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mardi 25 octobre 2016

Jack Reacher : Never Go Back


Jack Reacher : Never Go Back (ou Jacques Richert : ne r’viens jâmais ôn ârrière hé au Québec) fait suite à Jack Reacher (tout court) qui date de 2012. Enfin « fait suite », ce n’est pas tout à fait exact, car pour une fois ce « 2 » n’en est pas vraiment, voire pas du tout, ce n’est ni une suite ni un prequel (préquelle au Québec - c’est peut-être un quelconque mot d’argot tiens). Tout simplement parce que chacun des deux films sortis sur le personnage de Jack Reacher sont adaptés des bouquins éponymes de Lee Child. Si le premier film s’attardait sur le 9ème tome dénommé « Folie Furieuse », Never Go Back adapte lui la 18ème des aventures du personnage ici campé par Tom Cruise. Enfin bon, ça pourrait tout de même être une suite… mais non. Le seul rapport est ici Jack Reacher. Tout ceci pour faire suite pour adapter une autre aventure du redresseur de torts américain. Et il faut dire que le premier film avait été une bonne surprise, entre actioner pas trop explosif et thriller à scénario retors. Il avait été aussi porté par un héros légèrement badass, dépeint sous un angle plus réaliste que la moyenne, bien mis en valeur au sein d’un film sombre un petit peu amoral par moments. Cela avait d’ailleurs suffi à donner un coup de pouce à Christopher McQuarrie, qui a ensuite continué à collaborer avec Tom Cruise pour quelque chose de bien plus gros, à savoir Mission Impossible 5 : RogueNation. McQuarrie a d’ailleurs du renoncer à tourner cette suite ce 2ème opus de Jack Reacher. Edward Zwick a récupéré le bébé, qui a un challenge assez simple finalement, faire-aussi-bien-que-le-premier.

Jack Reacher (Tom Cruise), l’ex « major » de l’armée américaine chargé d’enquêtes internes, continue à vagabonder et à jouer les justiciers. C’est ainsi que pour le compte du Major Turner (Cobie Smulders), il arrête un flic corrompu qui s’adonnait à du trafic de clandestins. Jack sympathise avec Turner et souhaiterait même un petit peu la rencarder. Il finit par venir à sa rencontre à sa base, mais sur place, il apprend que celle-ci a été mise aux arrêts, pour des prétendus faits d’espionnage sur des dossiers sensibles en Afghanistan. Ne croyant pas à ces accusations, il finit par fourrer son nez dans ces affaires. En cavale, Reacher et Turner sont donc poursuivis par la police militaire et aussi par la société ParaSource, sous-traitant indépendant de l’armée qui serait mêlé au complot, et qui a envoyé son meilleur élément (Patrick Heusinger) pour chasser les fugitifs… Pour couronner le tout, Reacher découvre qu’il serait père d’une fille de 15 ans, Samantha (Danika Yarosh), qui va également se retrouver menacée par les évènements…


Alors, on prend les mêmes le même et on recommence ? Cela aurait pu être le credo facile de Jack Reacher : Never Go Back, mais la réalité sera plus complexe que ça. Totalement indépendant de Jack Reacher premier-film-du-nom, à tel point qu’on aurait même pas eu besoin de voir le premier film si ce n’est pour mieux connaître le héros, Jack Reacher : Never Go Back tranche avec son « prédécesseur » et porte bien son nom : ne jamais revenir en arrière (comme le disait Clovis Cornillac dans Eden Log), continuer à fuir. Après un Jack Reacher qui exploitait à fond son « enquête » et ses ramifications, ce film se pose comme une grosse course-poursuite. Avec bien peu de temps morts même si la seconde partie du film est un peu plus posée grâce au personnage de Sam’, Jack Reacher : Never Go Back est donc plutôt haletant. Toujours à la lisière entre Action et Thriller, ce film remplit aisément son office et ce qu’on attend du genre. Et retient les bonnes leçons qui jalonnaient la première aventure, à savoir un côté plus réaliste, jusque dans les combats, toujours aussi efficaces et durs : ici, pas de John McClane increvable, les héros et némésis ont mal après 2-3 coups, faiblissent, et ont même du mal à se remettre. Plus viscéral et organique que la moyenne, ces deux opus de Jack Reacher sont donc assez rafraîchissants et offrent une autre vision de ce qu’on voit d’habitude dans les blockbusters. Ajoutez à ça de petites pointes d’humour (le coup de la « berline noire » est savoureux) et la personnalité de Reacher, qualités comme défauts, toujours bien présente, et on parvient à tenir à nouveau la cadence et la forme de Jack Reacher même si des changements radicaux sont apparus sur le fond, au niveau du scénario comme des à-côtés.

Moins sombre (et plus avare en punchlines aussi), Jack Reacher : Never Go Back peut apparaître moins efficace que Jack Reacher, mais l’ensemble tient tout de même la comparaison de manière plus qu’honnête. Si c’est surtout le rythme qui rend le film haletant, on pourra toutefois regretter le scénario mystérieux de l’autre opus (qui se finissait abruptement d'ailleurs). Ici tout paraît trop simpliste, et certains rebondissements sont prévisibles. C’est un peu dommage dans l’absolu mais l’équilibre s’est déplacé ailleurs. Tom Cruise a bien renfilé le costume du jusqu’au-boutiste Jack Reacher, le personnage est toujours malin et perspicace même s’il met moins en valeur ces qualités ici, préférant ses aptitudes au combat. Dans le rôle du némésis, Patrick Heusinger succède bien à Jai Courtney, même si là aussi leurs personnalités sont bien différentes, même si nous tenons deux bons méchants impitoyables. Le bémol me semble être Cobie Smulders, qui fait trop « Agent Hill » et n’apporte pas de réelle plus-value. On s’attardera plus sur Danika Yarosh, un peu en mode « Britt Robertson dans Tomorrowland », même si elle se retrouve dans un Thriller autrement plus réaliste. Le reste est diablement secondaire et ça manque même de gros noms outre le duo Cruise-Smulders (et encore, elle n’est guère connue que des suiveurs de Marvel et de How I Met Your Mother…), on retiendra quand même Robert Knepper et son sourire bien vicieux en guise de Big Boss des peu fréquentables ParaSource.


Avec son final moins épique, Jack Reacher : Never Go Back est tout de même un peu inférieur à Jack Reacher, qui se bonifie avec le temps d’ailleurs. Mais il est difficile de comparer les deux opus de manière brute, tant ils se distinguent sur de nombreux points, tout en gardant savamment certains éléments. Mais même le personnage de Jack Reacher n’y fait pas forcément la même chose, ce qui donne un univers bien varié et ce en deux films seulement. Après un premier opus prenant et méticuleux, ce second volet reste accrocheur et suffisamment efficace, jouant plus sur son côté course-poursuite haletante, au détriment d’une histoire plus consistante. D’ailleurs le pan de l’histoire concernant Reacher et Samantha semble un peu de trop, mais ma foi, si c’est dans le bouquin… Jack Reacher : Never Go Back ne fait pas insulte à son prédécesseur, au contraire il parvient aisément à le compléter grâce à son traitement sensiblement différent. Ensuite, il est vrai que Jack Reacher avait pour lui son côté plus froid autour de son personnage intelligent mais sans pitié, mais c’est une question de goûts. Peut-être trop classique pour un actioner-thriller, Jack Reacher : Never Go Back est pourtant plus qu’honnête en son genre, qui fait bien son office à cette période de l’année (en plus les évènements se passent au moment d’Halloween, c’est le bon moment), loin des blockbusters de l’été que l’entité Jack Reacher n’a peut-être pas la prétention d’égaler. Si vous voulez bien donner à nouveau 0.003% du prix du billet à l’Eglise de Scientologie, Jack Reacher : Never Go Back sera un bon divertissement pour sortir de votre grotte pendant les vacances de Toussaint… c’est ça de pris, en attendant d’éventuelles autres aventures, et il y a du stock.
Note : 7.5/10

lundi 10 octobre 2016

Limitless


On le sait, la non-utilisation d’une partie de notre cerveau, c’est qu’une légende, c’est scientifiquement inexact et impossible, etc etc… Mais c’est un bon sujet de cinéma. Et logiquement, des cinéastes vont s’en emparer. Le plus notable a été Luc Besson pour son Lucy. Enfin le plus notable en termes de notoriété, parce qu’en termes de qualité… On ne peut pas reprocher à Besson d’avoir eu un peu d’ambition mais le résultat était autrement plus mitigé. De toute façon, Besson n’a pas été le premier. Le premier, c’était Neil Burger et son Limitless. Enfin, le vrai premier, c’est Alan Glynn, auteur du livre "The Dark Fields" sorti en 2001. Neil Burger et la scénariste Leslie Dixon n’ont fait qu’adapter librement l’œuvre 10 ans plus tard. 3 ans avant Lucy donc, et le moins qu’on puisse dire c’est que Limitless a battu Lucy à plates coutures, Bradley Cooper met à genoux Scarlett Johansson (enfin met à genoux… non, évacuez vos fantasmes salaces). Certes, le style n’est pas tout à fait pareil. Limitless est plus terre-à-terre, plus Thriller légèrement Science-Fiction que Lucy qui lui est plutôt Science-Fiction légèrement Action et beaucoup élucubrations mystiques. Mais alors que Lucy aurait pu être efficace à sa manière, Limitless a finalement eu les meilleures idées, en plus d’autres qualités au sein d’un film finalement un peu méconnu.

