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mardi 1 novembre 2016

Doctor Strange


Et nous revoilà parti pour la nouvelle sortie semestrielle du « Marvel Cinematic Universe ». Après celle de printemps avec Captain America : Civil War en forme de grand-messe et de vrai-faux Avengers, pour encore introduire de nouveaux personnages (Black Panther, la troisième occurrence de Spider-Man…), voilà la collection automne-hiver avec un goût de neuf. C’est donc (encore) un nouveau personnage qui passe à la moulinette des « Marvel Studios » comme on le voit dans l’intro légale désormais. Bien sûr, les vrais de vrais qui connaissent les comics sont déjà familiarisés avec le personnage de Doctor Strange, les autres un peu moins. Voilà une occasion pour Marvel de faire quelque chose d’un peu différent, même s’il a déjà été capable de changer de ton (Les Gardiens de la Galaxie). Encore une fois, le MCU a converti un réalisateur habitué à un autre registre (en l’occurrence horrifique : Hellraiser V, L’Exorcisme d’Emily Rose, Sinister, Délivre-nous du Mal… mais aussi Le Jour où la Terre s’arrêta), Scott Derrickson. Pour encore une fois un produit aseptisé, codifié et impersonnel au possible ? Après tout, Peyton Reed avait réussi à faire un Ant-Man un poil plus enjoué, avec l’héritage d’Edgar Wright omniprésent. Doctor Strange, lui, promet beaucoup visuellement. Les bandes-annonces vendaient du rêve dans un univers psychédélique forcément influencé par la magie qui est au centre de l’histoire, on osait même une comparaison à Inception. Doctor Strange, c’est du visuel, mais pas seulement, dans un esprit global cher à Marvel qui introduit ici et avant tout un nouveau personnage dans son univers.

Stephen Strange (Benedict Cumberbatch) est un grand ponte de la médecine, de la chirurgie et de la neurobiologie, capable des interventions les plus habiles et les plus risquées, et reconnu à juste titre dans son domaine avec la gloire et les exigences qui vont avec. Vaniteux et un brin arrogant, le Docteur Strange n’accepte pas de travailler sur n’importe quel cas mais n’hésite pas à venir en aide à sa collègue et amie Christine (Rachel McAdams). Mais à cause de ses excentricités, il est victime d’un accident de voiture. Qui va lui coûter très cher, à savoir le plein usage de ses mains, indispensables à son travail de chirurgie de haute précision. Prêt à tout pour retrouver ses capacités manuelles, il n’hésite pas à se ruiner, mais va d’échec en échec. Dépité, il apprend alors qu’un patient paraplégique avait retrouvé miraculeusement l’usage de ses jambes. Il contacte celui-ci, qui lui conseille de rallier Camarthage, un lieu mystérieux du Népal. Strange s’y rend et se retrouve alors dans une communauté menée par l’Ancien (Tilda Swinton) secondé par Mordo (Chiwetel Ejiofor), en réalité une communauté de magiciens aux pouvoirs incroyables. D’abord profondément incrédule, Strange décide finalement de choisir la voie de la magie proposée par l’Ancien. Il apprend vite mais va bientôt être confronté à Kaecillius (Mads Mikkelsen) et ses sbires, qui comme dans tout bon Marvel, nourrissent des sombres desseins…


« Comme dans tout bon Marvel », tout est dit je crois. Si la trame visuelle comme narrative pouvait paraître originale, Doctor Strange aura tout de même du mal à s’éloigner des carcans du MCU. Entre l’histoire toujours simpliste, l’« origin story » menée de manière habituelle, le méchant aux prétentions toujours trop apocalyptiques pour être crédibles, les références au reste de l’univers Marvel qui arrivent de manière plus ou moins attendue, et l’humour typique aux références très contemporaines (les échanges entre Strange et Wong (Benedict… Wong, ben oui)), Doctor Strange a -hélas- tout de l’énième film Marvel qui sur un bon nombre de points, ne prend pas de risques et ne cherche pas à se démarquer. Ant-Man se différenciait un peu plus même si il avait aussi ses références attendues, ici l’humour est certes drôle et référencé, mais parfois un brin hors-sujet et forcé, et on est plus dans le domaine du premier Thor qu’autre chose. Voilà pour moi le principal défaut de Doctor Strange, qui dans de trop nombreux domaines, est surtout un Marvel de plus, un nouveau film sur un « héros Marvel », un nouveau personnage à mettre dans les prochains films, ou pour faire des suites au fric facile (#TrollMaisPasTrop). Les défauts du blockbuster Made In Marvel, en somme, on ne veut pas faire réfléchir et on cherche à embarquer le spectateur dans des aventures étonnantes. Mais heureusement, Doctor Strange a d’autres qualités pour ne pas finir comme un Marvel sans saveur.

