lundi 3 mars 2014

Iron Sky

Petit retour en arrière sur ce film qui se passe dans le futur avec des ennemis venus du passé. Je torture l’espace-temps mais on va s’en sortir, Marty (ça marche à la vapeur). Courant 2012, personne n’avait échappé à l’arrivée de ce film, sauf le grand public car Iron Sky n’est, à ma connaissance, jamais sorti sur les écrans français, et n’a finalement eu comme public que les cinéphiles avertis, festivaliers ou dénicheurs de perles sur les sites, magazines ou forums spécialisés. Il faut dire qu’un film avec des nazis, c’est toujours sujet à controverse… surtout quand c’est traité à fond les ballons sur un fond comique. Qu’on se rassure, les nazis sont toujours bien les méchants, mais concernant Iron Sky ce sont indirectement les héros d’un film au pitch déjanté à défaut d’être complètement guedin. Ce qui est une bonne et une mauvaise chose surtout, mais ce film finlando-australo-allemand à petit budget a donc eu une exposition relativement confidentielle. Iron Sky n’est bien évidemment pas un chef d’œuvre et ne semble être destiné qu’à rester un petit film culotté qui figurera surtout dans les mémoires de la série B. D’ailleurs sur les sites communautaires on ne peut pas dire que Iron Sky rafle les étoiles… Mais il n’est pas oublié pour autant. D’ailleurs j’écris cette critique après un deuxième visionnage pour lui redonner une petite chance, car au-delà de son aspect fun et sans prise de tête, Iron Sky est quand même un film assez unique qui mériterait peut-être un peu plus de considération. Hommage.

En 2018, la présidente des Etats-Unis (Stephanie Paul), pour sa campagne de réélection, décide de frapper un grand coup en envoyant un top-model noir, James Washington (Christopher Kirby), sur la Lune. Mais sur la face cachée de notre satellite naturel, Washington va faire une bien étrange découverte : des nazis y sont installés depuis des décennies, ayant reconstruit une petite société dans le but ultime de retourner sur Terre pour y établir le IVème Reich. Pris pour un espion, Washington est capturé par le Führer en second Klaus Adler (Götz Otto). Ce dernier veut se servir de Washington pour approcher la présidente et in fine, conquérir la Terre en doublant le Führer Kortzfleisch (Udo Kier). Sur Terre, Adler et sa promise l’éducatrice Renate Richter (Julia Dietze) s’infiltrent au sein de la présidence grâce à la directrice de campagne Vivian Wagner (Peta Sergeant), qui se sert des talents d’oratrice de Renate pour faire grimper la présidente dans les sondages. Mais Renate, persuadée que les nazis veulent revenir sur Terre avec un message de paix, va vite découvrir les véritables plans d’Adler…

Le pitch déjanté et provocateur d’Iron Sky est avant tout un prétexte pour livrer une comédie de science-fiction plus sage qu’il n’y paraît. On peut le déplorer mais le film a alors le mérite de ne pas partir dans le n’importe quoi. Iron Sky est surtout un film satirique, qui se joue des clichés à la fois du nazisme et des américains, sans chercher à délivrer un quelconque message ou prise de position, bref sans prétention car de toute façon tout le monde en prend pour son grade. Ce sont donc ces multiples références (la présidente des USA semble être clairement Sarah Palin même si le nom n'est jamais cité...) et clins d’œil à la limite de la parodie (notamment cette scène avec Vivian qui parodie ouvertement un passage de La Chute rendu célèbre grâce à de nombreuses vidéos) qui font le sel de Iron Sky, réservant quelques moments hilarants, notamment les réunions des différents secrétaires d’Etat de la planète qui tournent aux invectives, aux moqueries et aux règlements de comptes. C’est surtout ceci qui fait la force comique de Iron Sky, les personnages et les situations qui en découlent, plutôt que les dialogues en eux-mêmes qui, de mon avis, ont un peu un humour de merde… la dernière partie du film y va à fond niveau vulgarité gratuite, même de la bouche de la présidente (shocking !), qui n’est rien à côté du personnage revanchard de Vivian cependant. Les répliques font rarement mouche, cela ne passe que lors des références diverses ou encore lorsque les nazis découvrent le monde moderne (le coup de la réinvention de l’USB…), et c’est plutôt la globalité du film qui fait rire. Quant au scénario, il est ce qu’il est, mais là aussi il a le mérite de ne pas partir en couille quand il ne le faudrait pas.

