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mercredi 21 mai 2014

Godzilla

Je sais que bon nombre de « cinéphiles » sont amateurs de nanars. Ce qui ne sera pas mon cas, n’étant pas intéressé par la perte de temps qu’incombe le visionnage de ces merdes, et je préfère consacrer mon temps à de vrais bons films. Il y a bien une exception, ce sont les nanars Bessoniens (oui, moi j’aime bien les nanars Bessoniens, genre From Paris With Love qui est quand même un sacré défouloir). A la rigueur, il y aurait les nanars Emmerichiens. Bon il ne faut pas déconner, hormis Independance Day chacun de ses autres films mérite un seul visionnage pour se facepalmer et constater les écarts faits avec la Science, pas plus. Le Jour d’Après est profondément ridicule et 2012 est un film qui s’enfonce de minute en minute avec une énergie folle pour creuser encore plus bas dans la médiocrité et le nawak (ooh ! ils sont vicieux ces séismes, d’abord ils ravagent les terres et seulement ensuite ils se déclenchent en mer pour tout nettoyer ! les salauds !). Il y a aussi Godzilla. L’ai-je déjà vu ? Je m’en souviens même plus mais - si c’est le cas, si je ne me souviens de rien, c’est que ça ne devait pas être un film marquant - si ce n’est pas le cas, je doute avoir loupé grand-chose, j’aurai pu le regarder il y a quelques jours sur NT1 mais regarder un blockbuster sur NT1, chaîne non HD, c’est une insulte à tout bon FXmen qui se respecte, même de l’équipe de Roland Emmerich. Voilà donc un Godzilla v.2014 pris en charge par Gareth Edwards qui avait signé un plébiscité Monsters (que je n’ai pas vu) et qui du coup, entraîne beaucoup d’enthousiasme pour cet énième film consacré à la grosse bébête, ce n’est ni un remake ni un reboot mais plutôt une nouvelle adaptation de l’histoire de ce Kaiju né de l’imagination des japonais dans les années 50 (aussi sous le nom Gojira, ce qui rappellera quelque chose à mes quelques lecteurs métalleux). Donc bon, le leitmotiv de Godzilla, c’est qu’on prend les mêmes (avec quelques amis) et qu’on recommence à tout faire péter.

En 1999, aux Philippines, un terrible séisme se produit, entraînant la formation d’un gigantesque cratère, qui selon le Dr. Serizawa (Ken Watanabe) pourrait bien avoir hébergé une quelconque créature. Dans les mêmes temps, une autre catastrophe a lieu au Japon, au sein même d’une centrale nucléaire où travaille Joe Brody (Bryan Cranston), causant la mort de sa femme Sandra (Juliette Binoche). 15 ans plus tard, le fils de Joe, Ford (Aaron Taylor-Johnson), lieutenant dans l’armée et spécialiste des explosifs, s’apprête à couler des jours heureux avec sa femme Elle (Elisabeth Olsen) et son fils à San Francisco. Mais Ford doit aller en catastrophe au Japon récupérer son père, incarcéré après avoir tenté de pénétrer sur le site, mis en quarantaine, de l’ancienne centrale nucléaire. Ford finit par se résoudre à aider son père, déterminé à mettre au grand jour les véritables évènements qui ont causé la destruction de la centrale et la mort de sa femme quinze ans auparavant. Père et fils Brody vont donc découvrir que la centrale est le théâtre d’expériences qui vont amener à délivrer un monstre gigantesque, un Muto. Et le réveil de ce monstre va réveiller d’autres créatures à leur tour… dont la légende : Godzilla.

Bon, j’avoue que je suis surtout allé voir ce Godzilla v.2014 par curiosité, surtout en face de l’enthousiasme général qui a animé la sortie de ce film et ce dès ses premières images. Aussi je vais être clair dès le départ en disant que je trouve Godzilla, certes correct, mais un brin surestimé tout de même. Ce n’est finalement rien de plus qu’un blockbuster lambda. Mais attention, un blockbuster plus intelligent que la moyenne. J’avais d’ailleurs peur que le film vire au discours écolo racoleur mais finalement ce n’est pas le cas et heureusement. L’« intelligence » du film vient surtout de l’aspect résolument soutenu de l’action. Ce qui est sûr, c’est que ce n’est pas un film de destruction massive qui en fout partout et dans tous les coins. Pas de bourrinage intempestif, ce qui est une bonne et une mauvaise idée. Bonne parce qu’on ne tombe pas dans le bas du front débilisant, bref dans de la démolition à la Roland Emmerich (même si le Golden Gate a été à deux doigts d’y passer, ce qui aurait été franchement grotesque et pour le coup, typiquement Emmerichien). Mauvaise parce que quand des scènes de destruction par les monstres sont volontairement « zappées », on se dit quand même que quelque part, c’est un peu de l’arnaque. Ceux qui attendaient que l’on parte dans la destruction made in Transformers en seront pour leur frais. Mais tout de même, le parti pris de ne pas montrer tous les ravages est globalement frustrant. Heureusement le film se rattrape dans la dernière partie où San Francisco subit des dommages grâce (à cause ?) de Godzilla et ses compagnons, le tout de manière assez jouissive (bien plus qu’un Pacific Rim) et avec des images et des effets spéciaux somptueux.

