Si j’ai créé ce blog dans le but de faire de la critique
cinéma purgée de toute forme de purisme ou d’exigences disproportionnées
faisant parfois fi des particularités des genres (même les moins appréciables),
il y a un truc avec lequel je ne rigole pas ce sont les adaptations de bédé.
L’exercice est casse-gueule surtout avec la création francophone. Astérix &
Obélix en ont fait les frais : après un Astérix & Obélix Mission
Cléopâtre ô combien jouissif, Astérix & Obélix aux Jeux Olympiques et
Astérix & Obélix Au Service de Sa Majesté ont été des purges mémorables,
surtout le second (mais quel massacre !). J’ai renoncé à aller voir Boule
& Bill plus tôt cette année : trop enfantin et le casting ne me
plaisait pas du tout. Par contre, voilà quelque chose de plus
intéressant : Les Profs. Je suis la BD depuis le premier tome et je me
demandais justement quand cette bédé à potentiel allait être portée sur
l’écran, pour enfin voir les personnages prendre vie. Cette BD est tout à fait
excellente avec un travail de fond qui correspond exactement au train-train
quotidien des profs avec un humour finalement très référencé et spécialisé (je
connais un paquet de profs qui peuvent en témoigner). Bref, il y avait de quoi
faire avec des personnages forts, et Pierre-François Martin-Laval a toutes les
cartes en main pour nous faire quelque chose qui fonctionne un minimum.
Hélas, d’emblée l’emballage de l’ensemble est
déconcertant. De par son scénario bien spécifique, qui ne correspond pas à la
réalité dans laquelle s’ancre la BD et part d’ores et déjà dans une direction
incongrue et délirante. Alors que les taux de réussite du Bac sont excellents
(c’est Claire Chazal en personne qui le dit au début du film), le pourcentage
du lycée Jules Ferry est lui catastrophique, faisant de lui le pire lycée de
France. L’inspecteur d’académie (Dominique Pinon) sur les conseils de son
adjoint (François Morel) décide alors de soumettre le lycée à un traitement
fantaisiste : s’il y a là-bas les pires élèves, envoyons-leur les pires
profs et « moins par moins, ça fait plus ». Le lycée doit donc
obtenir 50% de réussite à la fin de l’année scolaire, sinon il sera fermé. Au
grand dam du proviseur (Philippe Duclos), débarque alors une fine équipe :
Antoine Polochon (Pierre-François Martin-Laval), prof d’histoire die-hard fan
de Napoléon qui n’a jamais pu avoir son CAPES ; Gladys (Isabelle Nanty),
prof d’anglais tyrannique adepte du lancer de craies ; Maurice (Raymond
Bouchard), prof de philo à la doctrine incompréhensible ; Amina (Stéfi
Celma), prof de français aux formes affriolantes qui perturbent les élèves
(masculins) ; Eric (Arnaud Ducret), prof d’EPS écervelé aux méthodes peu
conventionnelles ; Albert (Fred Tousch), prof de chimie pour le moins
« explosif » ; et enfin Serge (Christian Clavier), prof de… on
sait pas trop quoi (mais on peut suggérer sa matière au fil du film, je ne le
dévoile pas car pour les fans de la BD c’est un serpent de mer !) glandeur
à l’extrême. Ce septette va donc avoir pour mission de faire réussir la classe
de terminale du petit lycée, qui a pour star l’énième redoublant Boulard (Kev
Adams)… et leurs méthodes vont devoir s’adapter au fil de l’année scolaire
alors que le proviseur et l’inspecteur adjoint ont d’autres intentions…
D’emblée, cela ne correspond pas franchement à l’esprit
de la BD qui suit une équipe pédagogique somme toute « normale »
(mais un brin farfelue comme de bien entendu) avec bon nombre de strips
« en coulisses » plus qu’en classe, mais pour un film d’1h30 il
fallait bien trouver une histoire. Autant dire que le scénario et ses
« rebondissements » tient sur un demi ticket de ciné et n’est
prétexte qu’à une accumulation de gags, même si nous ne sommes pas dans une
suite de strips mais bien un film à part entière. Première chose qui tranche
par rapport aux personnages de la BD : ils ne sont pas tous franchement
