Eh bien dites-donc, en cette année 2013 on croirait que
les magiciens, illusionnistes et autres prestigidateurs sont à la mode. Après
The Incredible Burt Wonderstone (ou plutôt avant, s’il daigne sortir un jour en
France), voilà Insaisissables. Un film dont je n’avais d’ailleurs jamais
entendu parler seulement deux semaines avant sa sortie, découvert au détour du
mag Côté Ciné et de la bande-annonce vue avant Pacific Rim. Le film américain
avec un réalisateur français (Louis Leterrier) et des acteurs français. Pas de
Bessonerie et Insaisissables semble être une production à part. Je n’ai donc vu
que bien peu de promotion autour de ce film voulant mêler magie et action,
pourtant son démarrage en salles semble plus que satisfaisant. C’est l’effet
« film américain fait par des français » ? Toujours est-il que
le pitch original et la bande-annonce semble alléchante. J’ai donc préféré ce
film sorti de nulle part à R.I.P.D. sorti le même jour. Sachant que ce dernier
fait peur (en termes de qualité, pas parce qu’il y a des fantômes), qu’a
Insaisissables comme arguments pour sortir vainqueur de ce match du 31
juillet ?
Quatre magiciens talentueux mais un brin malhonnêtes sont
réunis à New York par un mystérieux messager : Daniel Atlas (Jesse
Eisenberg) un habile manipulateur de cartes, Merritt McKinney (Woddy Harrelson)
un mentaliste hypnotiseur et arnaqueur, Jack Wilder (Dave Franco, oui le
« frère de ») un plieur de cuillères doublé d’un pickpocket, et Henley
Reeves (Isla Fisher) une habituée aux numéros d’évasion dangereux. Un an après
leur rencontre, les quatre cavaliers (« The Four Horsemen » en VO,
oui oui comme Metallica) ont bien monté leur affaire grâce aux deniers de Tressler
(Michael Caine), et à l’occasion d’un spectacle à Las Vegas ils vont présenter
un tour bien particulier : un braquage d’une banque française à distance.
Un tour de magie pour distribuer des € au public qui va de suite attirer
l’attention du FBI et d’Interpol. Dylan Rhodes (Mark Ruffalo) et Alma Dray
(Mélanie Laurent) vont donc se retrouver à leurs trousses, en essayant de les
empêcher de jouer d’autres mauvais tours. Ils vont alors devoir solliciter
l’aide de Thaddeus Bradley (Morgan Freeman), un magicien spécialisé dans le
démontage et l’explication des tours de magie… Mais les quatre cavaliers sont
insaisissables et essayent de leur côté d’atteindre leur but, très mystique…
« Ne bougez plus. »
Si le film était présenté comme un mix entre de l’action
et de la magie, il laisse surtout -voire presque toute- la place à la deuxième
composante. On aurait envie de dire tant mieux, car se retrouver avec une
Bessonerie ou de l’action à donf (Louis Leterrier a réalisé les deux premiers
Transporteur, Danny The Dog, L’Incroyable Hulk…) n’était pas forcément adapté à
un film sur la magie. Pourtant, cela aurait pu donner un peu plus de punch à un
film plus bavard que palpitant. L’action, c’est un peu de bagarre et une
poursuite en voiture (qui se suivent d’ailleurs), et c’est tout. Tout le reste
est centré sur la magie, avec les tentatives de Dylan pour y comprendre quelque
chose, décortiquer les évènements, anticiper et essayer d’avoir un coup
d’avance sur les magiciens, ou de ne pas en avoir trop de coups de retard. Le
film, qui joue pourtant la carte d’une longe intro histoire de présenter les
personnages et se mettre dans le bain (la scène à Las Vegas avec le braquage de
banque intervient finalement assez tard, même si c’est de l’ordre du relatif),
souffre bien vite de longueurs avec des dialogues et autres explications de Thaddeus,
avant de se réveiller sensiblement sur la fin. Plus que les pérégrinations des
4 magiciens, l’action principale se situe surtout autour de Dylan et de ses
tentatives pour les retrouver et les arrêter, ce qui nous donne des intrigues
secondaires qui deviennent bien vite tertiaires… et on aurait plus aimé avoir
le point de vue des magiciens et leur « quête » plus en détail.