Eddie Morra (Bradley Cooper), à l’instar de Michaël Youn dans Incontrôlable, est un écrivain en panne d’inspiration qui se laisse aller. Il n’arrive pas à écrire la moindre ligne du nouveau roman qu’il a promis à sa maison d’édition et pour couronner le tout, sa petite amie Lindy (Abbie Cornish) décide de le quitter. C’est alors qu’il recroise par hasard son ex-beau-frère, Vernon (Johnny Whitworth). Ce dernier lui laisse un cachet d’un médicament en cours d’homologation, le NZT, censé donner accès à plus de parties du cerveau humain. Eddie le teste et son quotidien s’en retrouve bouleversé : il met de l’ordre chez lui et écrit son nouveau livre en un temps record. Après avoir mis la main sur plus de doses de NZT, il s’en sert pour changer de vie, en devenant un génie de Wall Street, travaillant aux côtés de Carl Van Loon (Robert De Niro). Mais Eddie devient vite accro au NZT, qui provoque des effets secondaires et est aussi cible de mystérieuses et dangereuses convoitises…


Neil Burger est surtout connu du grand public pour avoir réalisé le premier opus de Divergente (que je n’ai pas vu - la seule saga dystopienne pour ados que je n’ai jamais osé aborder… - donc je n’en dirai pas un mot), depuis il n’a plus rien fait sur le grand écran d’ailleurs (!). Avant ça, il avait signé L’Illusioniste (avec Edward Norton) et The Lucky Ones, que je n’ai vus non plus. Mais avec Limitless, le réalisateur américain démontrait un énorme potentiel. Visuellement rythmé et épatant, avec des choix judicieux de lumières et couleurs (quand Eddie prend du NZT, son monde passe d’un mode sombre à totalement éclatant) et des passages psychédéliques assez monumentaux (les effets « tunnel » saisissants) au milieu d'autres enchaînements de folie, Limitless s’offre un visuel percutant, dont le montage subtil nous scotche au Fauteuil Noir dès les premières minutes. Ceci mène à la perfection un film quasi-comique sur le début, haletant et prenant ensuite, assumant à fond son côté Thriller mi-scientifique fait de péripéties diverses, de remises en question et de rebondissements plus ou moins étonnants. Si Lucy avait aussi un parti pris visuel fort - un des rares de Luc Besson -, Limitless lui damait déjà le pion avec son visuel entraînant et mordant, qui énergise un film intelligent et original, sans temps morts, exploitant bien son postulat de base, sans partir dans des élucubrations hors de propos, restant dans le domaine des capacités brutes que l’on pourrait acquérir si on pouvait « coloniser notre cerveau ». Pas de contrôle de corps à distance, de changement de couleur de cheveux, de remontées dans le temps, juste une intelligence décuplée, un accès total à la mémoire, des capacités accrues d’apprentissage et d’assimilation, de la pure performance mentale et physique.

Bon, il est vrai que Limitless aurait pu être encore plus ambitieux, et si Neil Burger pose tout son talent pour filmer les aventures d’Eddie Morra, le scénario reste parfois limité et souffre même de petits trous, rebondissements sortis du chapeau, choses inachevées ou autres facilités, pour un ensemble qui aurait peut-être pu être plus tordu et sombre par moments. Mais les bonnes idées sont légion, sans jamais partir dans le nawak malgré des choses osées, et surtout le développement du film est passionnant, prenant le temps de poser l’évolution du personnage campé par Bradley Cooper, même si forcément tout finit par s’accélérer à l’image des grandes capacités d’assimilation d’Eddie. Bradley Cooper y fait du Bradley Cooper sans grands chichis, avec sa prestance et son sourire de beau-gosse à pub pour parfums et glaces, mais il s’est bien glissé dans la peau de ce personnage paumé au début, sûr de lui à la fin, malgré les difficultés des effets secondaires du NZT. Abbie Cornish fait du Abbie Cornish (c’est-à-dire ce sempiternel rôle de « petite amie » sans saveur même si elle aura aussi son moment de gloire), Robert De Niro du Robert De Niro (et c’est très bien pour camper un requin de la finance impitoyable), bref Limitless ne dépasse pas les limites du potentiel des acteurs mais ils font le boulot. A noter aussi la prestation de Andrew Howard en mafieux russe savoureux, qui rajoute de la couleur à ce film qui joue sur pas mal de tableaux, entre tension latente, moments mystiques, et comique de situation. Inclassable car ni 100% Thriller ni vraiment Science-Fiction (et pas du tout Anticipation à vrai dire, rien de bien futuriste là-dedans), Limitless s’en sort aisément avec les honneurs avec son côté rythmé et percutant et son histoire originale qui est source de facéties qui font mouche.


Du reste, c’est de l’ordre du subjectif, en ce qui me concerne j’avais accroché à ce film dès son premier visionnage, suffisamment pour acquérir le Blu-Ray alors qu’encore une fois il passe souvent à la téloche (le soir où j’écris ces lignes), mais certains passages sont tellement kiffants qu’il y a un sacré goût de reviens-y… et le potentiel de ce genre de film semble de toute manière infini. Un potentiel qui sera exprimé sur la série TV qui devrait bientôt passer sur les écrans français (ouais, moi les séries j’attends qu’elles passent à la téloche), où Bradley Cooper reprendra le rôle qu’il tient en fin de film d’ailleurs. Un potentiel qui s’arrêtera pourtant bien vite, la série ayant semble-t-il déjà été annulée après une seule saison (l’univers des séries étant aussi impitoyable que le personnage de Carl Van Loon…). Un potentiel parfaitement mis en image par un Neil Burger très inspiré qui s’est lâché et apporte une plus-value non négligeable à ce film visuellement prenant, espérons que le réalisateur n’ait pas été bouffé par les gros studios et qu’on le reverra bientôt avec un visuel similaire. Un potentiel plus terre-à-terre qui a engendré un film bien plus efficace que l’étouffant Lucy, qui reste sur de bonnes bases bien exploitées plutôt que de partir dans des délires quasi-métaphysiques. Un potentiel exprimé avec des qualités et des défauts, qui font que Limitless n’atteint pas la perfection, mais arriver à 100% de son potentiel comme le personnage de Lucy, ça donnait n’importe quoi… Félicitons Limitless qui a su faire les choses vite et bien, pour au bout comme le dit justement la critique de Télé-Loisirs, « un bon petit film bien rythmé et bien écrit ».

Note : 8/10

A noter que le Blu-Ray propose en bonus une fin alternative, un peu plus incertaine et pessimiste.

mercredi 5 octobre 2016

Night Call


« 4 Blu-Ray pour 30€ », c’est alléchant mais il faut faire une sélection parmi le relativement maigre choix que propose les Leclerc ou Cora, entre ce qu’on voulait absolument « régulariser », ce qu’on a pas vu et qu’on est au minimum curieux de voir, ou ce qu’on va choisir par défaut pour en avoir 4 au passage en caisse. En plus de Kingsman : Services Secrets et Mission Impossible 5 : Rogue Nation (que j’avais vu en salles, lui), j’ai du opter pour Exodus : Gods And Kings par défaut… (c’était ça ou Le Septième Fils, au milieu de trucs comme Terminator Genisys ou Hitman : Agent 47 que je n’avais pas spécialement envie de revoir en BR, et bien sûr d’autres merdes), en revanche j’ai pris en pleine connaissance de cause Night Call. Et tant pis si ce soir au moment où je publie cet article, il passe pour la première fois sur OCS… J’en ai entendu beaucoup de bien et je suis enthousiaste à l’idée de tomber sur un bon Thriller nocturne bien tendu dans le monde du journalisme sans limites. Film relativement indépendant (produit par Orange Cinéma, ce qui explique l’exclu sur OCS…), il est réalisé par Dan Gilroy, scénariste frère de Tony Gilroy (réalisateur de Jason Bourne : L’Héritage), car comme toujours le cinéma c’est une affaire de famille… Dan signe ici son premier film et cède à l’appel de la nuit.