L’exercice de l’origin-story/premier film sur un personnage est toujours délicat et la tendance est parfois de broder sur des choses inutiles. Sur ce point, Doctor Strange ne s’égare pas et parvient à nous proposer deux heures très dynamiques, avec bien peu de temps morts. L’introduction des (més)aventures de Stephen Strange n’est pas interminable mais pourtant rien n’est oublié, et l’on passe vite dans les domaines magiques qui nous intéressent. Certes, comme tout film origin-story blockbusterisant encore une fois, tout semble aller trop vite, le Docteur Strange est certes intelligent et persévérant et apprend vite, mais il devient un magicien habile en deux-deux malgré qu’il soit traité comme un bleu… et va donc vite se retrouver confronté au Grand Méchant (bouhh). Peu importe, on est au cinoche, et l’histoire laisse donc une bonne place à l’Action. Les combats à base de facéties magiques regorgent de bonnes trouvailles, et l’ensemble laisse place à la folie visuelle que le film promettait, pour une fois nous avons vraiment affaire à un film « fantastique ». C’est sur ce point que Doctor Strange se démarque vraiment, même si c’était attendu et que les bandes-annonces en montrent un peu trop peut-être. Outre les délires architecturaux Inceptionnesques (bien justifiés par un élément précis du scénario d’ailleurs) parfaitement menés et servis pour une fois par une 3D qui a une véritable utilité, Doctor Strange s’offre des moments plus psychédéliques assez… spéciaux, entre Interstellar et un clip de Meshuggah. Bon, rien d’abstrait, d’autant que le tout est lui aussi justifié par le scénario. Mais l’« introduction » de Stephen Strange dans le « multivers » en vaut la chandelle avec une longue scène assez hallucinante, il faut avoir l’estomac accroché. Et pour le « boss de fin » également, avec là aussi de bonnes trouvailles au sein de formules magiques bien exploitées pour un film tout de même très réussi.


Benedict Cumberbatch, avec sa classe habituelle, illumine le film et s’est parfaitement glissé dans le costume de Strange, même si on aurait pu crier au nanar si le film s’était avéré complètement raté, ce qui n’est pas le cas. On passera rapidement sur le reste du casting qui n’apporte pas énormément de choses significatives comme pour tout Marvel « 1 » encore, entre un Chiwetel Ejiofor impersonnel malgré son personnage complexe, une Tilda Swinton toujours étonnante, une Rachel McAdams qui ne sert à (presque) rien et un Mads Mikkelsen hélas desservi par son rôle de méchant trop Marvelien et donc là aussi légèrement nanardesque, vraiment le problème des films du studio depuis un moment… Mais finalement, Doctor Strange tient ses promesses, que ça soit dans les bons et les mauvais côtés. Je lui préfère Ant-Man d’un poil de nez coupé en deux, mais c’est de l’ordre du subjectif et du relatif, ce n’est peut-être pas comparable mais dans le fond « Marvel », ça l’est complètement. Un nouveau Marvel, « assez » dirons certains, heureusement il y a toujours quelques accroches pour faire la différence et c’est avec ceci que Doctor Strange remporte son pari. Grâce à son visuel épatant, ses bonnes idées magiques, une histoire dynamique malgré un scénario basique et attendu, un humour léger même si trop décalé, un ensemble enthousiasmant voire kiffant qui en fait un blockbuster très visuel qui est aussi une expérience cinématographique à faire. Marvel a fait mieux et plus original, a fait pire et encore plus basique aussi. Un Marvel dans la bonne moyenne, personnel sur certains points et pas assez sur d’autres, mais il est dur d’avoir du renouvellement dans un univers cinématographique qui ne risque pas d’évoluer des masses jusqu’à la sortie de Avengers : Infinity War, donc en l’état on se contentera de ce que Doctor Strange a à nous apporter : de la magie visuelle et du Fantastique.

Note : 7.5/10

dimanche 9 octobre 2016

[News] Un trailer pour Power Rangers!

Retombons, si vous le voulez bien, un peu en enfance avec le tout premier 'teaser trailer' (en VO) pour le reboot des Power Rangers :



Ça sent bon (et même un peu trop?) le Chronicle, bien que le film ne soit pas réalisé par Josh Trank (qui n'est de toute façon pas prêt de rebosser avec un gros studio avant longtemps) mais par Dean Israelite, qui avait signé le déjà très bon 'film avec des jeunes qui ont des super-pouvoirs' Project Almanac.