Du coup le scénario est légèrement étriqué mais il n’en
souffre pas tant que ça. Rien n’est trop tordu dans ce film, ce qui est un bon
et un mauvais point, car c’est facile à suivre (il faut être bien éveillé quand
même) mais on sent que le film aurait pu aller plus loin. Certains
rebondissements sont prévisibles, d’autres beaucoup moins (je pense à la
révélation fracassante à la fin, peut-être un peu grotesque d’ailleurs mais ça
tient la route et dénoue le tout). Le film se laisse suivre mais se masque derrière une fausse
complexité au final, comme les illusions qu’il présente. On se prend plus de
sympathie pour ce quatuor de magiciens qui ont plus d’un tour dans leur sac
(avec quelques trucs bluffants), ainsi que pour l’équipe de bras cassés qui
essayent de les empêcher de « nuire », et qui souffrent de leurs
coups tordus, que pour l’histoire en elle-même. Le film est surtout axé sur
certaines doctrines de la magie, style « regardez plus près » ou
« le magicien détourne votre attention », ce qui est le point fort du
film qui a vraiment tout misé sur les concepts de la magie. Les acteurs portent
également le film, notamment Mark Ruffalo excellent de bout en bout (c’est
presque le personnage principal), ainsi que les 4 cavaliers bien qu’il manque
un petit quelque chose pour donner à leurs personnages plus de relief, ce qui
rejoint ce que je disais sur le fait qu’ils passent trop au second plan. Morgan
Freeman et Michael Caine font (respectivement) du Morgan Freeman et du Michael
Caine, et c’est très bien. Quand à nos deux frenchies, c’est là que ça
coince : Mélanie Laurent est vraiment peu convaincante, à des années-lumière
de Inglorious Basterds (donc on ne brandira pas l’excuse « premier film
international »), quant à José Garcia c’est plus de la figuration qu’autre
chose… c’est juste histoire de dire qu’on a mis un français pour jouer un
français, voilà quoi.
Ce qui est le plus à déplorer concernant Insaisissables,
c’est surtout qu’il soit anecdotique. Le pitch est original, l’univers de la
magie bien mis en valeur, mais sinon ce film difficile à classer (ni trop
action, ni vraiment thriller, un peu policier, un peu comédie, fantastique sans
l’être…) a finalement trop peu d’arguments pour rester dans les mémoires. C’est
un film un minimum bien ficelé qui brode autour de l’univers de la magie et
d’histoires de vols et braquages, parfois avec brio, mais dans l’ensemble assez
inégal et qui aurait bénéficié de l’apport d’un peu plus de folie. Trop timide
pour se démarquer de la masse, souffrant de longueurs et d’un manque de
développement de certains points, Insaisissables se pose finalement comme une
sortie franco-américaine assez mineure (d’ailleurs les effets spéciaux ne sont
pas géniaux). C’est sympathique à suivre mais ça ne va pas franchement chercher
bien loin. Ça plaira à ceux qui sont du genre à suivre les émissions
« comment sont fait les tours de magie » présentés il fut un temps
par Denis Brogniart sur une obscure chaîne de la TNT, pour les autres ça sera
une curiosité, pas la bouse de l’année mais pas un film qui tutoiera le Top
Ten. Insaisissables était prometteur, mais on reste un peu sur sa faim et il y
avait avec certitude moyen de faire mieux au global. C’est un peu dommage.
Cela n’a pas échappé aux cinéphiles s’intéressant aux
thrillers et films « à enquête » en général, le célèbre livre du
romancier suédois Stieg LarssonMillénnium : Les hommes qui n’aimaient pas
les femmes a bénéficié de deux adaptations cinématographiques, très rapprochées
d’ailleurs : une version suédoise datant de 2009 réalisée par Niels Arden
Oplev (sous le nom Män Som Hatar Kvinnor), qui existe d’ailleurs en version
longue (en réalité les deux premiers épisodes de la série TV) ; et une
version américaine réalisée en 2011 par David Fincher (sous le nom The Girl With the Dragon Tattoo). Gna gna gna adaptation
de bouquin et réadaptation amérloque cépasbien, bref si vous êtes du genre à
dire ça passez votre chemin. Les autres se sont déjà penchés sur au moins un des
deux films, pour un film d’enquête ma foi très passionnant. J’ai longtemps fui
Millénnium malgré les critiques dithyrambiques à son encontre, l’histoire ayant
une réputation d’étouffe-chrétien et le style ne m’intéresse pas à la base.
Inutile de dire que je n’ai jamais lu le bouquin et que je n’ai pas
spécialement l’intention de le faire, on va donc ici s’intéresser uniquement à
ce que le portage sur les écrans a à nous proposer. Comme je le disais, j’ai fui la
version suédoise malgré ses nombreux passages TV, mais j’étais finalement allé
voir la version US au ciné par curiosité, en me disant que l’histoire devrait
être plus accessible car forcément digérée pour le public américain, ce qui n’est
pas forcément le cas d’ailleurs. J’ai finalement été conquis et j’ai ensuite rattrapé
mon retard en visionnant la version suédoise qui n’est pas dénuée d’intérêt.