Louis ou « Lou » (Jake Gyllenhaal), un homme lunatique, gagne sa vie en volant des métaux à Los Angeles. Négociateur difficile, il veut toujours plus. Un soir, il assiste à un accident sur l’autoroute et rencontre des reporters sur les lieux, qui grâce à leur maîtrise arrivent avant la police sur des accidents ou des lieux de crime. Il s’intéresse à leur métier et décide de partir lui aussi en chasse d’images choc. Maladroit au début, Louis est persévérant et finit par vendre ses premières images à Nina (Rene Russo), d’une petite chaîne californienne, convaincue par ses talents naissants. Louis décide de ne pas s’arrêter là, embauche un associé (Riz Ahmed), et grâce à son intarissable soif d’apprendre, améliore le nombre et la qualité de ses reportages. Mais à force d’ambition, Lou va finir par aller toujours plus loin dans ses négociations et manipulations et courir des risques insensés…


Il n’y a pas vraiment de surprise. Night Call est bien un thriller qui se déroule dans un environnement majoritairement nocturne, suivant les pérégrinations d’un néo-reporter prêt à tout pour avoir les images les plus choquantes avant tout le monde. De ce côté, Night Call ne révolutionne rien et se base sur un scénario dès plus simples. Avec bien sûr une critique sous-jacente de l’info « pute à audience » mais qui n’est pas si grossière et si développée que ça. Night Call surprend assez car ce n’est donc pas un pamphlet absolu contre l’information scandale en mode « l’Amérique a peur », la critique est forcément présente mais ne va pas chercher plus loin que ce qui a déjà été fait pour le genre. Forcément Thriller, Night Call n’est pas non plus un film de crime ou même policier. Les crimes et autres évènements dépeints sont très secondaires et ne servent que d’alibi pour le vrai sujet du film. Il n’y a pas de ramifications tordues à attendre de ce point de vue, seul un évènement précis servira de base pour la dernière et plus remarquable partie du film. Car le vrai sujet du film, c’est bien son personnage principal, Lou Bloom, campé par Jake Gyllenhaal.

Lou est fou, complètement et terriblement fou. Perfectionniste, baratineur, tyran, mégalo, et même psychopathe. Flippant dès ses premiers dialogues, le personnage est l’attraction principale de Night Call, et subjugue ce film sur l’information assez banal en apparence. Sorte de cas social extrêmement intelligent qui applique à la lettre ses principes préétablis, Lou est campé par un Jake Gyllenhaal qui, soyons honnêtes, livre une performance historique. Les yeux globuleux, le rictus premier degré, la coiffure lisse, l’acteur américain est habité par un personnage qui semble parfaitement correspondre à l’interprète de Donnie Darko, qui n’avait d’ailleurs pas vraiment livré un tel rôle de composition depuis. Night Call est donc avant tout un film sur le personnage de Lou Bloom, son comportement, ses actions, la façon dont il manipule habilement son entourage, comme la productrice Nina (campée par Rene Russo) et son « assistant » Rick (Riz Ahmed), souffre-douleur en puissance qui donne encore plus d’impact au côté tyrannique et sans pitié du personnage. Night Call est volé par son personnage fou à lier et inoubliable, effrayant et attachant à la fois, et l’œuvre de Dan Gilroy n’aurait pas eu grand intérêt si Gyllenhaal ne s’était pas glissé dans ce costume avec une interprétation purement exceptionnelle.


Servi par une réalisation très « californienne » qui met bien en valeur le côté chic de Los Angeles, une savante utilisation des plans fixes (la caméra ne bouge vraiment que lors des scènes d’« investigation », ce qui nous donne un splendide côté immersif) et une bonne musique électro, Night Call réussit habilement son coup avec sa plus-value absolue qu’est le personnage atypique et corrosif de Lou, campé par un Jake Gyllenhaal au sommet de son art. Dommage que l’ensemble manque finalement d’un peu de noirceur, qui finit néanmoins par exploser à la fin, de manière peut-être un peu prévisible d’ailleurs. S’il ne creuse pas vraiment son côté critique de l’info « Breaking News » et qu’il ne choisit pas de nous embarquer dans une affaire policière tordue (ce qui aurait néanmoins pu marcher), Night Call est tout de même un très bon thriller (servi par des scènes bien tendues) mais, il faut encore le dire, est servi à 99% par son personnage principal totalement cinglé, au sens pathologique du terme d’ailleurs. Ni trop ni pas assez « grand public », Night Call est un thriller qui peut convenir à tout le monde, n’y voyez pas une révolution ni même une vraie originalité, mais laissez-vous guider dans les nuits agitées de Los Angeles par le charismatique Lou Bloom… il ne vous laissera pas le choix de toute façon.

Note : 7.5/10

mardi 4 octobre 2016

Morgane


Comment ça, Télé-Loisirs balance 3 étoiles à un film « de science-fiction » dont je n’ai jamais diable entendu parler avant sa sortie ? Ça par exemple ! Bon ok la référence et la critique sont discutables mais il me fallait bien un petit quelque chose pour me décider à remettre les pieds au cinoche, 1 mois et demi après Star Trek : Sans Limites et alors que le seul film intéressant qui se profile à court terme sera Jack Reacher 2 : Never Go Back, le 19 octobre (… en même temps que Brice 3, dans un registre tout autre), comme vous pouvez le voir sur mon micro-planning dans la colonne de droite. Morgane vient donc s’insérer de manière fortuite et inattendue dans ce calendrier. Le premier film de Luke Scott, fils de Ridley, avec Kate Mara, sœur de Rooney (pas Wayne, enfin), plus habituée aux seconds rôles (Transcendance, Seul sur Mars) ou aux co-rôles (Les 4 Fantastiques). Morgane n’est pas un biopic sur Clara Morgane (et Kate Mara lui ressemble pas franchement), c’est un film qui semble être à la croisée des chemins entre Science-Fiction/Anticipation, et Thriller « avec gens qui meurent violemment ». Certes, cela n’est pas spécialement engageant et Morgane sonne déjà comme un petit film qui se prend pour un grand. Mais la trame est suffisante pour aller voir ce que ça donne, surtout quand il n’y a rien eu de croustillant depuis un moment et qu’on s’impatiente d’aller retâter le moelleux des Fauteuils Noirs du Méga Kiné. Alors, pour paraphraser Renaud, allons-nous être morgane de Morgane ?

Lee Weathers (Kate Mara), « consultante en gestion de risques » pour la société SynSect, est chargée d’intervenir au sein d’une équipe de scientifiques isolée en campagne. En effet, depuis 5 ans, cette équipe prend en charge Morgane (Anya Taylor-Joy), une jeune fille créée artificiellement à partir d’un ADN préfabriqué. Le développement de celle-ci, après des essais infructueux, se passe très bien, notamment grâce à la comportementaliste Amy (Rose Leslie). Mais un incident est survenu : Morgane a violemment agressé une des scientifiques s’occupant d’elle, Kathy (Jennifer Jason Leigh). Lee va donc devoir évaluer la dangerosité de la « chose », depuis maintenue en isolement, et a les pleins pouvoirs pour prendre d’éventuelles mesures drastiques. Après avoir fait connaissance avec les scientifiques, elle laisse le soin au Dr. Alan Shapiro (Paul Giamatti) de réaliser une évaluation psychologique de Morgane. Mais c’est là que les choses vont dégénérer…

Morgane n’invente rien, c’est une certitude. Mais face aux nombreux films se la jouant « test de Turing », comme l’avait fait avec brio un Ex_Machina (et mal un The Machine, son penchant Série Z), Morgane ne parle pas d’androïde mais bien d’une véritable humaine, certes créée artificiellement, mais ce n’est pas tout à fait la même chose. Enfin Morgane n’est pas vraiment une nouvelle occurrence du test de Turing au cinéma, ni même un film « scientifique ». C’est même un film difficile à classifier. Certes un peu Science-Fiction et Anticipation, mais pas énormément (rien de bien futuriste ou même high-tech là-dedans). Thriller pour la tension, pas pour le scénario. Horreur ? Moui non, car même si on va encore jouer au jeu du « qui va mourir dans quel ordre et comment », Morgane n’a rien d’horrifique, c’est certes sanglant par moments mais la classification en tous publics empêche le film d’être vraiment méchant de ce point de vue. A partir de là, avouons bien qu’il n’y a pas grand-chose à tirer de Morgane, qui manque d’ambition à tous les niveaux et ne creuse jamais vraiment ses sujets, se perdant dans la routine, au contraire d'un Splice auquel ce film est justement comparé, qui lui osait (mal, mais qui osait quand même). Outre de beaux décors et une sobriété tout de même bienvenue, ce film se traîne un faux rythme qui nous amène à un twist final disons-le tout de suite archi prévisible. Il n’y a pas besoin d’être hyper clairvoyant (comme ceux qui avaient soi-disant prédit le final d’Oblivion dès ses premières minutes…) pour se douter immédiatement de l’issue finale du film, à vrai dire cela saute aux yeux quand on connaît le sujet… Résultat, Morgane n’est que l’énième exploitation d’une histoire mettant en scène une quelconque « création » aux capacités exceptionnelles. Il ne se passe pas grand-chose et le film passe très vite. Dommage ou heureusement…