Outre les cinq jeunes un peu inconnus au bataillon, Bryan Cranston, Elizabeth Banks et Bill Hader sont annoncés au casting.

Rendez-vous le 5 avril 2017 pour avoir de nouveau 12 ans, et pour voir s'il y aura Force Jaune devant, Marron derrière. Et espérons que les gentils gagnent.

dimanche 5 janvier 2014

R.I.P.D.

Séance de rattrapage des ratés de 2013, première. R.I.P.D. m’avait pourtant intéressé dès le début mais suite à des critiques assassines, je m’étais dit que ça valait peut-être pas le coup, finalement. Surtout qu’au final, les bandes-annonces n’étaient pas si excitantes que ça. Pourtant le genre de film à la Ghostbusters manque (il paraît qu’un 3 est en préparation…), mais là ça ne paraît pas très réussi, avec un réalisateur pas trop connu (Robert Schwentke, auteur de Flight Plan et RED notamment), un Jeff Bridges qui cabotine sévère, et un Ryan Reynolds qui est un peu un acteur maudit pour moi : je l’aime bien mais il a tendance à ne jouer que dans des trucs approximatifs qui ne sont pas appréciés de la masse (Green Lantern, Echange Standard). Mais bon, comme d’habitude il est difficile de faire confiance à une certaine frange de la critique populaire (quand on voit les notes moyennes sur AlloCiné ou Rotten Tomatoes 6 mois après sa sortie, ça fait peur) qui a tendance à défoncer certains films aveuglément. Alors à la rigueur R.I.P.D. sera une bonne surprise, ou une bouse intersidérale, mais tant pis j’aurai au moins essayé.

Nick Walker (Ryan Reynolds) est un policier respecté de Boston, très proche de sa femme Julia (Stéphanie Szostak). Mais lors d’une intervention spectaculaire contre un trafiquant de meth nommé Garza, il meurt. Sur le chemin du paradis, il est alors recruté par le R.I.P.D., qui sous la direction de Proctor (Mary-Louise Parker) se charge de traquer sur Terre les morts-vivants qui ont échappé au jugement dernier. Nick est directement plongé dans le bain est doit s’associer à Roy (Jeff Bridges), un flic vieux jeu qui a officié dans les années 1800 et ne désire pas de partenaire et encore moins un rookie. Les deux compères vont pourtant devoir s’associer face à une menace de certains morts-vivants qui trafiquent de l’or, trafic qui impliquerait Bobby Hayes (Kevin Bacon), l’ancien partenaire de Nick…

Classiquement, R.I.P.D. c’est un peu un mélange entre Men In Black et Ghostbusters, avec un esprit buddy movie évident et bien évidemment un côté comédie fantastique assumé, avec un humour pas très fin mais qui passe bien. L’univers proposé est riche, et en une heure et demie ça va très vite, le néo-flic du R.I.P.D. Nick n’a pas le temps de souffler. Un univers riche qui est donc exploité de façon très sommaire, ce qui est dommage car il y a quand même un certain potentiel là-dedans. Certaines idées parfois incongrues (les épices pour détecter les morts-vivants…) sont bien vues, d’autres ne sont pas poussées à bout, on a l’impression que les scénaristes ont eu une idée bien fixe de l’univers du R.I.P.D. mais nous balancent dedans sans chercher à trop développer. Ce qui nous donne donc un scénario très basique, presque fait à l’arrache, assez prévisible et avec des rebondissements classiques, tout comme l’enchaînement des scènes (l’intro, la découverte, les conflits entre Nick et Roy, la déchéance et l’héroïsme, la bataille finale… c’est calibré et vu et revu), bref c’est un film à bas Q.I. qui est vraiment là pour poser son cerveau et ne pas trop réfléchir. On aimera ou pas, en remettant les choses à leur place bien entendu.

L’autre gros souci vient des effets spéciaux, archi inégaux. Certains trucs sont très jolis mais les morts-vivants, eux, sont carrément moches. C’est trop artificiel, et on ne sait pas si l’effet « cartoon » est volontaire ou pas. Certes on attendait pas que ça fasse réaliste mais le rendu est assez affreux, surtout sur la fin ou l’on frôle les effets spéciaux « de jeu vidéo », sans atteindre les abysses des films de Asylum et consorts. Les acteurs en chair et en os vont devoir rattraper le tout : Ryan Reynolds comme à son habitude ne fait pas grand-chose de significatif mais s’en sort bien, et comme je l’ai déjà dit c’est un acteur que j’aime bien. Jeff Bridges cabotine moins que prévu, et campe un personnage comme à son habitude zen et cool, même s’il faut bien avouer que l’interprète du Big Lebowski et de Kevin Flynn commence à se faire vieux… Mary-Louise Parker est sympathique également, et Kevin Bacon campe avec brio un personnage sombre et mystérieux même s’il ne s’est pas foulé non plus. Tout ceci est à l’image d’un film qui ne se prend pas la tête mais dont on ne sait trop dire si les approximations sont dues à la paresse, au manque de moyens ou de talent.