ressemblants. Pourquoi avoir pris le temps de grimer Isabelle Nanty en Gladys
(et très bien d’ailleurs) si c’est pour occulter tout le reste ? Hormis
Maurice et Amina qui ressemblent physiquement au personnage de BD qu’ils
campent à la base (ainsi que Boulard avec sa chemise et sa casquette), les
autres profs ne ressemblent ni de près ni de loin à ceux de la BD. Eric le prof
d’EPS est blond dans la BD, Arnaud Ducret est brun. Pareil pour Polochon (bon,
il faut dire qu’il aurait été difficile de faire en vrai sa coupe de cheveux
improbable), et Boulard aussi d’ailleurs. Le prof de chimie n’a pas les cheveux
longs. Serge n’a pas du tout ce style « baba-cool » que possède
Christian Clavier. D’ailleurs dans la BD le personnage s’appelle textuellement
« Tirocul », pas « Cutiro » (ils ont trouvé ça trop
vulgaire ?). Même les personnages secondaires, apparaissant également dans
la BD, ne correspondent pas à leurs versions papier. Pas de CPE à grandes
oreilles, pas de prof d’espagnol maniaco-dépressive, pas de prof d’allemand
rousse (bien qu’également courtisée par Polochon tout comme dans la BD), pas de
concierge méchant, seul Paul le syndicaliste correspond à peu près au
personnage de BD (hormis son physique, encore). Et le proviseur du film est
bien plus vieux que celui de la BD… tandis que l’« inspecteur
adjoint » n’y est tout simplement pas. Ajoutons à cela quelques
personnages absents (le prof de français vieux jeu, le prof de géographie
baroudeur, le surveillant glandeur, Nitchinsky, etc)
et le fait que certains personnages n’ont pas du tout la même importance que
ceux de la BD (le prof de chimie est très secondaire (même Serge l’est
assez !) alors qu’on voit souvent la prof d’espagnol dans la BD), fait que
Les Profs est finalement bien loin de l’univers de la BD dont il s’inspire
(plus qu’il ne l’adapte en fin de compte).
Et tout ça pour quoi ? Une relecture de la galerie
de personnages qui vire très vite à la caricature. C’est bien simple, tous les
personnages sont totalement débiles (le summum étant Eric le prof d’EPS) alors
que ce n’est absolument pas le cas dans la BD. Le ton est donc totalement différent.
Maurice n’aligne pas des locutions incompréhensibles dans la BD, Eric est moins
beauf et bien plus malin, Gladys ne lance pas de craies (elle hurle sur les
élèves plutôt). Seul Polochon le stressé est ici le plus proche du personnage
de la BD, en un peu plus con bien évidemment. Serge est propulsé au rang de
star et ça fonctionne plutôt bien (sachant qu’encore une fois, le personnage
est assez à part dans la BD). Amina n’a rien de spécial ni dans le film, ni
dans la BD (donc ça reste cohérent finalement), et comme Albert le prof de
chimie est tertiaire dans la BD ça en fait un personnage de film un peu
« nouveau » (et il s’en sort bien avec un gag d’explosion hilarant,
le meilleur du film). Les personnages sont donc clichesques et cabotins à l’extrême,
le pire étant même François Morel qui campe un personnage absolument pas
crédible. La crédibilité n’est de toute façon pas le maître mot du film, qui
part dans le n’importe quoi avec des gags WTFesques (mention spéciale à la
guerre des craies), faisant plus de Les Profs un dessin animé porté par de
vrais acteurs qu’autre chose. Les gags virent assez vite au grotesque, et au
final le film ne laisse apprécier qu’en switchant son cerveau sur
« off », alors que la BD laissait plus de place à l’analyse. Le côté
totalement débridé du film laisse finalement peu de place à un étalage de bons
sentiments ou de morale à deux balles (même si le happy end prévisible en tient
une petite couche), en revanche pour ce qui est des poncifs de films
« collèges et lycées » ça y va à fond et tout y passe, surtout les
scènes où les élèves sont mis en avant, contrairement à la BD où seuls les
profs sont véritablement à l’honneur (d’où le nom de la BD, haha).