Voici donc un article un peu particulier qui va évaluer parallèlement les deux
versions pour voir, peut-être, quelle est la meilleure adaptation de Millénnium :
Les hommes qui n’aimaient pas les femmes…
** ALERTE SPOILER : ce qui suit dévoile des éléments-clé
de l’intrigue. Article à réserver à ceux qui ont vu au moins une des deux
versions du film… **
L’histoire : Hormis quelques points qui diffèrent
selon les versions, la base est la même et la voici : Mikael Blomqvist
(Michael Nyqvist/Daniel Craig), journaliste économique de la revue suédoise
Millennium, est condamné pour avoir diffamé un puissant industriel, Hans-Erik
Wennerström. Contraint de se tenir à carreau, il est contacté par Henrik Vanger
(Sven-Bertil Taube/Christopher Plummer), vieux dirigeant de l’influent groupe
Vanger. Ce dernier voudrait que Blomqvist mène une enquête sur la disparition
de sa nièce Harriet dans les années 60, disparition jamais élucidée, alors que
Henrik reçoit tous les ans pour son anniversaire une fleur séchée, cadeau
traditionnel de Harriet dans son enfance… Blomqvist va donc devoir mener l’enquête
au sein d’une famille bien tordue où chacun à ses secrets. Pour son enquête, le
journaliste va bénéficier de l’aide de Lisbeth Salander (Noomi Rapace/Rooney
Mara), une jeune goth-punk asociale mais hackeuse de génie, qui avait enquêté
sur Blomqvist même pour le compte de l’associé de Henrik. Le duo va vite se
retrouver au beau milieu d’une série de meurtres de femmes non élucidés, dont
Harriet avait pris connaissance…
Les différences : Si les deux versions racontent
bien évidemment la même histoire, avec des scènes quasi-identiques parfois, tout
n’est pas pareil à 100% (forcément). On passera sur les quelques détails
futiles variant d’une version à l’autre, mais certains détails concernent le
scénario même et changent plus ou moins radicalement la façon dont l’histoire
se déroule. Passage en revue, en essayant d’être exhaustif :
- Dans la version US, Blomqvist n’écope pas de 3 mois de
prison. Dans la version suédoise on sait qu’il ne compte pas faire appel, ce
qui n’est pas mentionné clairement dans la version US.
- Blomqvist a une fille dans la version US (en tout cas,
c’est la seule version où le personnage est présent), et elle va avoir son
importance…
- En effet, c’est elle qui renseigne Blomqvist sur les
numéros du journal de Harriet qui correspondent aux versets de la bible. Dans
la version suédoise, c’est Lisbeth qui découvre la signification des numéros et
le communique à Blomqvist par mail, ce qui va aboutir à leur prise de contact. Par ailleurs dans la version suédoise Harriett avait entouré un des noms en rouge, ce qui n'est pas le cas dans la version US...
- Du coup, la rencontre entre Blomqvist et Lisbeth est
légèrement différente selon les versions. Dans la version suédoise, Lisbeth
continue à espionner Blomqvist, ce qui ne semble pas être le cas dans la
version US. En revanche, leur prise de contact est quasi-identique (Frode
l’assistant de Henrik Vanger recommande dans les deux cas Lisbeth à Blomqvist,
ce dernier partant à sa rencontre à son appart. Toutefois dans la version US
Blomqvist va se renseigner sur Libseth dans l’entreprise où elle est embauchée).
- Cependant, l’enquête n’avance pas de la même
manière : dans la version US, Blomqvist découvre l’existence des meurtres
avant sa rencontre avec Lisbeth, et se sert de ces meurtres pour convaincre la
hackeuse de l’aider ; dans la version suédoise les deux enquêtent et
traversent le pays pour en découvrir les circonstances ; dans la version
US c’est Lisbeth seule qui s’en charge, avant son déménagement sur l’île, et ce
passage est traité très succinctement.
- Dans la version suédoise, Blomqvist a connu Harriet et
Anita dans sa jeunesse, ce qui n’est pas le cas dans la version US ; il
n’est donc pas spécialement proche des Vanger dans cette dernière version. Dans
la version suédoise, Blomqvist confond du coup Anita et Harriet dans ses
souvenirs, à cause du collier d’ambre.
- Autre différence de taille : dans la version US,
les Vanger ne sont pas au courant que Blomqvist est là pour enquêter sur
Harriet ; dans la version suédoise ils le sont et on trouve même une scène
de réunion des Vanger où ils lui demandent d’arrêter ses recherches, dans la
version US cette scène est remplacée par une simple exaspération d’Isabella
dans le hall de l’hôpital où est soigné Henrik.