Mais, et vu le bashing auquel il a eu droit, je ne vais point être sévère avec R.I.P.D., qui reste toutefois un agréable divertissement quand on a rien de mieux à regarder et à faire. Scénario et effets spéciaux sont bien trop légers, et c’est frustrant car on se dit finalement qu’avec des moyens et une véritable construction de blockbuster, R.I.P.D. aurait pu être une vraie bonne surprise. Les comédies fantastiques de ce genre manquent un peu, il est dommage que ses rares avatars ne soient pas à la hauteur. Hansel & Gretel : Witch Hunters, dans un autre registre certes, avait pourtant récolté bon nombre de suffrages. Mais bon, pour peu qu’on ne soit pas trop exigeant on se laisse facilement prendre au jeu, à voir comment fonctionne l’univers du R.I.P.D. et à rire devant les facéties de Jeff Bridges et du comique de situation bardé de quelques trucs amusants. Un film mineur mais plaisant dans l’ensemble, hélas seulement correct à cause de défauts de fond et de forme.
Note : 7/10

vendredi 30 août 2013

Le dernier pub avant La fin du monde

Edgar Wright + Simon Pegg + Nick Frost. Le trio infernal qui a enfanté la série méconnue Spaced au début des années 2000 (tellement méconnue que je ne l’ai toujours pas vue…) s’est bien vite mis au cinéma pour donner naissance à une trilogie infernale baptisée « Blood and Ice Cream » (parce qu’il y a du sang et des Cornettos), créant leur propre patte au sein de comédies déjantées. Shaun Of The Dead est déjà un film culte mais personnellement je ne l’ai jamais trop aimé, c’est une comédie d’horreur banale et poussive juste portée par sa réalisation et ses acteurs. En revanche, Hot Fuzz est une tuerie intergalactique, délivrant un scénario malin, des gimmicks qui arrachent et une fin qui dépote. Après une absence de 6 ans marquée par un film du duo Pegg-Frost sans Edgar Wright (Paul), voilà le retour tant attendu du trio britannique pour clore cette trilogie dans une certaine apocalypse. On avait attendu les extraterrestres (qui ont finalement débarqué pour Paul), on attendait la fin du monde (le film devait à la base sortir aux alentours du 21 décembre 2012…), on aura les deux dans Le dernier pub avant La fin du monde, ainsi que comme prévu du sang (même si c’est un sang un peu particulier…) et de la glace (même s’il faut l’attendre !). Et l’humour corrosif du trio de même que la mise en scène coup-de-poing. La totale.

A la fin des années 80, une bande de 5 potes décide de faire en une soirée le « barathon de la voie maltée » dans une charmante bourgade anglaise, Newton Heaven : il s’agit de déguster une pinte de bière dans chacun des 12 bars de la ville, jusqu’au dernier répondant au nom de « La fin du monde ». Mais l’échappée tourne court et le quintette s’arrête à 9 bars. 20 ans plus tard, Gary (Simon Pegg), ado attardé fan des Sisters Of Mercy, décide de retrouver ses potes pour refaire et terminer ce qu’ils avaient commencé. Peter (Eddie Marsan), concessionnaire auto très attaché à sa femme et à son père, Oliver « Le maudit » (Martin Freeman), agent immobilier qui ne lâche pas son oreillette bluetooth, Steven (Paddy Considine), travaillant dans le bâtiment et adepte de muscu, et Andy (Nick Frost), chef d’entreprise épanoui mais renfermé, finissent par accepter de suivre Gary dans sa quête, malgré la forte réticence d’Andy qui s’était méchamment brouillé avec Gary suite à un fâcheux accident. Alors que les 5 potes entament la tournée, se remémorant les bons vieux moments et réglant leurs comptes, ils vont se rendre compte que leur bourgade natale a été envahie par des robots extraterrestres… Le quintette, accompagné de la sœur d’Oliver (Rosamund Pike), va alors se disputer sur la marche à suivre pour se tirer de la galère, les pintes s’accumulant dans le gosier n’aidant pas… tandis que Gary est bien déterminé à finir le barathon coûte que coûte.