Mais il faut en arriver jusque là et en cours de route, Godzilla perd des points. Si le film se veut plus subtil et moins bourrin que d’autres blockbusters, il ne nous épargne pas une partie du cahier des charges de tout bon blockbuster à savoir le scénario somme toute léger qui frise parfois la platitude confondante. Il n’y a vraiment rien de spécial là-dedans, une fois lancé le film ne propose plus aucun rebondissement notable. Et le rythme global demeure assez lent, comme une grosse intro jusqu’à la puissante bataille finale, émaillée par les cris puissants de Godzilla qui font trembler toute la salle de cinéma. Toujours dans les règles du blockbuster américain (je passe sur les diverses fantaisies scientifiques et les exagérations genre « un groupe de marines met même pas 15 minutes pour rejoindre à pied le port à partir du centre-ville en portant à bout de bras un missile nucléaire qui doit quand même être très très lourd »), Godzilla nous offre également les habituels refrains sur la bravoure, la famille et les enfants à sauver coûte que coûte, etc… et en plus nous balance l’armée pour résoudre tous les problèmes causés par nos amis les animaux préhistoriques sortis de leur sommeil. Et c’est là que ça coince sérieusement pour moi car passé un certain moment, il n’y a plus que les bidasses et leurs missions. Ça finit par virer au film de guerre et honnêtement, j’ai plus eu l’impression d’avoir affaire à un World Invasion : Battle Los Angeles avec des énormes monstres à la place des extraterrestres. Ça n’a aucun intérêt et encore une fois la seule chose vraiment intéressante de Godzilla c’est cette bataille finale, épique à souhait, entre les bestioles. Mais il aura fallu attendre et suivre tant bien que mal ce film (in?)justement plus épique qu’efficace.


Au niveau des acteurs il n’y a ici rien à signaler, mais vraiment rien. Bryan Cranston est plus en mode Hal que Walter White, on aimera ou pas. Ken Watanabe est hyper-lourdingue : son jeu se résume à toujours faire le même regard désespéré au loin, comme s’il voyait que la fin du monde se déroulait à l’horizon. Aaron Taylor-Johnson, méconnaissable après ses rôles dans les deux Kick-Ass, fait le job mais sa performance ne restera pas dans les annales. Tout le reste du casting est affreusement tertiaire et on voit même trois acteurs qui ont participé à la série Continuum (dont Brian Markinson qui était également dans Caprica - avec l’acteur japonais qui jouait le bras droit de Daniel Graystone dans la même série et qui fait une apparition au début du film). Finalement, les personnages plus marquants sont les bestioles, avec bien évidemment Godzilla qui est très joliment mis en images. Ce n’est d’ailleurs finalement pas un film sur Godzilla, mais le monstre japonais a tout de même la classe, et illumine la fin du film dans un « rôle » assez inattendu. Grâce aux compétences de Gareth Edwards (et de son budget), Godzilla s’en tire avec les honneurs, mais souffre malheureusement de trop de clichés blockbusteriens (dont une trop grande présence de militaires à mon goût), alors que certains points du film évitent justement les exagérations hollywoodiennes de manière assumée. Le cul de Godzilla entre deux buildings, quoi. Pour au final, un blockbuster bien fait mais globalement anecdotique, qui n’apporte rien de plus que le blockbuster destructeur lambda, si ce n’est un souffle plus épique bienvenu mais qui tempère l’efficacité qui fait d’habitude le sel de ce genre de productions. « Kaiju Invasion : Battle San Francisco… »
Note : 6.5/10

vendredi 11 octobre 2013

C'est la Fin

L’apocalypse du 21 décembre 2012 (qui n’aura même pas eu lieu ! c’t’arnaque !) aura été une source d’inspiration pour bon nombre de cinéastes, et notamment les comiques. Après le 2012 de Roland Emmerich qui avait pris un peu d’avance (comment ça, ce n’est pas une comédie ?), voilà les retardataires (pourtant 666 était sorti à la bonne date de mémoire…). Suivant de peu Le dernier pub avant La fin du Monde (ou le précédant de peu selon les pays…), voilà C’est la Fin concocté par Seth Rogen et sa petite bande. Enfin, pas de réel opportunisme sur l’apocalypse maya, vu que C’est la Fin est en réalité le portage d’un court-métrage auquel Seth Rogen a participé (Jay and Seth Versus the Apocalypse, datant de 2007), et qu’on parle de l’apocalypse de la bible ce qui est un poil différent. Le tout avec une particularité certaine, vu que tous les acteurs présents jouent leur propre rôle. Avec un pitch simple mais efficace, le tout annonce du grand délire qui semble s’affranchir de la « nouvelle scène » des comédies US pour jouer sur l’autodérision. Je suis loin d’être amateur de l’humour de Rogen, que ça soit dans le pseudo-revival American Pie (SuperGrave) ou les comédies de couple à la Judd Apatow (En cloque mode d’emploi et consorts), ainsi que les trucs connexes (Very Bad Trip), mais bon la bande-annonce envoie du lourd et le pitch est d’enfer (c’est le cas de le dire). Y’aura-t-il l’apocalypse dehors alors que je suis au chaud dans la salle de ciné ?

Jay Baruchel (Jay Baruchel) rejoint son ami Seth Rogen (Seth Rogen) à Los Angeles pour quelques jours, bien qu’il n’aime pas du tout cette ville. Après avoir maté des films en 3D et fumé quelques joints chez Seth, les deux amis acteurs décident de se rendre chez James Franco (James Franco), qui pend la crémaillère de sa maison flambant neuve. Mais tout à coup, c’est l’apocalypse. Incrédules au début, les convives de James Franco vont pourtant se mettre en panique lorsqu’une catastrophe dans Hollywood va emporter quelques-uns de leurs amis acteurs. Cloîtrés dans la maison de James Franco, Jay, Seth, Craig Robinson (Craig Robinson), et Jonah Hill (Jonah Hill), rejoints ensuite par Danny McBride (Danny McBride), vont devoir s’organiser pour survivre et faire face aux caprices de chacun. Entre trahisons et serrage de coudes, la bande de copains acteurs va devoir faire preuve de rédemption pour échapper au jugement dernier…