- Encore une autre de taille : dans la version
suédoise Anita est donné morte d’un cancer, ce n’est que tout à la fin du film
qu’on apprend qu’elle est vivante, qu’elle vit en Australie et qu’il s’agit en
fait d’Harriet. Dans la version US, c’est totalement différent : Blomqvist
retrouve Anita bien plus tôt à Londres (alors que dans la version suédoise
c’est Lisbeth qui la retrouve) et ce n’est qu’à la fin du film qu’il déduit que
c’est Harriet.
- Dans la version suédoise, Harald est d’abord soupçonné
des meurtres, avant que les recherches de Lisbeth ne l’innocentent et accusent
Gottfried, puis Martin, à la place. Dans la version US Gottfried est
directement identifié comme responsable des meurtres (sauf le dernier). Dans
cette même version Harald, qui n’est jamais soupçonné de quoi que ce soit,
fournit des photos à Blomqvist, qui vont lui permettre d’identifier Martin,
alors que dans la version suédoise le journaliste s’introduit chez Harald.
- Du coup la rencontre finale entre Blomqvist et Martin
change : dans la version suédoise Martin ramène Blomqvist chez lui après
l’avoir trouvé chez Harald ; dans la version US Blomqvist a directement
tenté de s’introduire chez Martin. Notons également que dans la version US,
Martin est identifié à la fois par Blomqvist et Lisbeth grâce à son uniforme
d’étudiant ; dans la version suédoise seule Lisbeth identifie Martin
(grâce à son pull bleu) et Blomqvist ne sait donc pas que Martin est coupable
au moment d’entrer chez lui. Enfin, dans la version US Blomqvist donne
l’« autorisation » à Lisbeth de tuer Martin ; dans la version
suédoise il lui demande si elle n’a rien pu faire pour le sauver…
- Par rapport à Wennerström : dans la version
suédoise on apprend à la fin du film qu’il s’est suicidé, alors que la version
US parle d’un meurtre mafieux. Dans cette dernière, Henrik promet en engageant
Blomqvist qu’il lui donnera des documents contre Wennerström, ce qui n’est pas
le cas dans la version suédoise. Dans les deux cas, c’est Lisbeth qui donne à
Blomqvist des preuves pour accuser à nouveau Wennerström, dans la version US on
apprend qu’elle avait déjà fait des recherches avant d’aider Blomqvist.
- A la fin du film, dans la version US, on voit comment
Lisbeth a soutiré de l’argent à Wennerström. Dans la version suédoise ce
passage est seulement évoqué, mais Blomqvist reconnaît Lisbeth à la fin (sur
les images des caméras), alors que dans la version US il n’a pas connaissance
des magouilles de Lisbeth (elle lui fait croire qu’elle a fait un
« placement »).
- Enfin, dans la version US Lisbeth dit à Blomqvist
qu’elle a essayé de tuer son père, alors que dans la version suédoise elle ne
révèle rien de son passé au journaliste (qui est donné au spectateur par des
flash-backs). Dans la version suédoise, Lisbeth va retrouver sa mère, ce qui
n’est pas le cas dans la version US (elle retrouve son premier tuteur, devenu
un légume, à la place).
Les personnages et acteurs : A casting différents,
acteurs différents et donc approche différente des personnages. Intéressons-nous
déjà aux deux personnages principaux que sont Lisbeth et Blomqvist : j’avoue
ne pas trop être fan de Noomi Rapace dans la version suédoise, elle surjoue
trop son personnage de goth-punk hyper renfermée qui ne sourit jamais, son jeu
est bien trop linéaire pour être crédible. Rooney Mara est plus « naturelle »
et joue bien mieux le côté froid du personnage de Lisbeth, et est du coup plus
convaincante quand il s’agit d’être au bord de péter les plombs (à ce titre, dans
la version US la scène de « vengeance » contre son tuteur est
carrément anthologique). En ce qui concerne Blomqvist, c’est kif-kif dans l’ensemble,
pourtant Michael Nyqvist et Daniel Craig sont bien différents (par exemple, le
second porte des lunettes et fume, ce qui n’est pas le cas du premier) même s’ils
se ressemblent finalement. On peut trouver que Craig à tendance à vouloir trop
se rapprocher du jeu de Nyqvist, notamment lors des passages où il joue un
personnage un peu lourdaud et fragile, ce qui met l’acteur bien loin de ses
rôles de James Bond ou dans Cowboys & Envahisseurs. Pour les autres, ça
dépend des versions. Certains personnages n’ont pas du tout la même importance,
on voit relativement peu Henrik Vanger et l’inspecteur Morell dans la version
US (dans la version suédoise ce dernier est presque à la retraite, alors que
dans la version US il semble déjà l’être…), ce qui est dommage pour Christopher
Plummer (Henrik dans la version US) qui est un peu effacé. Cecilia Vanger n’a
pas du tout le même caractère dans les deux versions. En revanche les deux
acteurs campant à tour de rôle Frode se ressemblent énormément ! Deux
personnages tranchent totalement selon les versions : Martin Vanger et le
tuteur de Lisbeth. En ce qui concerne le premier, Stellan Skarsgård (version
US) est cent fois mieux que le fade Peter Haber de la version suédoise. Pour le
second, celui de la version suédoise est diaboliquement sournois et pervers,
tandis que celui de la version US est juste un porc et un gros con, sans plus.