D’emblée, je vais évacuer les quelques défauts de Le dernier pub avant La fin du monde histoire d’en finir : on notera déjà que la Edgar Wright touch est un peu moins incisive que par le passé, abandonnant presque certains gimmicks des deux premiers films comme les expressions qui reviennent systématiquement une deuxième fois, au contraire des habituels gags. Les dialogues sont moins percutants, à l’image des héros du film finalement : ils ont mûri et sont plus sérieux. Le scénario, bien moins étoffé que celui de Hot Fuzz, n’entretient pas le « mystère » comme avait pu le faire avec brio Shaun Of The Dead également. Au final, après 40 minutes qui servent en quelque sorte d’introduction (le sujet l’exige comme pour les deux autres films), on est direct plongé dans la véritable intrigue et à partir de là, c’est effectivement l’apocalypse filmique et la tuerie. Edgar Wright s’est lâché dans les scènes de bagarres et nous envoie du jamais-vu chez lui, souvent hallucinantes et terriblement jouissives, avec des prises vachement techniques et même de véritables mouvements de catch ! Ce n’est pas cette fois-ci que le déjanté et la WTFerie seront mis de côté, et au final Le dernier pub avant La fin du monde et sans concession le film le plus original et le plus barré du trio. Hormis le premier tiers pépère, ça va à cent à l’heure et ça aligne les poursuites, bagarres et violentes prises de tête entre potes dans un joyeux bordel drôle et efficace. J’ai eu peur que le film soit plat et parte dans le n’importe quoi décevant : il n’en est rien et Le dernier pub avant La fin du monde est tout simplement un pur film dans la tradition Wright/Pegg/Frost, même si un peu différent des deux précédents opus de la trilogie.

Côté scénario, on continue à distiller quelques éléments au fur et à mesure comme d’habitude, permettant de fluidifier et de comprendre l’histoire (et de balancer des guests savoureux comme l’inattendu Pierce Brosnan), mais c’est tout de même moins passionnant que Hot Fuzz. Mais comme toujours c’est un prétexte pour envoyer la sauce dans d’excellentes scènes et on en redemande. Comme toujours chez Edgar Wright, les acteurs sont tous excellents : Simon Pegg est méconnaissable en gothique alcoolo, il cabotine pas mal mais ça change radicalement de Mission Impossible et Star Trek et ça fonctionne. Nick Frost lui vole presque la vedette en fin de film, grâce à un personnage dont le comportement évolue au fil de l’histoire. Martin Freeman, cantonné à des seconds rôles effacés après H2G2 (oui, même dans Le Hobbit on ne le voit pas beaucoup !), a enfin ici un second rôle complet et intéressant. Paddy Considine, dans un rôle presque à contre-emploi, est également excellent tout comme le méconnu Eddie Marsan qui campe le personnage le plus naïf dans la bande. Rosamund Pike tient également un rôle à contre-emploi et s’en sort bien. Après le très Buddy Movie Hot Fuzz, Edgar Wright s’élargit de nouveau à une bande complète et les acteurs portent une nouvelle fois un film délicieusement déjanté, avec des codes bien singuliers de comédie mais aussi d’action, de fantastique et de science-fiction.


Il est juste dommage que Le dernier pub avant La fin du monde se termine sur un grand final dispensable et un peu maladroit, mais ce n’est pas très grave et c’est finalement logique. La trilogie Blood and Ice Cream se termine en apothéose, même si à mon sens Hot Fuzz restera à jamais la plus grande réussite du trio Wright/Pegg/Frost. Le dernier pub avant La fin du monde surpasse déjà pour moi Shaun Of The Dead qui n’était finalement qu’un round d’essai. Ce troisième opus démarre timidement et on a vu les compères plus inspirés pour les dialogues (peut-être est-ce à cause de la VF ? déjà que Pegg et Frost n’ont toujours pas de doubleur attitré…) ainsi que pour les gimmicks incisifs, mais vu que la partie « à fond » du film en constitue tout de même la grande majorité, il serait dommage de bouder ce film pour du pinaillage. Le dernier pub avant La fin du monde est une bonne tuerie jouissive, fun et nawakement contrôlée, c’est l’essentiel et si le trio anglais a fait un peu mieux par le passé, il n’a pas perdu son goût unique pour la comédie transgenre qui fait mouche, servie par des acteurs en forme. Le dernier Cornetto avant l’apocalypse !
Note : 8/10