Le pitch est simple, le résumé est court. On se dit « cool ! » surtout qu’après une introduction obligatoire, le film part d’un coup sans prévenir dans l’apocalypse et de manière ultra-explosive. A partir de là, on se dit que ça va tout déchirer. Sauf que… Seth Rogen n’avait pas vraiment d’idées pour tenir plus d’une heure et demie. Et c’est le drame. C’est la Fin se résume très vite à un huis-clos très bavard où les acteurs-acteurs cabotinent à mort et jouent sur l’autodérision et leurs personnalités de star. C’était prévisible, et le film tourne très vite en rond, ne sachant pas trop quoi faire de son pitch de folie. Il n’y a que vers la fin, quand la bande sort un peu de chez Franco, que le film devient plus palpitant et propose des rebondissements significatifs, mais ça ne vient qu’après un étalage interminable de scènes se résumant à des dialogues, blindés d’humour très référencé (le coup du hipster !), entre stars défoncées à la drogue et à l’alcool. Il faut aussi dire que Rogen et Evan Goldberg ne devaient pas trop avoir de moyens pour faire des effets spéciaux (la scène avec le trou dans le jardin est particulièrement moche, digne des ‘productions’ de The Asylum) et montrer un peu plus ce qui se passe dehors… même si le nerf de la guerre est la quasi-absence de scénario. Les mecs, c’est tout ce que vous avez réussi à pondre ?

Certes, cela fonctionne assez souvent, car Seth Rogen et ses compères ont la science de l’humour gras qui fait mouche, et au final des films comme SuperGrave n’étaient que des brouillons. C’est en-dessous de la ceinture, mais on ne tombe pas dans l’obsession made in Ben Stiller (cf. Voisins du Troisième Type qui m’a vacciné contre ce genre d’humour pendant un bon moment), même si les dialogues sont crus. Il y a notamment une scène hallucinante où Danny McBride et James Franco s’engueulent sur les problèmes de branlette du premier, et l’on se tient les côtes pendant une poignée de minutes. D’autres trucs sont bien fendards, mais le film ne joue absolument pas sur le comique de situation alors qu’il y avait moyen de faire des choses énormes. Il joue aussi sur le Hollywood-bashing avec des acteurs accrocs à la drogue et au sexe, en témoigne le début du film avec un Michael Cera qui auto-pulvérise son propre personnage. Il aurait même été intéressant de voir ce qu’il aurait pu donner dans le film entier sur cette base (car oui, il meurt assez tôt dans le film, c’est dans la bande-annonce qui encore une fois légitime ce que Patrick Timsit dit dans Incontrôlable : « T’as vu la bande-annonce, t’as vu le film »). Les autres personnages sont bien choisis, ayant tous des personnalités différentes qui amènent du piment à leur relations, même s’ils sont plus connus du public américain (je suis peut-être un inculte, mais je ne connaissais ni Jay Baruchel, ni Craig Robinson, et à peine Danny McBride (vu dans Le monde presque perdu)). C’est juste dommage que Emma Watson, présentée en grande pompe, ait juste une scène de 5 minutes et on la revoit plus après, tout comme Rihanna qui aurait eu du potentiel (j’avoue, je trouve qu’elle s’en sortait bien dans Battleship), et une présence féminine aurait pu amener encore plus de piment à cette bande d’acteurs bras cassés. Dont bien sûr il sera difficile de faire des commentaires sur l’acting, hormis un James Franco très convaincant que l’on devrait voir plus souvent dans des comédies. Et le caméo de Channing Tatum vers la fin est juste dantesque, fin du film qui est logique mais un peu trop facile par ailleurs.


Donc bon, C’est la Fin est loin d’être un mauvais film et est plutôt plaisant, on rit souvent et c’est déjà bien pour une comédie. Mais franchement, j’en attendais bien plus ! Avec un pitch pareil il ne fallait pas se contenter d’aussi peu et y mettre plus d’inspiration et de moyens. Les fans de l’humour made in Seth Rogen, et de la « culture » qui va avec (il faut saisir toutes les références et bien connaître les acteurs) seront aux anges et seront sauvés par le halo bleu du paradis. Les autres devront lutter sur Terre au milieu des flammes et seront forcés à subir un huis-clos qui met à mal toutes les promesses d’une pareille comédie. Pour nous conter la fin de l’humanité, on préfèrera largement les facéties du trio Wright/Pegg/Frost à C’est la Fin, même si ce n’est pas comparable (surtout au niveau de l’humour, mais au final l’histoire du film peut faire penser à celle de Shaun of the Dead…). C’est la Fin permet tout de même de passer un bon moment et de s’enquiller quelques rires gras coupables, mais semble finalement terriblement décevant par rapport à ce que l’histoire pouvait apporter. Seth Rogen avait une idée de base géniale mais n’a pas su broder suffisamment autour pour faire un scénario qui tue avec des trucs qui pètent bien. C’est la Fin est au final assez inégal et alterne scènes et dialogues énormes, et passages inutiles qui font plus remplissage dans un esprit « bon ! nos gars sont coincés dans la maison, ils font quoi maintenant ? ». Trop limité, parfois trop attendu et dans la globalité, frustrant. Et c’est fini !
Note : 6/10

vendredi 30 août 2013

Le dernier pub avant La fin du monde

Edgar Wright + Simon Pegg + Nick Frost. Le trio infernal qui a enfanté la série méconnue Spaced au début des années 2000 (tellement méconnue que je ne l’ai toujours pas vue…) s’est bien vite mis au cinéma pour donner naissance à une trilogie infernale baptisée « Blood and Ice Cream » (parce qu’il y a du sang et des Cornettos), créant leur propre patte au sein de comédies déjantées. Shaun Of The Dead est déjà un film culte mais personnellement je ne l’ai jamais trop aimé, c’est une comédie d’horreur banale et poussive juste portée par sa réalisation et ses acteurs. En revanche, Hot Fuzz est une tuerie intergalactique, délivrant un scénario malin, des gimmicks qui arrachent et une fin qui dépote. Après une absence de 6 ans marquée par un film du duo Pegg-Frost sans Edgar Wright (Paul), voilà le retour tant attendu du trio britannique pour clore cette trilogie dans une certaine apocalypse. On avait attendu les extraterrestres (qui ont finalement débarqué pour Paul), on attendait la fin du monde (le film devait à la base sortir aux alentours du 21 décembre 2012…), on aura les deux dans Le dernier pub avant La fin du monde, ainsi que comme prévu du sang (même si c’est un sang un peu particulier…) et de la glace (même s’il faut l’attendre !). Et l’humour corrosif du trio de même que la mise en scène coup-de-poing. La totale.