Morgane (le film) est tout de même rattrapé par l’interprétation sans failles de Kate Mara qui joue avec brio ce personnage froid et jusqu’au-boutiste de Lee Weathers. L’actrice a mine de rien un certain potentiel, qui s’entrevoit tout particulièrement ici, dans un rôle qui n’a rien à envier à ceux de sa sœur dans Millénium ou Effets Secondaires. La jeune Anya Taylor-Joy qui joue la grisonnante Morgane livre aussi une partition parfaite pour ce genre de personnage « synthétique ». Et mine de rien Morgane s’offre tout de même un casting assez reluisant avec Toby Jones, Michelle Yeoh, Jennifer Jason Leigh, Paul Giamatti… mais tous n’ont que des rôles trop secondaires ou trop limités et aucun n’apporte de réelle plus-value, le pire étant Leigh qui est vraiment inutile au final, seul Paul Giamatti tire un peu son épingle du jeu. Et aussi Rose « tu ne sais rien Jean Neige » Leslie, qui a de loin le rôle le plus consistant derrière les deux actrices principales, bien qu’elle n’ait pas de trucs énormes à faire non plus… elle arrive néanmoins à tenir la route sur les moments de grande tension. Le reste du casting est anecdotique, et le duo Lee-Morgane porte le film, c’en est hélas un des seuls vrais intérêts.

Reste quelques scènes de bagarre sophistiquées plutôt agréables, dommage qu’elles soient filmées de manière trop chaotique, histoire qu’on reste dans le tout public, un peu comme dans n’importe quel film dystopien pour ados… Mais dans l’ensemble, Morgane est tout de même relativement insignifiant. Pas de message sous-jacent si ce n’est la sempiternelle rengaine sur les expériences scientifiques risquées et manipulées d’en-haut, peu de conviction pour un énième film sur une création extraordinaire qui-bien-sûr-est-à-l’origine-d’un-partage-en-sucette. Trop peu SF, tout juste Thriller mais trop simple, plus gentiment violent que faisant vraiment peur malgré deux personnages principaux assez flippants, Morgane ne sait pas sur quel pied danser et se vautre un tantinet, en n’arrivant pas à se démarquer et retenir assez l’attention, en plus de servir un scénario léger et hyper prévisible. Vide et décevant, anecdotique et pas assez original, voilà le maigre bilan de Morgane qui est finalement une sortie mineure, un peu plus qu’une Série B mais loin d’un Triple A. Je lui mets quand même la moyenne car Luke Scott a un petit potentiel et filme bien, tout en retenue, un environnement froid qui sied bien à ce film qui ne rigole pas, porté par ses deux personnages impitoyables aux performances d’actrices suffisamment remarquables. Mais et même si on en attendait rien de particulier malgré les promesses de Télé-Loisirs (qui s’est bien enflammé pour le coup), Morgane fait pschitt pour ce premier passage en salles de l’automne, et finira bien bas dans les tops de fin d’année…

Note : 5/10

vendredi 5 juillet 2013

War-Kritik : Millénnium - Les hommes qui n'aimaient pas les femmes

Cela n’a pas échappé aux cinéphiles s’intéressant aux thrillers et films « à enquête » en général, le célèbre livre du romancier suédois Stieg Larsson Millénnium : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes a bénéficié de deux adaptations cinématographiques, très rapprochées d’ailleurs : une version suédoise datant de 2009 réalisée par Niels Arden Oplev (sous le nom Män Som Hatar Kvinnor), qui existe d’ailleurs en version longue (en réalité les deux premiers épisodes de la série TV) ; et une version américaine réalisée en 2011 par David Fincher (sous le nom The Girl With the Dragon Tattoo). Gna gna gna adaptation de bouquin et réadaptation amérloque cépasbien, bref si vous êtes du genre à dire ça passez votre chemin. Les autres se sont déjà penchés sur au moins un des deux films, pour un film d’enquête ma foi très passionnant. J’ai longtemps fui Millénnium malgré les critiques dithyrambiques à son encontre, l’histoire ayant une réputation d’étouffe-chrétien et le style ne m’intéresse pas à la base. Inutile de dire que je n’ai jamais lu le bouquin et que je n’ai pas spécialement l’intention de le faire, on va donc ici s’intéresser uniquement à ce que le portage sur les écrans a à nous proposer. Comme je le disais, j’ai fui la version suédoise malgré ses nombreux passages TV, mais j’étais finalement allé voir la version US au ciné par curiosité, en me disant que l’histoire devrait être plus accessible car forcément digérée pour le public américain, ce qui n’est pas forcément le cas d’ailleurs. J’ai finalement été conquis et j’ai ensuite rattrapé mon retard en visionnant la version suédoise qui n’est pas dénuée d’intérêt. Voici donc un article un peu particulier qui va évaluer parallèlement les deux versions pour voir, peut-être, quelle est la meilleure adaptation de Millénnium : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes…

** ALERTE SPOILER : ce qui suit dévoile des éléments-clé de l’intrigue. Article à réserver à ceux qui ont vu au moins une des deux versions du film… **

L’histoire : Hormis quelques points qui diffèrent selon les versions, la base est la même et la voici : Mikael Blomqvist (Michael Nyqvist/Daniel Craig), journaliste économique de la revue suédoise Millennium, est condamné pour avoir diffamé un puissant industriel, Hans-Erik Wennerström. Contraint de se tenir à carreau, il est contacté par Henrik Vanger (Sven-Bertil Taube/Christopher Plummer), vieux dirigeant de l’influent groupe Vanger. Ce dernier voudrait que Blomqvist mène une enquête sur la disparition de sa nièce Harriet dans les années 60, disparition jamais élucidée, alors que Henrik reçoit tous les ans pour son anniversaire une fleur séchée, cadeau traditionnel de Harriet dans son enfance… Blomqvist va donc devoir mener l’enquête au sein d’une famille bien tordue où chacun à ses secrets. Pour son enquête, le journaliste va bénéficier de l’aide de Lisbeth Salander (Noomi Rapace/Rooney Mara), une jeune goth-punk asociale mais hackeuse de génie, qui avait enquêté sur Blomqvist même pour le compte de l’associé de Henrik. Le duo va vite se retrouver au beau milieu d’une série de meurtres de femmes non élucidés, dont Harriet avait pris connaissance…