mardi 27 août 2013

Upside Down

Et l’OFNI de l’année est une production franco-canadienne, réalisée et scénarisée par un… argentin. Enfin OFNI de l’année 2012 vu que c’est l’an dernier qu’il est initialement sorti, mais vu le bestiau il peut bien obtenir le titre sur deux années consécutives. Après le niaiseux Les Âmes Vagabondes, voilà à nouveau un film qui mêle science-fiction et romance. Ce n’est pas très original mais le reste du concept de Upside Down est somme toute inédit. Un monde sans dessus-dessous est au programme et la réalisation sera à l’avenant. Je pense que tout le monde aura eu l’occasion de voir quelques images et le concept, basé sur des gravités inversées et des gens qui vivent au sol, d’autres au plafond, est intriguant. Ce qui est à la base une banale fiction légèrement dystopienne racontant une histoire d’amour sommaire va bien vite se transformer en un film d’une originalité sans bornes qui a su, à l’instar de films comme Time Out, se créer son propre univers régi par ses propres codes. On s’accroche et on prépare son cou et ses yeux car il va falloir sans cesse regarder en haut. Ou en bas. Ou les deux à la fois.

Dans un système solaire éloigné du nôtre, deux planètes sont liées entre elles mais chacune d’entre elles est régie par ses propres lois de gravité. Il y a donc un monde « En-Haut » et un monde « En-Bas », séparés par seulement quelques mètres sur les points culminants. Tout ce qui vient d’une planète (matières et personnes) est uniquement affecté par la gravité de sa planète d’origine, et ne peut donc pas perdurer sur l’autre planète sous peine de causer des difficultés d'attraction gravitationnelle voire pire, de brûler. Les deux mondes sont donc séparés, et les riches vivent En-Haut tandis que la population d’En-Bas est pauvre et bien peu considérée par ceux d’En-Haut. Adam (Jim Sturgess), habitant d’En-Bas, sympathise avec Eden (Kirsten Dunst) qui vit En-Haut, à l’occasion de ballades en montagne. Les deux tourtereaux entament une liaison qui est bien sûr interdite. Repérés pendant un flirt, les deux amoureux vont être séparés et Eden va subir une violente chute, Adam la croyant alors morte. 10 ans plus tard, ce dernier va pourtant apprendre qu’elle est vivante via une émission de télévision. Pour se rapprocher d’elle et la reconquérir, Adam va se faire embaucher au sein d’une puissante entreprise qui a la particularité de faire travailler à la fois des gens d’En-Haut et d’En-Bas au sein d’un bâtiment qui relie les deux planètes. A l’aide d’un collègue de travail d’En-Haut, Bob (Timothy Spall), Adam va alors infiltrer le monde d’En-Haut…

 
Upside Down est un film scientifique dans le sens où il invente ses propres lois de physique gravitationnelle pour expliquer les différences entre les deux mondes. Le tout est expliqué dans l’introduction du film et d’autres détails sont distillés tout au long du film. Et bien que je sois loin d’être un spécialiste en physique gravitationnelle, certains trucs sont quand même illogiques et incohérents et plusieurs fois on s’exclamera « mais comment c’est possible ! ». De nombreuses questions se posent (je ne vais pas rentrer dans les détails mais un exemple : si le gag de l’urine qui va au plafond lorsque qu’un gars d’En-Bas pisse quelque part En-Haut est pris de but en blanc, il se pose la question du reste des liquides corporels : le sang devrait remonter à mort au cerveau et les jambes ne seraient plus trop irriguées…), et n’importe quel physicien s’arrachera les cheveux à plusieurs reprises. Enfin bref, ce n’est qu’un film après tout… et de par l’existence d’un film cumulant les aberrations scientifiques comme Fusion - The Core, on est prêts à tout pardonner. D’autant que Upside Down est un film plutôt fantastique voire même onirique. Et c’est là que ça fonctionne, car Juan Solanas a vraiment réussi à créer son univers avec ses lois bien particulières, et le concept est exploité à fond, au centre de la plupart des pérégrinations du héros du film, Adam. C’est totalement WTF, mais on se laisse vite emporter au sein de ce monde incroyable et sidérant.