A la fin des années 80, une bande de 5 potes décide de faire en une soirée le « barathon de la voie maltée » dans une charmante bourgade anglaise, Newton Heaven : il s’agit de déguster une pinte de bière dans chacun des 12 bars de la ville, jusqu’au dernier répondant au nom de « La fin du monde ». Mais l’échappée tourne court et le quintette s’arrête à 9 bars. 20 ans plus tard, Gary (Simon Pegg), ado attardé fan des Sisters Of Mercy, décide de retrouver ses potes pour refaire et terminer ce qu’ils avaient commencé. Peter (Eddie Marsan), concessionnaire auto très attaché à sa femme et à son père, Oliver « Le maudit » (Martin Freeman), agent immobilier qui ne lâche pas son oreillette bluetooth, Steven (Paddy Considine), travaillant dans le bâtiment et adepte de muscu, et Andy (Nick Frost), chef d’entreprise épanoui mais renfermé, finissent par accepter de suivre Gary dans sa quête, malgré la forte réticence d’Andy qui s’était méchamment brouillé avec Gary suite à un fâcheux accident. Alors que les 5 potes entament la tournée, se remémorant les bons vieux moments et réglant leurs comptes, ils vont se rendre compte que leur bourgade natale a été envahie par des robots extraterrestres… Le quintette, accompagné de la sœur d’Oliver (Rosamund Pike), va alors se disputer sur la marche à suivre pour se tirer de la galère, les pintes s’accumulant dans le gosier n’aidant pas… tandis que Gary est bien déterminé à finir le barathon coûte que coûte.


D’emblée, je vais évacuer les quelques défauts de Le dernier pub avant La fin du monde histoire d’en finir : on notera déjà que la Edgar Wright touch est un peu moins incisive que par le passé, abandonnant presque certains gimmicks des deux premiers films comme les expressions qui reviennent systématiquement une deuxième fois, au contraire des habituels gags. Les dialogues sont moins percutants, à l’image des héros du film finalement : ils ont mûri et sont plus sérieux. Le scénario, bien moins étoffé que celui de Hot Fuzz, n’entretient pas le « mystère » comme avait pu le faire avec brio Shaun Of The Dead également. Au final, après 40 minutes qui servent en quelque sorte d’introduction (le sujet l’exige comme pour les deux autres films), on est direct plongé dans la véritable intrigue et à partir de là, c’est effectivement l’apocalypse filmique et la tuerie. Edgar Wright s’est lâché dans les scènes de bagarres et nous envoie du jamais-vu chez lui, souvent hallucinantes et terriblement jouissives, avec des prises vachement techniques et même de véritables mouvements de catch ! Ce n’est pas cette fois-ci que le déjanté et la WTFerie seront mis de côté, et au final Le dernier pub avant La fin du monde et sans concession le film le plus original et le plus barré du trio. Hormis le premier tiers pépère, ça va à cent à l’heure et ça aligne les poursuites, bagarres et violentes prises de tête entre potes dans un joyeux bordel drôle et efficace. J’ai eu peur que le film soit plat et parte dans le n’importe quoi décevant : il n’en est rien et Le dernier pub avant La fin du monde est tout simplement un pur film dans la tradition Wright/Pegg/Frost, même si un peu différent des deux précédents opus de la trilogie.

Côté scénario, on continue à distiller quelques éléments au fur et à mesure comme d’habitude, permettant de fluidifier et de comprendre l’histoire (et de balancer des guests savoureux comme l’inattendu Pierce Brosnan), mais c’est tout de même moins passionnant que Hot Fuzz. Mais comme toujours c’est un prétexte pour envoyer la sauce dans d’excellentes scènes et on en redemande. Comme toujours chez Edgar Wright, les acteurs sont tous excellents : Simon Pegg est méconnaissable en gothique alcoolo, il cabotine pas mal mais ça change radicalement de Mission Impossible et Star Trek et ça fonctionne. Nick Frost lui vole presque la vedette en fin de film, grâce à un personnage dont le comportement évolue au fil de l’histoire. Martin Freeman, cantonné à des seconds rôles effacés après H2G2 (oui, même dans Le Hobbit on ne le voit pas beaucoup !), a enfin ici un second rôle complet et intéressant. Paddy Considine, dans un rôle presque à contre-emploi, est également excellent tout comme le méconnu Eddie Marsan qui campe le personnage le plus naïf dans la bande. Rosamund Pike tient également un rôle à contre-emploi et s’en sort bien. Après le très Buddy Movie Hot Fuzz, Edgar Wright s’élargit de nouveau à une bande complète et les acteurs portent une nouvelle fois un film délicieusement déjanté, avec des codes bien singuliers de comédie mais aussi d’action, de fantastique et de science-fiction.


