious 4 joue avec brio la carte du retour aux sources avec une histoire plus sombre.
- Fast 5 sentait déjà la franchise qui n’avait plus d’idées. Heureusement le film était sauvé par la scène dantesque avec le coffe-fort aux fesses.
Voilà donc le sixième épisode de la « série ». On se demande même si à l’instar du Transporteur, la saga ne ferait pas mieux de se porter sur le petit écran, même s’il serait difficile de conserver tous les personnages. D’ailleurs, après un portage télé, Le Transporteur est en passe de revenir sur grand écran… diantre. Avec une accroche nulle (« Toutes les routes mènent à » : à quoi ?), voilà donc les nouvelles aventures de gens avec des bolides.

Au menu de cet épisode ? Départ classique : Dominic (Vin Diesel) et Brian (Paul Walker) se la coulent douce aux Îles Canaries, et Mia (Jordana Brewster) vient d’accoucher de son premier enfant. Débarque alors leur ancien ennemi Hobbs (Dwayne « The Rock » Johnson) qui est désespéré d’en faire appel à Dom. Un ennemi insaisissable, Shaw (Luke Evans), a mis le bazar à Moscou et se serait planqué à Londres dans le but d’assembler une bombe. Pour appâter Dom, Hobbs lui présente un cliché pris « il y a 8 jours » de… Letty (Michelle Rodriguez), laissée pour morte dans Fast & Furious 4. Dom et Brian s’engagent donc avec Hobbs, accompagné de toute la fine équipe : Roman (Tyrese Gibson), Tej (Ludacris), Han (Sung Kang), Gisele (Gal Cadot), et Riley (Gina Carano) la nouvelle partenaire de Hobbs. L’équipe va donc se mettre en chasse de Shaw, et tenter de récupérer Letty afin de comprendre ce qu’il est advenu d’elle… et c’est parti pour des scènes d’action avec des bagnoles.


D’ailleurs après 3 premiers opus orientés sur les courses de voitures à proprement parler, la saga Fast & Furious est surtout devenue un ensemble de films d’action où les bagnoles ne sont finalement qu’un prétexte pour continuer à appeler le tout « Fast & Furious », même si les courses clandestines sont toujours à l’honneur à un moment où à un autre… à croire que c’est une obligation. Tout comme les multiples références aux épisodes précédents et les relations entre personnages (cette fois-ci c’est certain, Dom et Brian ne se méfient plus l’un de l’autre). Donc grosso-merdo, Fast & Furious 6 c’est la suite du 4 et du 5. Le menu est toujours le même et les scénaristes se sont un peu creusés la tête pour remettre une ex-star de la saga, Michelle Rodriguez, dans la danse (après le dernier Resident Evil, elle est abonnée aux retours inespérés, la verra-t-on dans Avatar 2 ?). Pour un résultat et une explication bien discutables d’ailleurs. Enfin, trouver des bonnes idées scénaristiques dans un Fast & Furious et en plus un 6… les ficelles sont ici aussi grosses que des poteaux de but, et le pire c’est que ça ne choque pas le moins du monde, obligeant définitivement le spectateur à débrancher son cerveau. Outre les facéties habituelles des personnages (les vannes de Roman, le sérieux de Tej, le couple Han/Gisele, les combines de Brian, les principes de Dom…), il ne reste que l’action à juger parce que le reste, de toute manière, il est ce qu’il est en fin de compte. Comme une série TV, les bases sont posées et il ne reste qu’à savoir ce que cet épisode a de plus que les précédents.