Les différences : Si les deux versions racontent bien évidemment la même histoire, avec des scènes quasi-identiques parfois, tout n’est pas pareil à 100% (forcément). On passera sur les quelques détails futiles variant d’une version à l’autre, mais certains détails concernent le scénario même et changent plus ou moins radicalement la façon dont l’histoire se déroule. Passage en revue, en essayant d’être exhaustif :
- Dans la version US, Blomqvist n’écope pas de 3 mois de prison. Dans la version suédoise on sait qu’il ne compte pas faire appel, ce qui n’est pas mentionné clairement dans la version US.
- Blomqvist a une fille dans la version US (en tout cas, c’est la seule version où le personnage est présent), et elle va avoir son importance…
- En effet, c’est elle qui renseigne Blomqvist sur les numéros du journal de Harriet qui correspondent aux versets de la bible. Dans la version suédoise, c’est Lisbeth qui découvre la signification des numéros et le communique à Blomqvist par mail, ce qui va aboutir à leur prise de contact. Par ailleurs dans la version suédoise Harriett avait entouré un des noms en rouge, ce qui n'est pas le cas dans la version US...
- Du coup, la rencontre entre Blomqvist et Lisbeth est légèrement différente selon les versions. Dans la version suédoise, Lisbeth continue à espionner Blomqvist, ce qui ne semble pas être le cas dans la version US. En revanche, leur prise de contact est quasi-identique (Frode l’assistant de Henrik Vanger recommande dans les deux cas Lisbeth à Blomqvist, ce dernier partant à sa rencontre à son appart. Toutefois dans la version US Blomqvist va se renseigner sur Libseth dans l’entreprise où elle est embauchée).
- Cependant, l’enquête n’avance pas de la même manière : dans la version US, Blomqvist découvre l’existence des meurtres avant sa rencontre avec Lisbeth, et se sert de ces meurtres pour convaincre la hackeuse de l’aider ; dans la version suédoise les deux enquêtent et traversent le pays pour en découvrir les circonstances ; dans la version US c’est Lisbeth seule qui s’en charge, avant son déménagement sur l’île, et ce passage est traité très succinctement.
- Dans la version suédoise, Blomqvist a connu Harriet et Anita dans sa jeunesse, ce qui n’est pas le cas dans la version US ; il n’est donc pas spécialement proche des Vanger dans cette dernière version. Dans la version suédoise, Blomqvist confond du coup Anita et Harriet dans ses souvenirs, à cause du collier d’ambre.
- Autre différence de taille : dans la version US, les Vanger ne sont pas au courant que Blomqvist est là pour enquêter sur Harriet ; dans la version suédoise ils le sont et on trouve même une scène de réunion des Vanger où ils lui demandent d’arrêter ses recherches, dans la version US cette scène est remplacée par une simple exaspération d’Isabella dans le hall de l’hôpital où est soigné Henrik.
- Encore une autre de taille : dans la version suédoise Anita est donné morte d’un cancer, ce n’est que tout à la fin du film qu’on apprend qu’elle est vivante, qu’elle vit en Australie et qu’il s’agit en fait d’Harriet. Dans la version US, c’est totalement différent : Blomqvist retrouve Anita bien plus tôt à Londres (alors que dans la version suédoise c’est Lisbeth qui la retrouve) et ce n’est qu’à la fin du film qu’il déduit que c’est Harriet.
- Dans la version suédoise, Harald est d’abord soupçonné des meurtres, avant que les recherches de Lisbeth ne l’innocentent et accusent Gottfried, puis Martin, à la place. Dans la version US Gottfried est directement identifié comme responsable des meurtres (sauf le dernier). Dans cette même version Harald, qui n’est jamais soupçonné de quoi que ce soit, fournit des photos à Blomqvist, qui vont lui permettre d’identifier Martin, alors que dans la version suédoise le journaliste s’introduit chez Harald.
- Du coup la rencontre finale entre Blomqvist et Martin change : dans la version suédoise Martin ramène Blomqvist chez lui après l’avoir trouvé chez Harald ; dans la version US Blomqvist a directement tenté de s’introduire chez Martin. Notons également que dans la version US, Martin est identifié à la fois par Blomqvist et Lisbeth grâce à son uniforme d’étudiant ; dans la version suédoise seule Lisbeth identifie Martin (grâce à son pull bleu) et Blomqvist ne sait donc pas que Martin est coupable au moment d’entrer chez lui. Enfin, dans la version US Blomqvist donne l’« autorisation » à Lisbeth de tuer Martin ; dans la version suédoise il lui demande si elle n’a rien pu faire pour le sauver…
- Par rapport à Wennerström : dans la version suédoise on apprend à la fin du film qu’il s’est suicidé, alors que la version US parle d’un meurtre mafieux. Dans cette dernière, Henrik promet en engageant Blomqvist qu’il lui donnera des documents contre Wennerström, ce qui n’est pas le cas dans la version suédoise. Dans les deux cas, c’est Lisbeth qui donne à Blomqvist des preuves pour accuser à nouveau Wennerström, dans la version US on apprend qu’elle avait déjà fait des recherches avant d’aider Blomqvist.
- A la fin du film, dans la version US, on voit comment Lisbeth a soutiré de l’argent à Wennerström. Dans la version suédoise ce passage est seulement évoqué, mais Blomqvist reconnaît Lisbeth à la fin (sur les images des caméras), alors que dans la version US il n’a pas connaissance des magouilles de Lisbeth (elle lui fait croire qu’elle a fait un « placement »).
- Enfin, dans la version US Lisbeth dit à Blomqvist qu’elle a essayé de tuer son père, alors que dans la version suédoise elle ne révèle rien de son passé au journaliste (qui est donné au spectateur par des flash-backs). Dans la version suédoise, Lisbeth va retrouver sa mère, ce qui n’est pas le cas dans la version US (elle retrouve son premier tuteur, devenu un légume, à la place).

Les personnages et acteurs : A casting différents, acteurs différents et donc approche différente des personnages. Intéressons-nous déjà aux deux personnages principaux que sont Lisbeth et Blomqvist : j’avoue ne pas trop être fan de Noomi Rapace dans la version suédoise, elle surjoue trop son personnage de goth-punk hyper renfermée qui ne sourit jamais, son jeu est bien trop linéaire pour être crédible. Rooney Mara est plus « naturelle » et joue bien mieux le côté froid du personnage de Lisbeth, et est du coup plus convaincante quand il s’agit d’être au bord de péter les plombs (à ce titre, dans la version US la scène de « vengeance » contre son tuteur est carrément anthologique). En ce qui concerne Blomqvist, c’est kif-kif dans l’ensemble, pourtant Michael Nyqvist et Daniel Craig sont bien différents (par exemple, le second porte des lunettes et fume, ce qui n’est pas le cas du premier) même s’ils se ressemblent finalement. On peut trouver que Craig à tendance à vouloir trop se rapprocher du jeu de Nyqvist, notamment lors des passages où il joue un personnage un peu lourdaud et fragile, ce qui met l’acteur bien loin de ses rôles de James Bond ou dans Cowboys & Envahisseurs. Pour les autres, ça dépend des versions. Certains personnages n’ont pas du tout la même importance, on voit relativement peu Henrik Vanger et l’inspecteur Morell dans la version US (dans la version suédoise ce dernier est presque à la retraite, alors que dans la version US il semble déjà l’être…), ce qui est dommage pour Christopher Plummer (Henrik dans la version US) qui est un peu effacé. Cecilia Vanger n’a pas du tout le même caractère dans les deux versions. En revanche les deux acteurs campant à tour de rôle Frode se ressemblent énormément ! Deux personnages tranchent totalement selon les versions : Martin Vanger et le tuteur de Lisbeth. En ce qui concerne le premier, Stellan Skarsgård (version US) est cent fois mieux que le fade Peter Haber de la version suédoise. Pour le second, celui de la version suédoise est diaboliquement sournois et pervers, tandis que celui de la version US est juste un porc et un gros con, sans plus. Pour tout le reste, les personnages se valent, comme Erika par exemple (Lena Endre/Robin Wright). Un détail idiot pour finir : dans la version suédoise Wennerström est chauve alors que dans la version US il a une sacrée touffe…

Le reste : Au niveau de l’ambiance globale, les deux versions diffèrent sensiblement. La version suédoise est dans l’ensemble plutôt sobre malgré une belle photographie, la version US est un peu plus personnelle, plus « froide » (les suédois trouveront peut-être qu’on se moque sans vergogne de leur pays, il est d’ailleurs très amusant de voir Daniel Craig se les cailler menu), bref plus dans l’esprit de Fincher. En ce qui concerne la dynamique de l’ensemble, les deux versions se valent, de même que les décors (forcément…). La version US semble plus moderne mais la suédoise l’était déjà à vrai dire. D’ailleurs, si les deux films sont bien g33k avec leurs macbooks de partout, c’est finalement la version suédoise qui est la plus « branchée » et c’est plutôt étonnant. Reste quelques petites différences, notamment dans le traitement des flashbacks et des retours sur les années 60. La version US choisit de retranscrire de nombreuses scènes du passé, alors que la version suédoise se cantonne à l’essentiel. Du coup la version suédoise joue plus sur la « nostalgie » et met bien en évidence les documents qu’épluche Blomqvist avec son fameux « mur », qui est bien plus important dans la version suédoise et la réalisation joue un max avec ça. L’autre différence notable vient des scènes « hardcore » avec Lisbeth et son tuteur détraqué du gland. Ces scènes sont beaucoup plus explicites et rentre-dedans (dans tous les sens du terme) dans la version US, même si la version longue du portage suédois en rajoute un peu notamment au niveau des dialogues crus. Bref pour les âmes sensibles il est plus conseillé de se pencher sur la version courte concoctée par les suédois…

Verdict ? : Eh bien il va être dur de donner un gagnant ! Avant toute chose je tiens à dire que les deux versions sont de qualité. L’histoire est peut-être plus fluide dans la version US et parfois un peu confuse dans la version suédoise, et il est difficile de comparer de manière trop brute car les deux versions ont leur scénario propre qui utilise des circonvolutions différentes. Et forcément, quand on voit une version avant l’autre (dans mon cas, la version US en premier), ça altère le jugement. Chaque version a ses qualités et ses défauts par rapport à l’autre et au final ça s’équilibre. Donc je ne peux pas faire autrement que de décréter match nul. David Fincher adapte ce premier volet de Millennium avec brio, mais a peut-être changé trop de choses et « américanise » un peu le propos. La version suédoise est très bien à la base, mais ne va pas chercher très loin au final. L’important reste donc l’histoire de base, qui est passionnante et qui a, au final, accouché de deux très bons films d’« enquête ». Je pense que c’est ce qu’il faut retenir, mais à aucun moment le portage américain n’est scandaleux (à moins d’être trop attaché au bouquin mais encore une fois je ne peux absolument pas juger ce point) et n’est d’office inférieur à la version suédoise par pur acquis de purisme. On verra ce que donneront les portages américains des 2 bouquins suivants (si tant est qu’ils sont bien prévus…), et de mon côté il faut déjà que je me fasse les versions suédoises pour tâter le terrain. En attendant Millénnium : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes a bénéficié de deux adaptations tout à fait réussies et prenantes. Skål !
Verdict : Match nul