Il est juste dommage que Le dernier pub avant La fin du monde se termine sur un grand final dispensable et un peu maladroit, mais ce n’est pas très grave et c’est finalement logique. La trilogie Blood and Ice Cream se termine en apothéose, même si à mon sens Hot Fuzz restera à jamais la plus grande réussite du trio Wright/Pegg/Frost. Le dernier pub avant La fin du monde surpasse déjà pour moi Shaun Of The Dead qui n’était finalement qu’un round d’essai. Ce troisième opus démarre timidement et on a vu les compères plus inspirés pour les dialogues (peut-être est-ce à cause de la VF ? déjà que Pegg et Frost n’ont toujours pas de doubleur attitré…) ainsi que pour les gimmicks incisifs, mais vu que la partie « à fond » du film en constitue tout de même la grande majorité, il serait dommage de bouder ce film pour du pinaillage. Le dernier pub avant La fin du monde est une bonne tuerie jouissive, fun et nawakement contrôlée, c’est l’essentiel et si le trio anglais a fait un peu mieux par le passé, il n’a pas perdu son goût unique pour la comédie transgenre qui fait mouche, servie par des acteurs en forme. Le dernier Cornetto avant l’apocalypse !
Note : 8/10

vendredi 12 avril 2013

Oblivion


« Into the oblivion… In the world of light… I never saw the sun ». Dès que je pense à Oblivion, j’ai tout de suite en tête le refrain du morceau du même nom du groupe finlandais Black Sun Aeon. Rien à voir et il pourrait bien être remplacé par le superbe thème concocté par M83 pour ce film. Oblivion, c’est quoi alors ? Le nouveau film qui va financer l’Eglise de Scientologie ? Peut-être mais à la base, c’est un roman graphique. Une adaptation de comics, le pur repoussoir à puristes. Pourtant, ils devraient tout de suite prendre en compte le fait qu’un de ses co-auteurs, Joseph Kosinski, est réalisateur/producteur/metteur en scène du film adapté de sa propre œuvre, donc en principe il ne devrait pas y avoir de trahison à l’horizon (enfin, je n’ai pas lu ce comics pour vérifier et je n’ai aucune intention de le faire). On aura déjà reconnu en Joseph Kosinski le réalisateur de Tr0n Legacy, ce film à l’univers unique et prenant à demi saboté par Disney et ses bons sentiments. Pas de Disney à l’horizon pour Oblivion, second film de Kosinski qui va présenter un ton à priori légèrement différent. Tron Legacy avait déjà pour lui un visuel de haute volée, et dès les premières images on voit bien que Oblivion va prendre le même chemin, et Kosinski semble avoir la main pour nous livrer des images léchées dans le domaine de la science-fiction. C’est déjà un argument plus que notable pour se déplacer en salles, reste à voir le contenu du contenant et à ce titre, Tron Legacy pêchait fortement, et Oblivion n’annonce pas mieux au vu de la bande-annonce qui ne promet pas grand-chose au niveau du scénario. De toute manière, le film est surtout présenté au grand public comme « le retour de Tom Cruise dans un film de science-fiction », et l’attente n’est finalement pas plus grande que ça. Et pourtant…

En 2077, notre bonne vieille planète Terre est en ruines. Le résultat d’une guerre qui a duré une soixantaine d’années : après avoir fait explosé la Lune, des extraterrestres surnommés les chacals (on dit des chacaux non ?) ont provoqué un chaos naturel sur Terre, avant de l’attaquer et de provoquer un conflit nucléaire. L’humanité a finalement gagné la bataille, mais la Terre est devenue inhabitable, rongée par les radiations et les paysages de dévastation. Les humains ont trouvé refuge sur le « Tet’ », une gigantesque base tétraédrique en orbite, qui sert de transition à la nouvelle planète d’accueil des humains, à savoir Titan le bien connu satellite de Saturne. Une équipe comprenant un technicien, Jack (Tom Cruise), et une chargée de télécommunications, Victoria (Andrea Riseborough), est néanmoins postée sur Terre au sein d’une base perchée dans les nuages, afin d’assurer la maintenance d’usines automatisées pompant l’eau des mers et surtout des nombreux drones de surveillance qui parcourent la planète. Le taf du « Tech-49 » Jack Harper consiste donc à aller réparer les drones endommagés par les quelques chacals restant encore sur Terre. A deux semaines de la quille, le duo de surveillants va néanmoins être confronté à une série d’évènements inattendus, dont le crash d’un vaisseau sur la planète après l’interruption d’un mystérieux signal émis depuis les restes de l’Empire State Building. Jack va retrouver dans les décombres du vaisseau une survivante, Julia (Olga Kurylenko), que les drones ont pourtant cherché à éliminer. Et cet évènement puis la capture de Jack par une peuplade d’humains rebelles restés sur Terre et menés par le mystique Malcolm Beech (Morgan Freeman) va révéler une cascade de secrets sur ce qui se passe, et sur ce qui s’est passé, sur Terre…

« Drones de merde ! »

On pouvait donc s’attendre à un film visuellement époustouflant mais au scénario bien creux ou trop nébuleux. Eh bien… c’est quasiment l’inverse qui se produit. Bon, le visuel n’est pas dégueulasse, loin s’en faut. Il est même tout à fait excellent. Les vastes étendues dévastées, parfois enneigées ou montrant des ruines de monuments bien connus, sont somptueuses. L’aspect high-tech est parfaitement mis en place avec des décors léchés et des vaisseaux jolis, les fameux drones tout ronds ont même une bien bonne bouille. Mais le film n’est pas du tout contemplatif, ce qui est bon et mauvais : bon parce qu’on ne sombre pas dans l’excès inutile et mauvais parce qu’il y avait peut-être de la place pour varier un peu les paysages, évoquant surtout l’Islande ou l’Est de la Sibérie. De toute manière, le problème est ailleurs. Si Kosinski a de la ressource du côté visuel, on voit bien où sont ses influences et au final, les images d’Oblivion n’ont pas grande originalité si ce n’est les vaisseaux/drones qui lui confèrent sa personnalité. Prometheus, Moon, Predator (pour les chacaux) et bien sûr Tron Legacy viennent immédiatement à l’esprit (surtout le dernier pour quelques scènes d’« intérieur »), en plus d’un tas d’autres films post-2001 Odyssée de l’Espace. Le visuel est donc beau et accrocheur, mais ce n’est pas la claque annoncée, la faute à un criant manque d’originalité et une resucée des codes SF en vigueur depuis de nombreuses années.