Surtout que l’argentin, inconnu au bataillon, sait y faire au niveau des images qui sont souvent monumentales et superbes, quoiqu’un peu artificielles. Les prouesses techniques ne sont pas loin, notamment lorsque les gens d’En-Haut et d’En-Bas cohabitent au plus près. D’autres devraient en prendre de la graine et Upside Down prend finalement une tournure assez fantastique, plus que de Science-Fiction vu que la « Science » est tout de même bafouée dans ses grandes largeurs. C’est beau et léché et servi par un ensemble d’idées malines et bien exploitées au service du concept de gravitations inverses. On suit avec plaisir les différentes facéties d’Adam, servi par un excellent Jim Sturgess parfaitement taillé pour le rôle. L’acteur vu dans Cloud Atlas plus tôt cette année porte le film à lui tout seul, et étrangement Kirsten Dunst n’a pas grand-chose à faire. Timothy Spall, dans le rôle du débonnaire collègue de travail d’Adam, est une des bonnes surprises du film. Film qui ne brille pas forcément par son scénario, surtout prétexte aux nombreuses scènes qui font intervenir les concepts gravitationnels, et qui souffre de quelques trous ou raccourcis surtout sur la fin. Ceci se fait donc au détriment de la romance, qui en reste à l’essentiel et ne part pas dans le dégoulinant, mais aussi au détriment de l’aspect « social » du film avec les gens d’En-Bas qui sont mis au ban de la société. Mais bon, on est pas chez Neill Blomkamp non plus et Upside Down reste un film léger et coloré de science-fiction fantastique et onirique, quasi-hallucinatoire, qui au final tient ses promesses.


De légères faiblesses font qu’Upside Down ne peut pas viser plus haut que le titre du film le plus original de l’année. Mais pour cet aspect, le film franco-canado-argentin est une réussite totale. Passés les exagérations scientifiques de rigueur qui rendent dubitatifs sur le concept, Juan Solanas a su exploiter l’univers onirique qu’il a créé à la perfection, avec des idées et des scènes finalement excellentes, portées par un Jim Sturgess au meilleur de sa forme. Et la beauté de l’ensemble ne peut laisser indifférent, de même que la pure création qui semble tout droit sorti de l’esprit d’Ariane dans Inception. Un film au concept inédit et prenant, qui réserve un lot de bonnes surprises et qui possède plusieurs degrés de visionnage, selon qu’on s’intéresse à l’histoire, aux images ou aux concepts de gravitation qui sont exploités à fond (même si des détails posent des questions légitimes). Un super film assez inclassable et transgenre, qui dépasse le stade de simple curiosité et mérite d’être vu par tout le monde, ne serait-ce que pour apprécier le talent de Juan Solanas pour créer quelque chose de résolument original.
Note : 8/10

vendredi 8 mars 2013

Hansel & Gretel : Witch Hunters


« On aura appris deux choses : premièrement, ne jamais rentrer dans une maison en sucreries. Deuxièmement, pour vaincre une sorcière, il faut lui mettre le feu au cul ». Avec ceci balancé dès l’intro du film passé, autant dire que le ton est donné. De toute façon pouvait-il en être autrement avec ce film classé « WTF » dès la lecture de son nom et le visionnage de son affiche ? Là, ça sent le bon délire. Le délire sponsorisé par les studios américains mais tenu par une main scandinave. Après Iron Sky du finlandais Timo Vuorensola, voilà Hansel & Gretel : Witch Hunters du norvégien Tommy Wirkola, déjà responsable de Dead Snow, le film avec des zombies nazis dans la neige. Les scandinaves font une fixette sur les nazis, mais ça ne sera pas le cas ici vu que nous allons revisiter un conte enfantin bien connu. « Classic Tale, New Twist », voilà pour l’accroche. Et après Abraham Lincoln Chasseur de Vampires, voilà donc Hansel et Gretel chasseurs de sorcières. Le premier était une bonne surprise, en sera-t-il autant du second ?

Donc bon, l’histoire d’Hansel et Gretel tout le monde la connaît ou presque. Enfants abandonnés, maison en sucre et pain d’épice, méchante sorcière à l’intérieur, enfants qui vont réussir à s’enfuir, blablabla. La scène est bien évidemment jouée en intro mais on va très vite s’intéresser à ce qui se passe « quelques années plus tard ». Hansel et Gretel ont bien grandi et vont d’exploits en exploits, débarrassant bon nombre de bourgades de sorcières en tout genre. En bon chasseurs de primes, frère (Jeremy Renner) et sœur (Gemma Arterton) vont accepter une mission dans un petit village victime d’enlèvements d’enfants répétés. Le duo va vite découvrir ce qui se trame derrières ces enlèvements : une réunion de sorcières maléfiques se prépare, sous la houlette de la très méchante Muriel (Famke Janssen). Celle-ci cherche en effet à pratiquer un rituel ancestral pour permettre aux sorcières de résister au feu et donc de devenir quasi-invincibles… En combattant Muriel et ses sbires, Hansel et Gretel vont donc être amenés à découvrir des secrets surprenants sur leur passé…

« Relâchez ma sœur et j’envisagerai -à la RIGUEUR- de ne pas vous tuer »