Pour conclure, la version US bénéficie tout de même de la musique de Trent Reznor et Atticus Ross, même si les deux compères ont fait mieux dans The Social Network. Mais le thème d’entrée est génial et les images qui l’accompagnent également :

vendredi 24 mai 2013

Trance


En 2010, Inception avait subjugué pas mal de monde avec son concept léché et travaillé autour du rêve, surtout moi qui en a depuis fait un culte absolu. Voir débarquer un film comparé à ce chef-d’œuvre provoque donc un certain frémissement, surtout qu’on ne peut pas dire que des films au concept comparable soient légion et les possibilités semblent restreintes. Passé inaperçu, Trance est pourtant de l’œuvre de Danny Boyle, à peine remis de ses oscars et de la cérémonie des JO. Et son nouveau bébé serait donc à ranger aux côtés de Inception. Le trailer ne laisse pourtant rien entrevoir de mirobolant, et le pitch annonce juste un thriller psychologique lambda mais plutôt intéressant. Le concept des rêves laisserait place à une utilisation de l’hypnose et des « niveaux de conscience ». On peut légitimement s’attendre à un scénario tordu qui multiplie les fausses pistes et la difficile différence entre hypnose et réalité. Les premières critiques parlent de manipulations diverses et d’un scénario tortueux qui embrouille le spectateur. Voilà qui est prometteur et en étant disposé à réfléchir, il ne reste plus qu’à se plonger dans l’histoire proposée par Trance.

Simon (James McAvoy) est un commissaire-priseur embêté par des dettes de jeu, alors qu’il voit circuler tous les jours des œuvres d’art qui se négocient à coups de dizaines de millions de dollars. Il décide donc de s’associer à une bande de malfrats menée par Franck (Vincent Cassel) pour commettre un vol au sein même de sa propre boîte. Dans le feu de l’action, Simon se prend un vilain coup sur la tête, et mettra quelques jours à se rétablir complètement. Problème : Simon a planqué le tableau convoité par Franck, mais est incapable de se souvenir de l’endroit où il l’a laissé. Franck n’a d’autre choix que de fouiller de fond en comble l’appart de Simon et de le torturer, en vain. Les deux décident donc de faire appel à une spécialiste en hypnose, Elizabeth (Rosario Dawson), afin de sonder l’esprit de Simon et lui faire retrouver la mémoire. Elizabeth exige de s’intégrer à l’équipe de malfrats afin de mener à bien la mission, tout en utilisant des méthodes peu orthodoxes qui vont semer le brin dans l’esprit de Simon et compliquer la tâche de tout le monde…

« Bon alors, ça y est, tu te souviens ? »

Si Inception proposait une longue mise en place et une explication poussée des principes du rêve partagé, Trance est bien loin de tout ça et se concentre plus sur l’aspect thriller psycho de l’ensemble, sans chercher à se créer un concept hypnotique. Ce qui est une bonne et une mauvaise chose, car ça n’en devient pas technique et imbuvable mais le travail sur l’hypnose passe vite au second plan (avec quelques trucs un peu inutiles), alors qu’il y avait peut-être moyen de pousser un peu plus le truc. On suit donc plutôt les tentatives d’Elizabeth de percer l’esprit de Simon avec tout ce que ça implique, dont l’impatience de Franck. Pas de « niveaux de conscience » (ils ont vu ça où ?), pas trop de confusion entre état normal et hypnotisé (même si parfois les séquences se mélangent volontairement), bref pas grand-chose de tordu. Même quand le film tente de brouiller les pistes, il retombe très vite sur ses pattes. Mais Trance reste donc digeste et sait quand même ménager son suspense, avec des révélations qui s’enchaînent surtout que le point de départ est simple (un vol classique de tableau avec un commissaire-priseur complice, avec comme seul inconnue « qu’a-t-il fait du tableau ? »), on en cherche tout simplement la réponse avant de s’engager progressivement dans d’autres voies… Il me sera difficile de développer le scénario sans révéler trop de grandes lignes, toujours est-il que Trance est tout à fait passionnant et prenant et si le rythme global du film n’est pas très élevé, peu de longueurs sont à déplorer. On se laisse vite prendre dans l’histoire tortueuse mais-pas-trop et par les différents moyens mis en place pour faire retrouver la mémoire à Simon, sans partir dans le WTF ou dans des circonvolutions incongrues, même s’il y avait moyen de faire quelque chose de plus barré sans partir dans l’excès de psychédélisme, et ce n’est que dans le dernier tiers du film que Danny Boyle cherche à semer quelques doutes sur l’état hypnotique ou bien réel… avant un twist final plutôt inattendu voire sorti de nulle part, mais permettant à l’ensemble du film de bien se goupiller.

Parlons de Danny Boyle vu qu’il se lâche tout en restant cependant sobre. Inutile de dire que l’ensemble est excellemment filmé et que techniquement, Trance est irréprochable. Le psychédélisme ne se retrouve pas dans les images (rien de bien délirant visuellement) mais plutôt dans la musique assez déroutante mais prenante. Mais Boyle n’hésite pas à partir dans le cru et dans une certaine violence visuelle par petites touches. Outre une courte scène de nu intégral (oui, intégral), le gore sera légèrement mis à l’honneur et sans trop en dire, certains passages font bien mal, sans partir dans l’escalade le film envoie un peu d’hémoglobine sur sa fin. Trance a l’air gentil de prime d’abord, mais n’est pas pour tout public c’est certain… Boyle s’appuie également sur ses acteurs pour porter son histoire, et une fois de plus James McAvoy est tout simplement prodigieux. Si son personnage est un peu proche de celui qu’il campait dans Wanted (on peut même faire une analogie entre la façon dont l’histoire est narrée par l’acteur dans les deux films), il se révèle au fur et à mesure du film et finit par littéralement faire exploser l’écran avec lui. J’avais un peu peur concernant Vincent Cassel, dont « j’aime pas la gueule », mais finalement il tient bien son rôle et ça aurait pu être pire. Rosario Dawson est également parfaite dans le rôle d’hypnotisatric… euh, de toubib qui pratique l’hypnose, et elle se révèle également plus complexe qu’il n’y paraît au fil du film. A part ce trio il n’y a rien, si ce n’est les complices de Franck dont Nates (Danny Sapani) parvient à légèrement tirer son épingle du jeu. Sinon, on notera que le film essaie de vendre des tablettes tactiles à qui n’en veut… jusque dans l’univers hypnotique. Mais bien sûr…

J’étais prêt à tout voir (sauf les délires visuels abscons que frôlait allègrement Sunshine), et au final Trance est moins tordu qu’il n’y paraît, ce qui est un peu dommage mais du coup le film évite d’en faire des tonnes. Il y avait probablement moyen d’en faire un peu plus et de multiplier les paradoxes et confusions entre hypnose et monde réel, mais en l’état Trance se suffit à lui-même et c’est pas trop mal, c’est très bien même. Bien ficelé et prenant, Trance est une réussite qui reste accessible même si les touches de violence visuelle semi-gratuites peuvent rebuter. Ni « trop » ni « pas assez », Boyle raconte donc une histoire bien équilibrée pour un thriller psychologique sans prétention qui parvient à être tout à fait captivant, en étant servi par d’excellents acteurs et une réalisation aux petits oignons. Pas la perfection absolue et Inception est bien loin, Boyle aurait pu faire encore mieux mais Trance accroche le spectateur du début à la fin et au global est un très bon film du genre « psycho ».
Note : 7.5/10

vendredi 15 mars 2013

Cloud Atlas


Grandiose. C’est le mot que l’on pouvait prévoir de mettre derrière Cloud Atlas, cette adaptation de roman assurée par les frè… euh, par frère et sœur Wachowski accompagné de Tom Tykwer. Un film de presque 3 heures constitué de plusieurs histoires à plusieurs époques qui se croisent, se décroisent et sont liées, dans leur déroulement ou leur philosophie. Le duo Wachowski, qui n’avait plus donné signe de vie significatif depuis le troisième Matrix hormis Speed Racer (film dont j’ai tenu les 10 premières minutes, pas beaucoup plus), est donc de retour pour un projet ambitieux et fracassant, particulièrement épique à première vue. Les promesses sont grandes mais la présentation déroutante, semblant user et abuser de la philosophie nébuleuse qui avait (hélas) fait le sel des Matrix. Au programme, 6 histoires pour 6 segments de film, organisés d’une façon particulière, et brassant large entre perspectives historiques et pure science-fiction. Il faut se préparer à digérer la bête, bête dont je n’attendais à vrai dire rien de particulier, Cloud Atlas semblant typiquement être un genre de film « tout ou rien ». Installons-nous dans le fauteuil noir pour prendre part à ce voyage à travers les âges…

