dimanche 17 février 2013

Double Zéro


Allez, il est grand temps que j’expose au grand jour mes goûts de chiotte. Parlons donc d’un film avec Eric & Ramzy. Considéré comme culte à l’époque de La Tour Montparnasse Infernale, l’humour du duo semble avoir perdu de sa superbe avec le poids des ans. Leur seconde grosse production a donc bien peu de considération aujourd’hui. Il faut dire que la collusion de leur humour avec l’action « à la française » (Gérad Pirès a réalisé le premier Taxi) a de quoi faire grincer des dents des cinéphiles les plus avertis. Mais après tout, il faut remettre les choses à leur place. Double Zéro n’a, il me semble, jamais eu la prétention d’être un chef d’œuvre. C’est une comédie d’action un brin parodique, totalement idiote et rétrograde mais c’est complètement assumé, alors what ze fuck ? Posons nos neurones et apprécions ce film pour ce qu’il est.

Double Zéro démarre alors qu’un missile est volé de manière assez spectaculaire au beau milieu de la sibérie par la sculpturale Natty Dreads (Georgianna Robertson). La DGSE française est sur les dents, mais craint qu’une taupe ne se soit infiltrée dans leurs services. Pour éviter de faire courir à leurs meilleurs agents un risque inconsidéré, l’agence recrute par le biais du Monologu... euh, du Monocle (Rossy De Palma) deux « chèvres », soit non pas deux mauvais joueurs de foot mais deux civils totalement inoffensifs qui vont jouer le rôle de faux agents pour que les vrais puissent travailler dans l’ombre. Le choix se porte donc sur Ben (Eric Judor), un impulsif, et Will « Le Sauvage » (Ramzy Bedia) qui se croit irrésistible. Le duo est soumis à un rude entraînement et doit illico presto se rendre sur le terrain. Ben & Will vont donc devoir se frotter au « Mâle » (Edouard Baer), dont le but est de se servir du missile volé pour bombarder la planète d’un spray stérilisant, et devenir l’unique mâle fécond de la Terre. Entre la côte d’Azur et la Jamaïque, le duo d’agents incompétents va donc devoir bien malgré lui sauver le monde…

« Foutue la coupe, foutue ! »

Double Zéro est donc, bien évidemment, rythmé par les pitreries d’Eric & Ramzy qui à l’époque étaient au sommet de leur « art ». Comme d’habitude, Eric joue le boulet un brin timide et Ramzy le beau gosse qui s’y croit de trop, et le duo doit finir par se serrer les coudes malgré le fait qu’ils ne se supportent pas. Les gags s’enchaînent et Double Zéro égrène tous les clichés de la parodie de films d’espionnage, gadgets, armes et bagarres, missions sous couverture à l’appui. Pour peu qu’on aime l’humour d’Eric & Ramzy et leurs personnages volontairement simplets, le film est hilarant au minimum la moitié du temps. Eric Judor cabotine à mort comme d’habitude, et la scène de l’hôtel où il martyrise une serveuse qui a amené le mauvais champagne est hallucinante. Les débilités habituelles du duo font mouche (même jusque dans leur faculté inutile à se casser la gueule au moindre obstacle), les dialogues primitifs aussi, le tout digne de leurs performances sur scène. Si l’on ne retrouve pas de répliques cultes comme dans La Tour Montparnasse Infernale, les « ok, je vais te péter la gueule », « je pète un câble » ou autre « put the coconut down ! » font leur petit effet. Suffit d’apprécier la comédie mononeurone et ça passe tout seul. Le film n’est également pas avare en scènes un peu plus spectaculaires, même si on est loin d’avoir affaire à un Die Hard ou un Taken.

Excepté le duo, Double Zéro est également servi par une pléiade de seconds rôles assez savoureux. Entre Didier Flamand qui campe un directeur de la DGSE tout excité (« excellent, excellent ! »), un général froid et antipathique (Christophe Odent), un Robinson Crusoé obsédé mais débrouillard (Nicky Marbot), et surtout le fantasque Bob d’Auckland (François Chattot) auteur de la scène la plus incongrue du film où on le voit flinguer un gars perché dans un arbre et dégommer un bateau au lance-roquettes sans raison (« non non c’est pas des espions, c’est juste des mecs qui me font chier, voilà tout ! »), et ce n’est rien à côté de son copain Potemkine. Edouard Baer s’amuse dans la peau du méchant mâle, sans réel plus si ce n’est qu’il est systématiquement accompagné de bonnasses. Et Double Zéro fait fort de ce côté en alignant les top-models aux formes généreuses, Georgianna Robertson en tête mais également les sœurs Bogdanova dont la sublime Alexandrie campée par Inna Zobova. Et lesdites bonnasses font des danses lascives où se crêpent le chignon à l’occasion. Outre Lionel Abelanski en Q de service, le film se paye donc un casting sans grands noms mais un casting qui parvient à convaincre sans trop de mal, toujours dans l’esprit totalement débridé et volontairement bas du front du film.

Bref, Double Zéro joue à fond la carte de la comédie d’action crétine, et dans ce registre ça fonctionne sans trop de mal. Il faut aimer la Eric & Ramzy touch, il faut aimer l’action basique à la Taxi, il faut accepter de poser son cerveau sur la table de chevet pendant une heure et demie. Double Zéro se place derrière La Tour Montparnasse Infernale et Seuls Two dans mon panthéon Eric & Ramzyesque, mais après X visionnages j’ai toujours autant de plaisir à le revoir et à rire à haute voix devant les gags débiles. Débile, c’est le mot et il ne faut pas s’attendre ici à quelconque philosophie. Pris dans un carcan de bon délire, Double Zéro est une réussite et remplit donc sa mission.

Note : 008/10

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