Inutile donc de dire qu’une fois qu’on est « rentré » dans l’univers visuel d’Oblivion, plus rien ne surprend et il faut s’accrocher. Surtout que c’est maintenant le scénario, dont on pouvait attendre un grand vide, qui va prendre le relais… Et de ce côté Oblivion nous fait bien mariner. Au début, on suit juste les pérégrinations de Jack et Victoria dans leurs missions quotidiennes. Puis il arrive un truc pas normal. Puis un autre. Et ainsi de suite jusqu’à la découverte de Julia, qui dit-quelque-chose-tiens-donc à Jack mais ce dernier a dû se faire effacer la mémoire pour s’engager dans sa mission de technicien. Puis Jack se fait capturer par les hommes de Malcolm. Puis là, on commence à avoir quelques révélations, mais c’est diablement confus, et on ne voit pas vraiment où le film veut en venir, ni où il veut nous mener. Puis une autre révélation, très fracassante, survient (même si on a déjà vu révélation similaire dans un autre film de SF trop méconnu…). A partir de là, tout se délie et on finit par comprendre la gigantesque embrouille, mais ceci aux ¾ du film environ… Donc le moins que l’on puisse dire, c’est que Oblivion sait ménager son suspense et nous fait tourner en bourrique, et on remarque finalement que le film a distillé quelques éléments « pas très nets » depuis le début… Le twist final, évaporant toute confusion et ne laissant pas de choses inexpliquées, est finalement parfaitement amené et réussi, débouchant sur une conclusion spectaculaire (pour un film qui met de l’action juste là où il y en a besoin). C’est là que se situe la vraie force de Oblivion, à réussir à distiller progressivement un scénario malin qui efface rapidement toutes les approximations ou légères longueurs que l’on pouvait déplorer au début. Au final, on se laisse emporter par cette histoire tordue mais convaincante, qui créé un bon équilibre global dans le film, au lieu de nous proposer un visuel sublime et une histoire façonnée à la truelle comme on pouvait s’y attendre, et c’est là que se situe la surprise.

Pour une fois, je vais zapper mon paragraphe sur les acteurs, car il n’y a rien à dire. Kosinski a encore du progrès à faire niveau direction d’acteurs, surtout que sur Tron Legacy c’était déjà pas très folichon…  Tom Cruise fait du Tom Cruise, il a fait mieux et pire à ce niveau. Andrea Riseborough, inconnue au bataillon, est mignonne à faire la paniquée mais c’est tout. Olga Kurylenko, c’est l’équivalent de Olivia Wilde dans Tron Legacy : elle ne fait pas grand-chose de significatif mais est agréable à regarder. Tout le reste, Morgan Freeman y compris, c’est du très secondaire voire du tertiaire. Le personnage le plus en vue, c’est presque le drone 166 en fait… Enfin bref, niveau acting c’est du vide mais bon, ce n’est pas très important au final. Ce qui comptait, c’était le visuel, qui est très bien mais peu original. Et donc c’est finalement le scénario, passionnant et qui fait bien mariner et torturer son monde pour exploser sur la fin, qui tire son épingle du jeu, nous amenant à un équilibre parfait. Joseph Kosinski est très influencé aux niveaux visuel et scénaristique, mais Oblivion tient franchement la route (surtout pour un deuxième film), quand bien même les amateurs de SF seront en terrain connu en tous points. Tant de reproches à faire, un film qui pour l’instant ne fait pas trop réagir (pour se faire défoncer à terme par ceux qui ont tout vu et qui vont prétendre avoir tout compris en 5 minutes ?), mais malgré tout un film globalement réussi et bien bon. Meilleur que Tron Legacy déjà (même si c’est pas trop, voire pas du tout comparable), au minimum sympathique et agréable à regarder et à suivre, dont je vais être généreux sur la note parce qu’il m’a bien bluffé sur la fin. Et dans l’ensemble, il ne révolutionne rien (c’est le moins qu’on puisse dire) et n’est pas le film de science-fiction du siècle (ni même de l’année, sans trop me mouiller je pense que Elysium va rafler la mise), mais vaut quand même le coup d’être vu et surtout, permet de passer un très bon moment (ce qui est aussi un des objectifs du cinéma grand public non ?).

Note : 8/10

vendredi 15 mars 2013

Cloud Atlas


Grandiose. C’est le mot que l’on pouvait prévoir de mettre derrière Cloud Atlas, cette adaptation de roman assurée par les frè… euh, par frère et sœur Wachowski accompagné de Tom Tykwer. Un film de presque 3 heures constitué de plusieurs histoires à plusieurs époques qui se croisent, se décroisent et sont liées, dans leur déroulement ou leur philosophie. Le duo Wachowski, qui n’avait plus donné signe de vie significatif depuis le troisième Matrix hormis Speed Racer (film dont j’ai tenu les 10 premières minutes, pas beaucoup plus), est donc de retour pour un projet ambitieux et fracassant, particulièrement épique à première vue. Les promesses sont grandes mais la présentation déroutante, semblant user et abuser de la philosophie nébuleuse qui avait (hélas) fait le sel des Matrix. Au programme, 6 histoires pour 6 segments de film, organisés d’une façon particulière, et brassant large entre perspectives historiques et pure science-fiction. Il faut se préparer à digérer la bête, bête dont je n’attendais à vrai dire rien de particulier, Cloud Atlas semblant typiquement être un genre de film « tout ou rien ». Installons-nous dans le fauteuil noir pour prendre part à ce voyage à travers les âges…