Bonne nouvelle : Fast & Furious 6 est un Fast & Furious dans la bonne moyenne. Mieux équilibré que Fast 5 déjà. Disons que des grosses scènes d’action, il y en a quatre en tout (la première poursuite, le bazar dans la gare, l’autoroute, le final). Il y a des bagnoles (donc), des gadgets, un peu de bagarre, du gros arsenal, et sur cette base ça poutre. Dommage que le film connaît une bonne longueur de derrière-les-fagots en milieu de course, qui n’apporte pas grand-chose à un scénario qui ne se distingue pas par son inventivité. Ni par sa crédibilité. D’ailleurs un « sauvetage » spectaculaire intervient à un moment-clé du film, et le moins qu’on puisse dire c’est qu’il est tout aussi WTF que certains trucs de Le Transporteur 2 (mais lorsque toute la salle applaudit, c’est cocasse en fin de compte). Le final est également bien taré d’ailleurs, la scène sur l’autoroute aussi (cf. l'image ci-dessus), presque tout en fait. Ceci conjugué avec la réintroduction semi-invraisemblable du personnage de Letty fait que le film ne brille pas par son intelligence. Mais ce n’est pas ce qu’on attendait d’un Fast & Furious et de l’action, il y en a et le contrat est rempli. Les bagnoles foncent et se rentrent dedans, à la limite de la destruction massive par moments d’ailleurs. A côté d’un ensemble de personnages sans véritable star (Dom et Brian ne sont finalement que des membres de l’équipe), le méchant (Luke Evans) est plutôt convaincant, même si un poil effacé. Il est d’ailleurs accompagné d’un sympathique sbire bodybuildé qui donnera l’occasion à The Rock de faire quelques bonnes prises de catch. Ajoutez à ça un caméo intéressant en toute fin (RYM, wikipédia et toute la clique donnent un gros spoil…), et nous sommes au complet pour ce 6ème épisode de Fast & Furious.

Le caméo final annonce à priori un 7. Et alors là, la question se pose… qu’est-ce que la saga a encore à dire ? Pas grand-chose à priori, hormis jouer sur les mouvements de personnages (deux vont partir, vous verrez qui) et se trouver un nouveau méchant (ça c’est déjà fait et en fait, c’est pas trop mal pour l'instant). Mais à part ça, remettre le duo Dom/Brian et leurs potes, remettre des bagnoles et des scènes d’action, il n’y a pas grand-chose de plus à faire. A quoi bon ? Mais tant que ça remplit des salles, ça continuera, et comme un mouton je continuerai probablement à aller les voir quitte à en sabrer un à l’occasion. Ce qui ne sera pas encore le cas de Fast & Furious 6, heureusement ou hélas. Un Fast & Furious qui balance de la bonne action (à la limite de la crédibilité mais en fait on s’en fout), le reste est à oublier et de toute manière n’est pas très important. Un film correct mais la saga se fixe des limites pour ne pas incommoder son public, ce qui est finalement dommage, même sans creuser le scénario plus que de raison on peut trouver matière à faire de bons rebondissements (parce que là à part une trahison assez prévisible…), sans avoir à faire des rappels grotesques aux précédents épisodes à tour de bras (Saw n’est pas loin). Changer de réalisateur permettrait de mettre un peu de folie, mais la saga ne prendra pas non plus ce risque. Bref, pour l’instant on restera sur un 6ème opus un minimum palpitant pour son contexte habituel, on pestera sur les approximations et le peu de perspectives sur la suite, et on constatera que la série est désormais faite uniquement pour ses fans. Ceux qui n’aiment pas n’auront pas à gueuler : ils sont restés sur le bas-côté depuis bien longtemps. « Toutes les routes mènent à… Fast & Furious » : oui, c’est bien ça finalement.
Note : 6.6/10

lundi 4 février 2013

Wrong

Quentin Dupieux, ça vous parle ? Si ce n’est pas le cas, hé bien « fuyez, pauvres fous » comme disait Gandalf le Gris. Car de par son goût immodéré pour l’absurde le plus allumé, l’art de Mr. Oizo n’est pas à mettre en face de tous les yeux. Steak avait déjà déconcerté les masses, il faut dire que sa présentation comme « film d’Eric et Ramzy » n’avait pas aidé, car avant d’être un film avec Eric et Ramzy, Steak est un film de Quentin Dupieux. Dupieux qui avait pu étaler son talent au sein du remarqué Rubber, vous savez l’histoire folle de ce pneu qui prend vie et qui se met à tuer des gens en leur faisant exploser la tête. Il y a déjà du level et avec Wrong, Dupieux semble bien déterminé à enfoncer le clou. Nous voici donc en présence de la quatrième réalisation du français, sans compter les courts métrages et en comptant Nonfilm, que je n’ai jamais vu mais ça ne saurait tarder.