Pour tout le reste, les personnages se valent, comme Erika par exemple (Lena
Endre/Robin Wright). Un détail idiot pour finir : dans la version suédoise
Wennerström est chauve alors que dans la version US il a une sacrée touffe…
Le reste : Au niveau de l’ambiance globale, les deux
versions diffèrent sensiblement. La version suédoise est dans l’ensemble plutôt
sobre malgré une belle photographie, la version US est un peu plus personnelle,
plus « froide » (les suédois trouveront peut-être qu’on se moque sans
vergogne de leur pays, il est d’ailleurs très amusant de voir Daniel Craig se
les cailler menu), bref plus dans l’esprit de Fincher. En ce qui concerne la
dynamique de l’ensemble, les deux versions se valent, de même que les décors
(forcément…). La version US semble plus moderne mais la suédoise l’était déjà à
vrai dire. D’ailleurs, si les deux films sont bien g33k avec leurs macbooks de
partout, c’est finalement la version suédoise qui est la plus « branchée »
et c’est plutôt étonnant. Reste quelques petites différences, notamment dans le
traitement des flashbacks et des retours sur les années 60. La version US
choisit de retranscrire de nombreuses scènes du passé, alors que la version
suédoise se cantonne à l’essentiel. Du coup la version suédoise joue plus sur
la « nostalgie » et met bien en évidence les documents qu’épluche
Blomqvist avec son fameux « mur », qui est bien plus important dans
la version suédoise et la réalisation joue un max avec ça. L’autre différence
notable vient des scènes « hardcore » avec Lisbeth et son tuteur
détraqué du gland. Ces scènes sont beaucoup plus explicites et rentre-dedans
(dans tous les sens du terme) dans la version US, même si la version longue du
portage suédois en rajoute un peu notamment au niveau des dialogues crus. Bref
pour les âmes sensibles il est plus conseillé de se pencher sur la version
courte concoctée par les suédois…
Verdict ? : Eh bien il va être dur de donner un
gagnant ! Avant toute chose je tiens à dire que les deux versions sont de
qualité. L’histoire est peut-être plus fluide dans la version US et parfois un
peu confuse dans la version suédoise, et il est difficile de comparer de
manière trop brute car les deux versions ont leur scénario propre qui utilise
des circonvolutions différentes. Et forcément, quand on voit une version avant
l’autre (dans mon cas, la version US en premier), ça altère le jugement. Chaque
version a ses qualités et ses défauts par rapport à l’autre et au final ça s’équilibre.
Donc je ne peux pas faire autrement que de décréter match nul. David Fincher
adapte ce premier volet de Millennium avec brio, mais a peut-être changé trop
de choses et « américanise » un peu le propos. La version suédoise
est très bien à la base, mais ne va pas chercher très loin au final. L’important
reste donc l’histoire de base, qui est passionnante et qui a, au final,
accouché de deux très bons films d’« enquête ». Je pense que c’est ce
qu’il faut retenir, mais à aucun moment le portage américain n’est scandaleux
(à moins d’être trop attaché au bouquin mais encore une fois je ne peux
absolument pas juger ce point) et n’est d’office inférieur à la version
suédoise par pur acquis de purisme. On verra ce que donneront les portages
américains des 2 bouquins suivants (si tant est qu’ils sont bien prévus…), et
de mon côté il faut déjà que je me fasse les versions suédoises pour tâter le
terrain. En attendant Millénnium : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes a bénéficié de
deux adaptations tout à fait réussies et prenantes. Skål !
Verdict : Match nul
Pour conclure, la version US bénéficie tout de même de la
musique de Trent Reznor et Atticus Ross, même si les deux compères ont fait
mieux dans The Social Network. Mais le thème d’entrée est génial et les images
qui l’accompagnent également :