Cloud Atlas est donc clairement divisé en 6 segments, voyons déjà ce que nous réserve chacun d’eux :
1849 : Adam Ewing (Jim Sturgess) est un avocat embarqué au bord d’un bateau ralliant la Nouvelle-Zélande, où il a conclu un arrangement financier pour son beau-père (Hugo Weaving), à San Francisco sa ville natale. Malade et soigné à bord par le Dr Henry Goose (Tom Hanks), il va prendre sous son aile Autua (Daivd Gyasi), un esclave noir qui va être affranchi grâce à ses talents de matelot.
1936 : Poursuivi par des créanciers, Robert Frobisher (Ben Whishaw), un artiste qui a une liaison avec Rufus Sixsmith (James D’Arcy), va trouver refuge et travail auprès du compositeur Vyvyan Ayrs (Jim Broadbent). Ce dernier va néanmoins tenter de s’approprier les propres compositions de Frobisher, qui continue à rester en contact avec Sixshaw par le biais de nombreuses lettres.
1973 : Louisa Rey (Halle Berry), une journaliste, mène des enquêtes entre les lobbys du pétrole et de l’énergie nucléaire. Sa vie va être ainsi menacée par le tueur Bill Smoke (Hugo Weaving), qui sous les ordres de Lloyd Hooks (Hugh Grant) a déjà commis plusieurs assassinats dont celui de Rufus Sixsmith (James D’Arcy), qui disposait d’infos pour Louisa compilées dans un dossier.
2012 : Timothy Cavendish (Jim Broadbent), un éditeur, doit une importante somme d’argent à un de ses clients, Dermot Hoggins (Tom Hanks). Après avoir demandé de l’aide à son frère Denholme (Hugh Grant), ce dernier va placer Timothy à l’insu de son plein gré dans une maison de retraite bien gardée. Timothy va, avec quelques résidents, organiser une évasion.
2144 : Dans un Séoul futuriste, Sonmi-451 (Doona Bae) est une clone utilisée comme serveuse dans un restaurant fantaisiste. Hae-Joo Chang (Jim Sturgess) va la faire évader, la considérant comme une élue pour mener une rébellion (l’Union) contre le pouvoir en place (l’Unanimité). Elle raconte son histoire à un Archiviste (James D’Arcy).
???? : Dans une époque indéterminée, Zachary (Tom Hanks) fait partie d’une tribu au mode de vie primitif, vivant dans une vallée dans un monde post-apocalyptique. La tribu reçoit la visite des Prescients, une civilisation plus évoluée. Meronym (Halle Berry), une des préscients, sollicite l’aide de Zachary pour atteindre une station de communications dans les montagnes. Mais Zachary est à la fois hanté par Georges (Hugo Weaving), un démon qui lui dicte ses comportements, et par les prophéties de l’Abbesse de sa tribu (Susan Sarandon)…


Après une introduction de tous les segments dans l’ordre chronologique, le développement de Cloud Atlas va pouvoir débuter et il va falloir s’y retrouver. En effet, on passe d’un segment à l’autre sans prévenir et ce sans cesse, chaque séquence ne durant que quelques minutes avant que l’histoire ne se poursuive sur un autre segment, avec néanmoins toujours une liaison par un bout de dialogue. Au fur et à mesure de l’évolution du film, les segments n’ont d’ailleurs pas la même importance relative. Une bonne partie du film se calque sur les segments 2144 et ????, puis sur les segments 1936 et 1973, et ainsi de suite… pourtant, le film et sa narration sont vachement fluides, ce qui constitue un sacré tour de force en soi. On ne sombre jamais dans le nébuleux et l’incompréhensible, car même si le scénario de chaque segment reste individualisé dans l’absolu, on arrive parfaitement à s’y retrouver et on oublie rien en cours de route. Si à première vue Cloud Atlas raconte donc 6 histoires en même temps et en sautant à l’envi d’une à l’autre, on se rend vite compte que les segments sont liés, de manière plus ou moins évidente. Peu de personnages apparaissent dans deux segments à la fois. Adam Ewing, personnage central du segment 1849, est évoqué dans le segment 1936 de par son livre de voyage. Sixsmith apparaît, à deux âges différents, dans les segments 1936 et 1973, et les lettres de Frobisher ainsi que ses œuvres musicales bénéficient de l’intérêt de Louisa dans le segment 1973. Dans le segment 2144, on voit un film adapté des aventures de Cavendish du segment 2012. Enfin, Sonmi-451 du segment 2144 est considérée comme une divinité par les personnages du segment ????. Tout ceci ne sont que les liens évidents entre segments, pour le reste c’est un peu plus flou. Il y a bien évidemment bon nombre de clins d’œil d’un segment à un autre, comme par exemple des dialogues repris au mot près. Mais même si tout est lié, ce qui était le postulat de départ, il est parfois difficile de comprendre clairement les différentes liaisons, et l’aspect « personnages qui se répondent à travers les âges » est presque totalement faux. Certains segments paraissent alors inutiles au final, notamment le 1849 et le 2012.