Comme d’habitude, Dupieux part d’un pitch assez simple pour étaler sa science de l’absurde comique mais glacial, à l’intégration incongrue mais tout à fait… cohérente. Avec Wrong, nous suivons les aventures de Dolph (Jack Plotnick), américain moyen de banlieue pavillonnaire, qui un beau matin a perdu son chien Paul, mystérieusement disparu. L’absurde se met très vite en place autour des recherches de Dolph pour retrouver son animal de compagnie qu’il aime tant. Dolph questionne donc son voisin, un peu chelou qui nie faire du jogging tous les matins, et décide en ce jour de partir loin de chez lui pour changer de vie. L’aliènement du spectateur commence déjà, et Dupieux ne va pas le ménager de sitôt. Après le jeu bizarre au ballon cubique et la scène hallucinatoire de kidnapping de Steak, puis le trip « nous sommes dans un film » de Rubber, Dupieux se lâche avec une suite de séquences toutes plus absurdes les unes que les autres, faisant de Wrong son film le plus WTF. En vrac, un palmier se transforme en sapin, Dolph travaille (enfin pas vraiment) dans un bureau où il pleut à l’intérieur, un mystérieux peintre free-lance de carrosserie de voiture se balade en ville… et on en découvre de plus en plus au fur et à mesure que l’« intrigue » avance.

« Vous n'auriez pas un étron ? »

D’ailleurs, le regret que l’on peut émettre à propos de Wrong est que l’intrigue se délite assez vite, à partir d’un gros tiers du film et dès la rencontre de Dolph avec le mystérieux Maître Chang (William Fichtner), on comprend tout de suite ce qu’il est advenu de Paul et pourquoi (d’autant que la fin du film est d’ores et déjà racontée à un moment). Dupieux n’a donc pas pris de risques par rapport à l’intrigue principale, et s’est contenté de broder autour avec son absurdisme à faire perdre la tête. Mais de ce côté-là, il y a encore de quoi faire. On découvrira alors un détective canin aux méthodes d’investigation plutôt inédites, un Maître Chang qui va faire de bien étranges propositions à Dolph, tout en lui livrant la méthode pour communiquer avec son chien par télépathie. Bref… l’absurde règne en maître, mais paraît tout à fait naturel pour les personnages qui évoluent dans cet univers onirique. Onirique, c’est bien le mot, car on a vraiment l’impression d’être dans un rêve, suivant une intrigue sans queue ni tête. Une illogique volontaire se met même en place alors qu’on suit, parallèlement à l’histoire de Dolph, les pérégrinations de son jardinier Victor (Eric Judor), qui va s’embourber dans une aventure avec une standardiste nymphomane, avant de mourir. Puis de ressusciter. Puis en fait non. Bref… Dupieux s’amuse avec nos nerfs et nous livre un film déroutant, mais encore une fois jubilatoire.

Et Dupieux n’est pas en reste niveau réalisation, toujours avec un jeu de lumière et de flou saisissants, simple mais beau. Moins simple que Steak tout de même, qui lui souffrait un peu du syndrome « caméra posée dans un coin ». Les acteurs sont parfaits, mention spéciale à Jack Plotnick jouant un personnage constamment au bord de la rupture. Les autres personnages tirent également leur épingle du jeu, Eric Judor joue de nouveau le rôle du gars un peu bebête et boulet, mais le fait admirablement bien (il paraît qu’en VO, il a un accent anglais volontairement ridicule tout à fait savoureux). Et le chien Paul est mignon tout plein. On saluera la faculté de ces acteurs à s’adapter à un univers déluré où l’absurde ne choque pas le moins du monde les personnages évoluant dedans. La musique, sonnant parfois très inquiétante et mystique, est également parfaitement adaptée au bousin.

Après un Steak peut-être un peu trop creux et un Rubber légèrement poussif par moments, Quentin Dupieux signe avec Wrong sa meilleure réalisation. Sa plus WTF en tout cas. Les séquences absurdes s’empilent, et c’est finalement ça qui est bon, le fait de voir du n’importe nawak à la plupart des étages, qui font de Wrong un film où l’on ne s’ennuie pas et où l’on découvre de nouvelles idées de dingue toutes les 10 minutes. Dommage que l’intrigue principale ne soit finalement qu’un prétexte et ne soit pas plus creusée que ça, alors qu’il y aurait peut-être eu moyen de faire une chute de folie (à la Kaboom ?). Dupieux prend des risques du côté de l’humour absurde, pas pour le reste où il risque à terme de se reposer sur ses lauriers. Mais au final, on prend bien du plaisir à déguster ce film plus sympathique que sombre, et qui nous emmène dans un monde bien allumé aux frontières du rêve. Un film même poétique, avec un vrai message de fond (aimez vos animaux de compagnie), mais qui c’est sûr ne plaira pas à tout le monde. De toute manière, dès la séquence d’intro avec les pompiers qui font leur pause, pour celui qui n’arrive pas à se faire à la Dupieux touch c’est perdu d’avance…

Note : 8/10