Iron Sky est un film à petit budget et ça se sent très vite. Ce n’est pas du dégueulasse made in The Asylum mais nous sommes bien en présence d’une série B. Le visuel est tout de même honnête et a été travaillé pour que le rendu tienne la route, mais l’ensemble est assez inégal. La première partie du film sur la Lune est archi-synthétique (lorsque l’on voit les acteurs pour la première fois on a l’impression que eux aussi sont en images de synthèse, c’est assez bizarre jusqu’à ce que les yeux s’y habituent), les explosions diverses sont cheapos, mais en revanche la dernière partie du film avec les divers vaisseaux spatiaux est formidable, même s’il subsiste un petit côté « jeu vidéo ». Mais la réalisation de Timo Vuorensola est tout de même dynamique, à l’image du côté taré-mais-pas-trop du film, ce qui rend Iron Sky très accrocheur (avec même quelques petites incursions futuristes pour bien s’ancrer dans le genre science-fiction). Nous avons aussi le droit à une excellente BO de LAIBACH, ce qui avait créé de l’intérêt pour le film d’ailleurs. L’ensemble est classique mais se montre explosif dès que le film s’emballe, et les slovènes nous gratifient aussi de superbes thèmes notamment leur morceau "America" qui figurait sur l’album ‘Volk’ (2006), ici épuré et s’intégrant parfaitement dans le film à un moment crucial d’ailleurs. Et que dire du fantastique final avec le poignant "Under the Iron Sky" qui se superpose au générique de fin… Générique de fin qui égrène aussi le casting, peu étoffé mais satisfaisant dans l’ensemble. Seul Götz Otto est relativement connu (il avait joué dans La Chute mais aussi un rôle de méchant sadique dans Demain Ne Meurt Jamais, entre autres) et il joue à la perfection son rôle d’officier nazi fourbe et ambitieux. Les autres acteurs font le job, Peta Sergeant est hélas un poil grotesque mais l’inconnu Christopher Kirby s’en sort bien dans son rôle de « bro’ ». Reste alors Julia Dietze, le personnage principal du film, excellente en petite nazie naïve qui va être torturée par les doutes et la vengeance. Et puis elle est sacrément mignonne.


Après un premier visionnage, j’avais été dubitatif comme beaucoup de monde, sans dire que c’était un ratage non plus, c’était juste un film marrant et bien fait avec son peu de moyens. Mais au final Iron Sky se bonifie avec le temps. Il faut le prendre pour ce qu’il est, une grosse pochade sur la base d’un scénario osé et original. Il fait partie d’un certain état d’esprit auquel il faut adhérer, un peu à l’image de l’art de LAIBACH d’ailleurs. Ce n’est pas pour rien que les nazis de la Lune arborent le logo des slovènes à partir d’un certain moment du film… c’est à prendre à un certain degré (les membres de LAIBACH déclarant d’ailleurs que Iron Sky est « un film pour enfants »). Iron Sky, c’est finalement LAIBACH mis en film, ceux connaissant le groupe savent de quoi je parle. D’ailleurs comme je suis à fond dedans en ce moment je vous conseille leur nouvel album ‘Spectre’ qui vient de sortir, qui est encore une fois sujet à controverse d’ailleurs. Comme Iron Sky depuis ses débuts et encore aujourd’hui, car c’est à mon avis un film assez sous-estimé en fin de compte. C’est les nazis de la Lune qui embêtent les américains et le monde entier, tout le film brode là-dessus avec dérision et sans en faire des tonnes, et il ne faut pas aller chercher plus loin. Ça aurait pu être mieux au niveau visuel et sur les dialogues mais Iron Sky reste une série B, et dans sa globalité une excellente série B bien fun, qui est presque culte finalement. Heil Laibach, Heil Iron Sky !
Note : 8/10

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