Si tout s’imbrique et s’emboîte dans une cohérence tout à fait maîtrisée, chaque segment est pourtant indépendant de par son ton et par son intérêt. Le segment 1849, ancré dans un apparat « historique », est clairement orienté contre l’esclavage (ce qui est toujours le cas quand le sujet est abordé bien évidemment), et est loin d’être le plus intéressant surtout qu’il y a peu de rebondissements. Le segment 1936 est centré sur la personnalité particulière de Frobisher, il est d’ailleurs presque conté comme une autobiographie de par les lettres que Frobisher fait parvenir à Sixsmith. Sa relation tendue avec Ayrs reste un des points forts du segment, qui est bien raconté mais sans plus. Le segment de 1973 est le plus riche, faisant intervenir plus de rebondissements et de personnages au service d’un scénario de thriller, mais ne se distingue pas par son originalité outre mesure. Le segment de 2012 est le plus WTF, car il prend une tournure très comique avec les pérégrinations de Cavendish dans sa maison de vieux, qui vont comploter contre la direction. Le début marqué par un pétage de plombs de Hoggins est tout à fait croustillant. Mais c’est le segment qui est le plus indépendant des autres, et le fait que le ton tranche carrément avec le reste nous fait tout de même demander ce que cette histoire incongrue fout au beau milieu de tout ça. Les segments futuristes sont heureusement, et de loin, les plus intéressants du lot. Celui de 2144 est le plus visuellement réussi, le plus varié (c’est le seul à comporter un tant soit peu d’action) et le mieux raconté, les Wachowski ont vraiment fait un excellent taf sur ce segment, qui aurait même mérité d’avoir un film à lui tout seul tant les possibilités semblent grandes à partir du peu de disponible au sein de Cloud Atlas. Enfin le segment ???? est tout à fait captivant de par son atmosphère post-apocalyptique particulière, et de par la confrontation de deux civilisations aux technologies radicalement opposées, en plus de décors (naturels et artificiels) somptueux. Si l’on est obligé de tout « subir » de par la narration qui mélange toutes les histoires, il faut à la fois reconnaître que chaque segment reste bien ancré dans son ambiance qui lui est propre, et à la fois que tout l’intérêt du film repose sur le fait d’avoir marié le tout en une seule traite de 2h45min, ce qui rend finalement l’ensemble assez prenant avec très peu de passages à vide. Si tous les segments avaient été étalés un à un, le résultat aurait probablement été bien moins saisissant.

Néanmoins, la promesse de voir « des acteurs incarnant plusieurs personnages à diverses époques » est un peu faussée. Si Tom Hanks est clairement l’acteur le plus présent, avec des rôles secondaires très significatifs, le rapport est loin d’être évident pour tous les autres, jouant parfois des rôles tertiaires voire carrément de la figuration. Halle Berry tient deux rôles importants, dans les segments 1973 et ????, mais à part ça c’est quasi-nada. Pareil pour Jim Sturgess dans les segments 1849 et 2144. Jim Broadbent n’a son importance que dans le segment 2012, où il est d’ailleurs bien seul, bien que son rôle dans le segment 1936 soit également significatif. Ben Whishaw n’est en vue que dans le segment 1936 où il est le personnage principal. Hugo Weaving joue quant à lui un rôle secondaire dans tous les segments. Doona Bae est la star du segment 2144, évoquée largement dans le segment ????, et on ne le revoit guère que dans la conclusion du segment 1849. Susan Sarandon, Hugh Grant et quelques autres n’ont que des rôles secondaires à droite et à gauche. Bref, la galerie d’acteurs promise qui joue X rôles à travers les âges, c’est légèrement de la poudre aux yeux et on pouvait s’imaginer que le lot d’acteurs constituerait une troupe pour chaque époque, mais ce n’est pas le cas. Mais au final, c’est presque tant mieux car ça évite de faire partir le film dans tous les sens. Mettre un ou deux personnages au centre de chaque segment était la meilleure chose à faire, certains étant de toute façon méconnaissables entre un segment et un autre, le plus flagrant étant Jim Sturgess dans les segments 1849 et 2144 (même si dans ce dernier, le fait qu’il soit grimé en coréen est un peu too much et trop artificiel, de la même manière Hugo Weaving ressemble à un monsieur Spock…). Comble de la curiosité, Ben Whishaw et Hugo Weaving jouent tous les deux dans le segment 2012 un rôle… de femme. En ce qui concerne le jeu d’acteurs en lui-même, il n’y a rien de particulier à signaler, mais tous sont convaincants dans leurs divers rôles respectifs. C’était la moindre des choses après tout…

Alors ensuite vient la question épineuse de la morale, du message, du but de tout ça. Notons déjà que la longue bande-annonce ne met en avant que les dialogues « philosophiques » de Cloud Atlas, et que le film est loin de verser dans des discours pompeux pendant 2h45. Du coup, ce film demeure plutôt accessible (tout est relatif), réservant plusieurs niveaux de lecture. On peut donc se contenter de suivre le film et ses segments sans forcément avoir à se creuser la tête pour chercher les explications morales, s’attarder sur les détails qui lient les segments est nettement plus passionnant. Du coup je ne dirai rien sur la quelconque « morale », parce que je suis totalement passé à côté de cet aspect, et de toute façon je m’en tamponne. Non, le plus intéressant est définitivement de suivre ce film qui constitue un habile mélange des genres particulièrement bluffant et maîtrisé. Tout n’est pas parfait parce que les segments sont inégaux, mais la fluidité de la narration fait qu’on peut facilement y passer outre, car on saute vite d’une histoire à une autre et la lassitude n’a pas le temps de s’installer. Le film a même quelques relents de « ah oui tiens, y’a encore l’histoire de ceux-là », sans tomber dans l’extrême à la Seigneur des Anneaux où l’on prend des nouvelles de chaque lot de personnages toutes les demi-heures. Inclassable, car donnant l’impression de regarder plusieurs films en même temps, seulement liés par des détails petits ou gros, Cloud Atlas est résolument une expérience cinématographique à vivre. Science-Fiction, anticipation, post-apo, comédie plus ou moins dramatique, aventures, thriller, film historique, il y a un peu de tout et contrairement à ce qui avait été annoncé, je trouve qu’il y a finalement bien peu de romance (à part le segment 1936) ou de « fable sur l’amour, l’au-delà et blablabla de je-ne-sais-plus-trop-quoi pompeux et rébarbatif ». Au final, les 2h45 de Cloud Atlas sont prenantes et passionnantes (et réserve même en toute fin de film un coup de théâtre sur le segment ????), et globalement ce film est une réussite, malgré quelques petits défauts. Dense, nécessitant une certaine immersion, mais tout de même relativement digeste et de toute manière, superbement mis en images et interprété. Peut-être qu’avec encore peu de choses, Cloud Atlas aurait pu être un véritable chef d’œuvre, mais dans l’absolu je suis tout à fait convaincu et ce film tient bien sa promesse initiale : il est grandiose.

Note : 8.5/10