Cloud Atlas est donc clairement divisé en 6 segments, voyons déjà ce que nous réserve chacun d’eux :
1849 : Adam Ewing (Jim Sturgess) est un avocat embarqué au bord d’un bateau ralliant la Nouvelle-Zélande, où il a conclu un arrangement financier pour son beau-père (Hugo Weaving), à San Francisco sa ville natale. Malade et soigné à bord par le Dr Henry Goose (Tom Hanks), il va prendre sous son aile Autua (Daivd Gyasi), un esclave noir qui va être affranchi grâce à ses talents de matelot.
1936 : Poursuivi par des créanciers, Robert Frobisher (Ben Whishaw), un artiste qui a une liaison avec Rufus Sixsmith (James D’Arcy), va trouver refuge et travail auprès du compositeur Vyvyan Ayrs (Jim Broadbent). Ce dernier va néanmoins tenter de s’approprier les propres compositions de Frobisher, qui continue à rester en contact avec Sixshaw par le biais de nombreuses lettres.
1973 : Louisa Rey (Halle Berry), une journaliste, mène des enquêtes entre les lobbys du pétrole et de l’énergie nucléaire. Sa vie va être ainsi menacée par le tueur Bill Smoke (Hugo Weaving), qui sous les ordres de Lloyd Hooks (Hugh Grant) a déjà commis plusieurs assassinats dont celui de Rufus Sixsmith (James D’Arcy), qui disposait d’infos pour Louisa compilées dans un dossier.
2012 : Timothy Cavendish (Jim Broadbent), un éditeur, doit une importante somme d’argent à un de ses clients, Dermot Hoggins (Tom Hanks). Après avoir demandé de l’aide à son frère Denholme (Hugh Grant), ce dernier va placer Timothy à l’insu de son plein gré dans une maison de retraite bien gardée. Timothy va, avec quelques résidents, organiser une évasion.
2144 : Dans un Séoul futuriste, Sonmi-451 (Doona Bae) est une clone utilisée comme serveuse dans un restaurant fantaisiste. Hae-Joo Chang (Jim Sturgess) va la faire évader, la considérant comme une élue pour mener une rébellion (l’Union) contre le pouvoir en place (l’Unanimité). Elle raconte son histoire à un Archiviste (James D’Arcy).
???? : Dans une époque indéterminée, Zachary (Tom Hanks) fait partie d’une tribu au mode de vie primitif, vivant dans une vallée dans un monde post-apocalyptique. La tribu reçoit la visite des Prescients, une civilisation plus évoluée. Meronym (Halle Berry), une des préscients, sollicite l’aide de Zachary pour atteindre une station de communications dans les montagnes. Mais Zachary est à la fois hanté par Georges (Hugo Weaving), un démon qui lui dicte ses comportements, et par les prophéties de l’Abbesse de sa tribu (Susan Sarandon)…


Après une introduction de tous les segments dans l’ordre chronologique, le développement de Cloud Atlas va pouvoir débuter et il va falloir s’y retrouver. En effet, on passe d’un segment à l’autre sans prévenir et ce sans cesse, chaque séquence ne durant que quelques minutes avant que l’histoire ne se poursuive sur un autre segment, avec néanmoins toujours une liaison par un bout de dialogue. Au fur et à mesure de l’évolution du film, les segments n’ont d’ailleurs pas la même importance relative. Une bonne partie du film se calque sur les segments 2144 et ????, puis sur les segments 1936 et 1973, et ainsi de suite… pourtant, le film et sa narration sont vachement fluides, ce qui constitue un sacré tour de force en soi. On ne sombre jamais dans le nébuleux et l’incompréhensible, car même si le scénario de chaque segment reste individualisé dans l’absolu, on arrive parfaitement à s’y retrouver et on oublie rien en cours de route. Si à première vue Cloud Atlas raconte donc 6 histoires en même temps et en sautant à l’envi d’une à l’autre, on se rend vite compte que les segments sont liés, de manière plus ou moins évidente. Peu de personnages apparaissent dans deux segments à la fois. Adam Ewing, personnage central du segment 1849, est évoqué dans le segment 1936 de par son livre de voyage. Sixsmith apparaît, à deux âges différents, dans les segments 1936 et 1973, et les lettres de Frobisher ainsi que ses œuvres musicales bénéficient de l’intérêt de Louisa dans le segment 1973. Dans le segment 2144, on voit un film adapté des aventures de Cavendish du segment 2012. Enfin, Sonmi-451 du segment 2144 est considérée comme une divinité par les personnages du segment ????. Tout ceci ne sont que les liens évidents entre segments, pour le reste c’est un peu plus flou. Il y a bien évidemment bon nombre de clins d’œil d’un segment à un autre, comme par exemple des dialogues repris au mot près. Mais même si tout est lié, ce qui était le postulat de départ, il est parfois difficile de comprendre clairement les différentes liaisons, et l’aspect « personnages qui se répondent à travers les âges » est presque totalement faux. Certains segments paraissent alors inutiles au final, notamment le 1849 et le 2012.

Si tout s’imbrique et s’emboîte dans une cohérence tout à fait maîtrisée, chaque segment est pourtant indépendant de par son ton et par son intérêt. Le segment 1849, ancré dans un apparat « historique », est clairement orienté contre l’esclavage (ce qui est toujours le cas quand le sujet est abordé bien évidemment), et est loin d’être le plus intéressant surtout qu’il y a peu de rebondissements. Le segment 1936 est centré sur la personnalité particulière de Frobisher, il est d’ailleurs presque conté comme une autobiographie de par les lettres que Frobisher fait parvenir à Sixsmith. Sa relation tendue avec Ayrs reste un des points forts du segment, qui est bien raconté mais sans plus. Le segment de 1973 est le plus riche, faisant intervenir plus de rebondissements et de personnages au service d’un scénario de thriller, mais ne se distingue pas par son originalité outre mesure. Le segment de 2012 est le plus WTF, car il prend une tournure très comique avec les pérégrinations de Cavendish dans sa maison de vieux, qui vont comploter contre la direction. Le début marqué par un pétage de plombs de Hoggins est tout à fait croustillant. Mais c’est le segment qui est le plus indépendant des autres, et le fait que le ton tranche carrément avec le reste nous fait tout de même demander ce que cette histoire incongrue fout au beau milieu de tout ça. Les segments futuristes sont heureusement, et de loin, les plus intéressants du lot. Celui de 2144 est le plus visuellement réussi, le plus varié (c’est le seul à comporter un tant soit peu d’action) et le mieux raconté, les Wachowski ont vraiment fait un excellent taf sur ce segment, qui aurait même mérité d’avoir un film à lui tout seul tant les possibilités semblent grandes à partir du peu de disponible au sein de Cloud Atlas. Enfin le segment ???? est tout à fait captivant de par son atmosphère post-apocalyptique particulière, et de par la confrontation de deux civilisations aux technologies radicalement opposées, en plus de décors (naturels et artificiels) somptueux. Si l’on est obligé de tout « subir » de par la narration qui mélange toutes les histoires, il faut à la fois reconnaître que chaque segment reste bien ancré dans son ambiance qui lui est propre, et à la fois que tout l’intérêt du film repose sur le fait d’avoir marié le tout en une seule traite de 2h45min, ce qui rend finalement l’ensemble assez prenant avec très peu de passages à vide. Si tous les segments avaient été étalés un à un, le résultat aurait probablement été bien moins saisissant.

Néanmoins, la promesse de voir « des acteurs incarnant plusieurs personnages à diverses époques » est un peu faussée. Si Tom Hanks est clairement l’acteur le plus présent, avec des rôles secondaires très significatifs, le rapport est loin d’être évident pour tous les autres, jouant parfois des rôles tertiaires voire carrément de la figuration. Halle Berry tient deux rôles importants, dans les segments 1973 et ????, mais à part ça c’est quasi-nada. Pareil pour Jim Sturgess dans les segments 1849 et 2144. Jim Broadbent n’a son importance que dans le segment 2012, où il est d’ailleurs bien seul, bien que son rôle dans le segment 1936 soit également significatif. Ben Whishaw n’est en vue que dans le segment 1936 où il est le personnage principal. Hugo Weaving joue quant à lui un rôle secondaire dans tous les segments. Doona Bae est la star du segment 2144, évoquée largement dans le segment ????, et on ne le revoit guère que dans la conclusion du segment 1849. Susan Sarandon, Hugh Grant et quelques autres n’ont que des rôles secondaires à droite et à gauche. Bref, la galerie d’acteurs promise qui joue X rôles à travers les âges, c’est légèrement de la poudre aux yeux et on pouvait s’imaginer que le lot d’acteurs constituerait une troupe pour chaque époque, mais ce n’est pas le cas. Mais au final, c’est presque tant mieux car ça évite de faire partir le film dans tous les sens. Mettre un ou deux personnages au centre de chaque segment était la meilleure chose à faire, certains étant de toute façon méconnaissables entre un segment et un autre, le plus flagrant étant Jim Sturgess dans les segments 1849 et 2144 (même si dans ce dernier, le fait qu’il soit grimé en coréen est un peu too much et trop artificiel, de la même manière Hugo Weaving ressemble à un monsieur Spock…). Comble de la curiosité, Ben Whishaw et Hugo Weaving jouent tous les deux dans le segment 2012 un rôle… de femme. En ce qui concerne le jeu d’acteurs en lui-même, il n’y a rien de particulier à signaler, mais tous sont convaincants dans leurs divers rôles respectifs. C’était la moindre des choses après tout…