Donc au bilan, Serge (Christian Clavier), Maurice
(Raymond Bouchard), Albert (Fred Tousch) et le proviseur étonnamment présent
(Philippe Duclos) s’en tirent avec les honneurs, de même que Boulard (Kev
Adams) qui est tout à fait supportable à vrai dire. Le reste, hormis deux
belles plantes pour les plus jeunes (Joana Person alias Nectarine) et moins jeunes (Alice
David, la prof d'allemand), ça ne vole pas très haut, et le film fait plus rire involontairement de
par son côté exagéré plus que par les dialogues, même si un bon nombre de gags
ou situations fonctionnent à merveille au sein d’un film tout de même assez
rythmé et pétillant. Au final, je n’arrive même pas à me faire un avis
définitif sur ce film. Dire que je suis déçu, oui et non car de toute façon il
était difficile de prévoir une adaptation « brute » du format (et
tiens, pas d’interludes « Shopping Prof » ? c’eût été une bonne
idée), mais il y avait peut-être moyen de faire mieux et rien qu’au niveau des
personnages, trop éloignés de leurs avatars BD, déjà. Un massacre de la
BD ? Non car le scénario s’est finalement autorisé une réinterprétation de
l’« histoire » qui demeure cohérente même si l’on peut déplorer le
résultat, un peu « too extreme » et passablement caricatural. En tout
cas, je trouve que ça trahit moins la BD que Astérix & Obélix : Au
Service de Sa Majesté qui avait tout foutu en l’air, lourdeurs et ratés à
l’appui. Disons que c’est très différent, sans être scandaleux, mais les
véritables profs qui attendaient les nombreux clins d’œil de la BD en seront
pour leurs frais (même si le film n’est pas « du côté des élèves »
comme j’ai pu l’entendre). Au final l’intérêt principal est de voir les
personnages prendre vie, tant pis pour l’esprit de la BD qui s’est perdu avec
les caméras. Pierre-François Martin-Laval s’est offert une
« adaptation » très personnelle qui nous donne une comédie explosive
et volontairement rétrograde, et c’est à prendre ou à laisser. Au final ce film
est plus à conseiller à ceux qui ne connaissent pas la BD, car le ton et les
situations proposées tranchent sévèrement, mais hélas dans le genre
« collèges et lycées » on est tout de même bien loin des références
comme P.R.O.F.S. ou Les Sous-Doués, qui commencent à dater d’ailleurs. Un film
marrant dans l’ensemble, qui part dans tous les sens avec un esprit presque
absurde et WTF, mais sans plus et qui sonne surtout comme un gros délire
inspiré d’une BD qu’une véritable volonté d’adaptation. Du coup on ne peut pas
vraiment jeter la pierre à PEF pour ne pas avoir respecté point par point ce
que propose la BD, mais bon… Les Profs ne restera pas dans les annales.
J’espère juste qu’ils ne vont pas nous concocter une suite style « Les
Profs en vacances », vacances qui est un sujet souvent abordé dans la BD,
en général par le biais d’une suite de strips. Et comme le film a eu un succès
inespéré au box-office…
Note : 6/10
J'avoue avoir longuement hésité à aller le voir pour finalement ne pas y aller, mais ta chronique (bien écrite au demeurant, mais je ne peux en dire plus vu que je n'ai pas vu le film) me fait me demander: as-tu déjà vu les films Ducobu et si oui, qu'en as-tu pensé ?
RépondreSupprimerHélas non, je n'ai pas vu les Ducobu. Je connais quelques BD mais le cabotinage de Elie Semoun ne pas pas franchement donné envie d'aller les voir...
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