Si le scénario réserve quelques rebondissements plus ou moins prévisibles, il est inutile de s’attarder dessus. Car oui, brisons la glace, Hansel & Gretel : Witch Hunters est une série B. Une série B avec des moyens (les effets spéciaux, tout comme les maquillages et costumes, sont réussis et il n’y a rien de négatif à signaler de ce côté), mais une série B quand même. Donc mesdemoiselles mesdames et messieurs, ne cherchons pas ici la subtilité ou l’art pur. De toute manière vu le pitch, il ne vaut mieux pas que le film se présente comme « sérieux » et ça tombe bien, ce n’est absolument pas le cas, sans pour autant tomber dans l’absurde ou le totally WTF. Le film mêle donc comédie fantastique, avec des répliques bien senties et quelques moments cocasses, et action avec des bagarres, des armes à feu, des sortilèges et surtout, un peu de gore. Même si apparemment, la version projetée en salles françaises est « édulcorée », le film met le paquet niveau morts gore avec effusion d’hémoglobine. Le rythme est dynamique sans partir dans la folie totale, même si on notera un léger passage à vide en milieu de film. Il est aussi dommage que l’« artillerie » du duo ne soit pas plus étoffée que ça, se résumant au fusil à pompe d’Hansel et à l’arbalète-uzi de Gretel, même si du plus gros calibre fera son apparition dans la dernière partie du film. On est tout de même loin de Van Helsing. Mais ce sont bien les deux seuls reproches qu’on pourra faire à Hansel & Gretel : Witch Hunters, car même si on pouvait s’attendre à encore plus jouissif le film remplit aisément sa mission, avec du fun, du sang, de l’humour et de l’originalité pour une heure et demie de pur divertissement. Peut-être on regrettera aussi des combats filmés de manière un peu confuse, et comme d’habitude une 3D qui ne servira pas à grand-chose si ce n’est nous envoyer quelques projectiles ou débris à la tronche grâce au relief. Mais pour le reste, c’est tout bonnement excellent et très marrant à suivre.

Et encore une fois, nous avons un argument de poids en faveur de Hansel & Gretel : Witch Hunters en la personne de Jeremy Renner. Trop peu en vue dans The Avengers, correct dans The Bourne Legacy qui était malheureusement passablement raté, il trouve ici un rôle où il peut s’éclater à mort, tout comme dans Mission Impossible IV. L’américain s’en donne à cœur joie dans ce rôle de bourrin décalé un brin asocial et « vieux jeu », avec un certain détail : ce bon vieux Hansel, gavé de sucreries par une sorcière dans sa jeunesse, est désormais… diabétique, devant se faire des injections régulières pour ne pas tomber dans les pommes. C’est le détail qui tue et il fallait y penser ! Du reste, l’ami Hansel maniera à loisir le fusil à pompe, se lâchant en fin de film et n’étant pas avare en bon mots. Renner vole encore tout le film et à part ça, il n’y a rien d’exceptionnel parmi le reste du casting. Gemma Arterton joue une Gretel sans relief et pas spécialement sexy (oui, elle n’est pas à mon goût), mais ça passe surtout pour sa faculté à user du coup de boule, et pour former un duo parfait avec son frangin. Famke Janssen joue en revanche un rôle de méchante de conte parfaitement convaincant. Peter Stormare (encore lui, mais il est partout !) fait du Peter Stromare, Pihla Viitala campe une rousse mystérieuse agréable à regarder. Reste un jeune premier (Thomas Mann), avec un rôle particulier de « groupie » d’Hansel & Gretel, et également une sorcière aux cheveux rouges pas vilaine du tout. On attendait de toute façon pas grand-chose de ce casting mais moi qui voulait voir Renner en vedette, je suis servi.

Hansel & Gretel : Witch Hunters faisait partie de mes favoris pour être la surprise voire le film de l’année, on est encore loin du bilan mais sans être une tuerie absolue, ce film est au minimum un outsider. En tout cas, tout était prévu et ce film est, dans son registre, une réussite. Même s’il y avait peut-être moyen de faire quelque chose de plus fou encore, Hansel & Gretel : Witch Hunters n’en fait pas trop et est bien dosé, et c’est tant mieux. Un habile mélange de genres au sein d’une histoire culottée et originale, on en demandait pas moins et ce film a même un certain charme. On s’esclaffe devant l’humour et les morts spectaculaires, on saute de son fauteuil noir lors des scènes d’action et des poursuites en forêt, et on apprécie toujours le jeu du facétieux Jeremy Renner toujours excellent. Tout comme Abraham Lincoln Chasseur de Vampires, c’est du n’importe quoi cohérent et bien ficelé, qui sent bon l’éclate et le gros délire et c’est l’essentiel. « La vengeance, ça nous rendra pas nos parents… mais qu’est-ce que ça fait du bien ! ».

Note : 8/10