Alors ensuite vient la question épineuse de la morale, du message, du but de tout ça. Notons déjà que la longue bande-annonce ne met en avant que les dialogues « philosophiques » de Cloud Atlas, et que le film est loin de verser dans des discours pompeux pendant 2h45. Du coup, ce film demeure plutôt accessible (tout est relatif), réservant plusieurs niveaux de lecture. On peut donc se contenter de suivre le film et ses segments sans forcément avoir à se creuser la tête pour chercher les explications morales, s’attarder sur les détails qui lient les segments est nettement plus passionnant. Du coup je ne dirai rien sur la quelconque « morale », parce que je suis totalement passé à côté de cet aspect, et de toute façon je m’en tamponne. Non, le plus intéressant est définitivement de suivre ce film qui constitue un habile mélange des genres particulièrement bluffant et maîtrisé. Tout n’est pas parfait parce que les segments sont inégaux, mais la fluidité de la narration fait qu’on peut facilement y passer outre, car on saute vite d’une histoire à une autre et la lassitude n’a pas le temps de s’installer. Le film a même quelques relents de « ah oui tiens, y’a encore l’histoire de ceux-là », sans tomber dans l’extrême à la Seigneur des Anneaux où l’on prend des nouvelles de chaque lot de personnages toutes les demi-heures. Inclassable, car donnant l’impression de regarder plusieurs films en même temps, seulement liés par des détails petits ou gros, Cloud Atlas est résolument une expérience cinématographique à vivre. Science-Fiction, anticipation, post-apo, comédie plus ou moins dramatique, aventures, thriller, film historique, il y a un peu de tout et contrairement à ce qui avait été annoncé, je trouve qu’il y a finalement bien peu de romance (à part le segment 1936) ou de « fable sur l’amour, l’au-delà et blablabla de je-ne-sais-plus-trop-quoi pompeux et rébarbatif ». Au final, les 2h45 de Cloud Atlas sont prenantes et passionnantes (et réserve même en toute fin de film un coup de théâtre sur le segment ????), et globalement ce film est une réussite, malgré quelques petits défauts. Dense, nécessitant une certaine immersion, mais tout de même relativement digeste et de toute manière, superbement mis en images et interprété. Peut-être qu’avec encore peu de choses, Cloud Atlas aurait pu être un véritable chef d’œuvre, mais dans l’absolu je suis tout à fait convaincu et ce film tient bien sa promesse initiale : il est grandiose.

Note : 8.5/10

jeudi 14 février 2013

Ronin


Il y a des films comme ça, que l’on trouve sous- ou mésestimés (et j’en aurai un paquet à vous citer). En voilà un qui semble en faire partie. Il s’agit de Ronin, film de John Frankenheimer datant de 1998. Si j’en crois mon magazine TV qui le dépeint à chacune de ses nombreuses rediffusions comme « plat », ce film ne semble pas être considéré comme un classique, loin de là. Pourtant il est plutôt bien noté sur RYM, ce qui me rassure un peu. Peut-être est-il surtout connu pour être un film avec Robert De Niro, et qui a été tourné en France. Mais même si le bon Robert est la vedette du film -avec le local Jean Reno- et que les décors naturels parisiens, de la côte d’Azur et d’Arles ont leur charme, Ronin c’est un peu plus que ça. C’est un thriller d’action redoutable d’efficacité, tout en faisant preuve d’une certaine simplicité et sobriété, ce qui fait toute la différence.

L’histoire tout d’abord : à Paris, l’irlandaise Deirdre (Natascha McElhone) recrute une fine équipe de mercenaires, notamment des anciens du KGB et de la CIA en cavale, pour une mission ordonnée par un commanditaire secret : récupérer une mallette détenue par des truands, avant qu’elle ne soit vendue à des russes. Avec le peu d’infos et un matos restreint, la dream team doit mener sa mission à bien, pour pouvoir récupérer leur gracieux salaire. Mais alors qu’elle planifie les opérations, l’équipe menée par Sam (Robert De Niro) va devoir affronter des fortunes diverses : la difficulté du terrain bien évidemment, la froideur de Deirdre qui garde bien aux chaud ses secrets sur les commanditaires de l’opération, mais également les propres démons de mercenaires pas très clairs, Spence (Sean Bean) en tête, mais également un des leurs qui va être à l’origine d’une trahison spectaculaire. Sam et Vincent (Jean Reno) vont donc devoir recoller les bouts et récupérer la mallette coûte que coûte, tiraillée entre russes et irlandais. Mais là-dedans les objectifs de Sam sont bien précis…

« Y'a quoi dans la mallette ? »

Et au milieu de tout ça, John Frankenheimer nous colle un paquet d’action. Fusillades, flinguages, poursuites épiques en bagnole, moments de bravoure « tu m’as sauvé la vie mon frère », tout y passe dans un film au rythme assez soutenu mais qui sait envoyer le pâté quand il faut. On pourrait presque penser à une prod Besson, poursuites de folie, meurtres de pauvres gens à l’appui et méchants pas beaux à l’appui, mais nous avons ici droit à un scénario tout à fait limpide, émaillé de coups de théâtre et révélations maintenant une tension palpable. Frankenheimer a également joué la carte de la sobriété en livrant un film très réaliste, qui ne part jamais dans le déluge d’effets spéciaux ou de cascades WTF. L’aspect tellement réaliste pourra rebuter, la froideur du récit étant pourtant savamment calculée et dosée, ne donnant que de très rares longueurs. C’est certes poli et (très) sobre, mais tout de même relativement dynamique. Ce thriller varié est donc parfaitement équilibré, excellemment ficelé et ne laisse rien au hasard, dans un ensemble certes classique mais bien fait et bien joué. On regrettera peut-être quelques grosses ficelles ici et là, notamment dans le comportement de ces « agents » qui ont toujours une solution à tout et ont toujours des potes dans le coin, mais cela nous donne également un film particulièrement méticuleux et réfléchi, un genre de film que je trouve bien trop rare.

Un autre atout qu’a Ronin dans son jeu, c’est son casting faramineux. Visez un peu : Robert De Niro, Jean Reno, Stellan Skarsgård, Sean Bean, Jonathan Pryce, Michael Lonsdale… du 4 étoiles. Les deux premiers font peut-être du déjà vu pour eux, mais ça fonctionne. Les autres sont, dans leurs registres respectifs, tout à fait excellents. Le seul bémol que je mettrai sera pour Natascha McElhone, qui est tellement à fond dans l’aspect froid du film qu’elle en devient assez agaçante (son seul sourire sera… calculé pour les besoins de l’opération). Le film joue également sur la fraternité naissante entre Robert De Niro et Jean Reno, qui vont devoir se faire confiance avec leurs principes. Le premier joue d’ailleurs à la perfection son rôle de chef d’équipe qui va devoir sauver la situation, étant le point d’ancrage de l’aspect méticuleux du film. Reste alors le cas du mystérieux Spence (Sean Bean), qui disparaît après la première partie du film. Quel était exactement son rôle ? Qui était-il ? Des questions qui ne trouveront pas réponse, même si on peut se faire des suppositions évidentes. Toujours est-il que son apport au film est finalement assez inutile, surtout par rapport à la « morale » voulue, notamment autour du concept de Ronin (c’est quoi ? regardez le film pour voire Michael Lonsdale vous donner l’explication).

Au bout du compte, ce film que j’ai déjà vu 4 ou 5 fois est toujours aussi plaisant à regarder, même en connaissant le scénario (sur ce revisionnage, je ne me souvenais plus du véritable rôle de Sam dévoilé à la fin, comme quoi on redécouvre toujours des choses). John Frankenheimer signe donc un thriller d’action sobre et réaliste, mais efficace avec un scénario travaillé, nous offrant un film méticuleux à souhait, porté par un casting d’enfer. Même s’il date de 1998, ce film n’a pas pris une ride, même si au lieu de rouler en grosse BM ou Audi les protagonistes se pourchassent en CX ou en 405 (voire même en 406, ce qui devait être un luxe à l’époque). Il passe tellement sur la TNT (sur ce coup c’était carrément France 3 !) que l’on pourrait penser que c’est un fond de tiroir, mais il n’en est rien. La prochaine fois si vous ne l’avez jamais vu, il ne faudra donc pas le manquer. Un film qui peut rebuter par sa froideur (c’est sûr que niveau action on a vu des choses plus percutantes depuis) mais Ronin parvient parfaitement à remplir son rôle de divertissement un minimum réfléchi.

Note : 8/10